25 octobre 1555

Voir le jour précédentavant aprèsVoir le jour suivant
Portrait de jeune homme, par Raphaël (Italie 1483-1520), National Gallery of Art (Washington)
Ce jour-là...

Abdication de l'empereur Charles Quint

Coup de tonnerre dans les cours d'Europe. L'empereur Charles Quint (ou Charles V) révèle son intention d'abdiquer de tous ses titres!

Les héritages et les alliances matrimoniales ont réuni sur sa tête des couronnes de toute l'Europe et en ont fait le souverain le plus prestigieux à défaut d'être le plus puissant.

Un héritage mirifique

Charles naît près de Gand le 24 février 1500. Il est le fils de l'archiduc d'Autriche Philippe le Beau, et de Jeanne la Folle, victime d'une dépression après la mort de son époux.

Son père appartient à la dynastie des Habsbourg. Il est lui-même le fils de l'empereur d'Allemagne Maximilien 1er et de Marie de Bourgogne, fille unique du duc Charles le Téméraire.

Philippe le Beau hérite de son père les États autrichiens des Habsbourg (capitale: Vienne) et de sa mère le très riche duché de Bourgogne, avec la Franche-Comté, les Pays-Bas, etc.

Selon la tradition d'héritage collectif en vigueur dans le Saint Empire romain germanique, l'héritage des Habsbourg sera géré en commun par Charles Quint et son frère cadet Ferdinand, qui en héritera après l'abdication du premier.

Les parents de Jeanne la Folle ne sont autres que les Rois Catholiques d'Espagne, Ferdinand d'Aragon et Isabelle de Castille. Ils déposent dans la corbeille de naissance de Charles les Espagnes et le royaume des Deux-Siciles.
Grâce aux Grandes découvertes, ils lui assurent aussi la promesse d'"un empire sur lequel le soleil ne se couche jamais", du Mexique aux Philippines en passant par le Pérou.

Selon la règle de primogéniture en vigueur à l'ouest, Charles Quint pourra transmettre l'héritage des "Reyes Catolicos" à son fils Philippe, futur Philippe II d'Espagne.

Un bilan amer

Charles est élu empereur d'Allemagne en 1519 grâce à l'or des Fugger, marchands d'Augsbourg. Son rival malheureux n'est autre que le roi de France François 1er, qui appréhende l'encerclement de son pays par les possessions des Habsbourg.

François 1er sera fait prisonnier après la bataille de Pavie et, sitôt relâché, n'hésitera pas à s'allier avec le sultan d'Istanbul et les protestants allemands contre l'empereur.

S'étant fait couronner empereur à Aix-la-Chapelle, Charles Quint cultive le rêve de restaurer l'empire de Charlemagne sans percevoir l'avènement des nations modernes. 

Ayant fait serment, lors de son couronnement, de servir la chrétienté occidentale, l'empereur aura l'immense douleur de consacrer sa division entre protestants et catholiques, suite au triomphe de Luther.

En tentant d'empêcher le divorce du roi Henri VIII et de Catherine d'Aragon, sa propre tante, il aura aussi poussé le roi d'Angleterre à rompre avec le pape.

À 55 ans, lassé de tout, malade et usé, éprouvé par son échec à Augsbourg, face aux protestants d'Allemagne, un mois plus tôt, Charles Quint décide d'abdiquer.

Le 25 octobre 1555, dans la grande salle du château de Bruxelles, devant les députés des dix-sept provinces bourguignonnes, ainsi que les chevaliers de l'ordre de la Toison d'Or et les ambassadeurs et représentants d'une grande partie de l'Europe, Charles Quint se dessaisit des états bourguignons en faveur de son fils Philippe.

Le 16 janvier suivant, Philippe deviendra roi des Espagnes et des Deux Siciles sous le nom de Philippe II. Le 12 septembre 1556, Charles Quint cèdera à son frère Ferdinand les États autrichiens et le titre d'empereur d'Allemagne.

En se retirant dans une résidence voisine du monastère de Yuste, en Estrémadure, le vieil empereur liquide le rêve médiéval d'un empire chrétien universel.

Désormais, en Europe, la paix dépendra de l'équilibre entre les États nationaux et non plus de l'autorité d'un empereur ou d'un pape.

L'abdication de Charles Quint a fourni le prétexte à une création théâtrale de Jacques Attali, avec Gérard Depardieu dans le rôle de l'empereur: Les portes du ciel.

 

Mise à jour le 24 février 2003