Le Panama,
un État sur mesure
Le 3 novembre 1903, le territoire de Panama fait
sécession d'avec la Colombie.
Ce petit territoire a l'insigne privilège d'être
l'endroit le plus étroit de l'isthme centre-américain qui unit les deux parties du
Nouveau Monde.
Les ingénieurs occidentaux rêvent d'y percer un canal de
75 kilomètres pour relier l'océan Atlantique à l'océan Pacifique, en surmontant
l'obstacle de la cordillère centrale.
Après l'échec du Français Ferdinand de Lesseps, dont le
projet, mal conçu, a sombré dans un gigantesque scandale
financier, les Étatsuniens relèvent le défi et rachètent les droits des Français sur
le canal.
Depuis leur guerre contre
l'Espagne, les États-Unis ressentent le besoin d'offrir à leurs navires qui
relient la Californie à la côte Est un chemin plus court que le contournement de
l'Amérique du sud par le détroit de Magellan.
Au grand soulagement de la Colombie, qui exerce sa
souveraineté sur l'isthme, ils rejettent une solution qui passerait plus au nord, par le
Nicaragua. Ils se rallient au principe d'un canal à écluses, selon la conception de
l'ingénieur français Philippe Bunau-Varilla.
Mais au dernier moment, les députés colombiens refusent
d'aliéner leur souveraineté et font opposition au projet américain de construire le
canal sur leur territoire.
Sans scrupule, le gouvernement américain du président Theodore Roosevelt encourage
les habitants de Panama à faire sécession. Les vaisseaux de guerre américain mouillent
devant les villes de Colon et Panama, dissuadant l'armée colombienne d'intervenir.
Trois jours après la proclamation de l'indépendance, les
États-Unis reconnaissent le nouveau pays. Ils signent un traité pour la construction du
canal dès le 18 novembre.
Ce traité porte le nom du secrétaire d'État américain
Hay et de l'ingénieur Bunau-Varilla. Il prévoit la cession à perpétuité aux
États-Unis d'une bande de 10 miles de large.
Ces conditions léonines sont le reflet de la politique
impérialiste et volontiers brutale des États-Unis de ce début du siècle, sous la
présidence de Theodore Roosevelt, apôtre de la politique du «gros bâton»
(«big stick»).
Les travaux de construction du canal se révéleront
éprouvants, sous le climat tropical et dans la crainte de la malaria. Mais le canal sera
enfin inauguré au début de la Grande Guerre, le 15 août 1914, pour seulement 40
millions de dollars.
Les Panaméens attendront pendant près d'un siècle la
restitution de leur souveraineté sur la zone du canal.