Fin de la guerre des Boers

Le 31 mai 1902, à Vereeniging, à la pointe de l'Afrique, un traité met fin à une guerre de 30 mois entre les Boers et les Anglais.

Signature du traité anglo-boer à Melrose House (Vereeniging) le 31 mai  1902A la fin des guerres napoléoniennes, en 1814, l'Angleterre avait annexé la colonie hollandaise du Cap.

Les colons, qui s'appelaient Boers (d'un mot hollandais qui signifie paysans et se prononce bour), voulurent préserver leurs coutumes et leur religion calviniste.

Pour échapper aux Anglais, il se déplacèrent vers le nord dans de longs convois de chars à boeufs. L'essentiel de cette épopée se déroula de 1835 à 1837. Elle reste connue sous le nom de Grand Trek.

En échappant aux Anglais, les Boers rencontrèrent sur leur chemin les Zoulous. Il s'ensuivit des guerres incessantes contre le chef Chaka et ses successeurs.

Sur les territoires enlevés aux Zoulous, les Boers fondèrent d'abord la république du Natal mais, à leur tour, les Anglais s'empressèrent de leur enlever cette possession maritime, stratégique à leurs yeux.

Les Boers fondèrent alors la République du Transvaal et l'Etat libre d'Orange, à l'intérieur du continent, et se crurent à l'abri des Britanniques.

Ces micro-États comptaient à leur fondation respectivement 25.000 et 10.000 habitants blancs.

Londres annexa malgré tout le Transvaal le 12 avril 1877, ce qui valut aux Anglais le douloureux privilège d'en découdre avec les Zoulous avant d'être expulsés de la petite république au terme d'une première guerre et d'une victoire des Boers à Majuba.

La découverte de l'or en 1886 dans le Witwatersrand, en plein coeur des domaines boers, attira bientôt des immigrants de toutes origines et excita la convoitise des Anglais.

La guerre et les camps

A l'affût d'un prétexte pour en finir avec les Boers, Londres dénonça les traitements discriminatoires que subissaient les Anglais et les autres étrangers (uitlanders en afrikaans) installés au Transvaal.

Le Premier ministre Joseph Chamberlain multiplia les menaces à l'encontre du vieux président Paul Kruger, un paysan obtus et laid mais farouchement déterminé à préserver l'indépendance du Transvaal.

Il finit par lui adresser un ultimatum. Le 11 octobre 1899, c'est encore une fois la guerre. L'Etat libre d'Orange fait cause commune avec le Transvaal.

Les Boers résistent avec une exceptionnelle énergie aux représentants de la principale puissance mondiale de l'époque.

En janvier 1900, le général anglais Horatio Kitchener, qui s'est déjà illustré au Soudan, prend le commandement du corps expéditionnaire aux côtés du vieux général lord Roberts, qui a perdu dans la guerre son fils unique.

Kitchener reprend Kimberley le 15 février et oblige à la reddition les 6.000 partisans du général Cronje. Il impose enfin la levée du siège de Mafeking que défend le général Baden-Powell, le futur fondateur du mouvement scout.

Le 5 juin, Kitchener fait une entrée triomphale à Johannesbourg. Mais les indestructibles Boers entament alors une guerre de guerilla. Kitchener pratique alors la tactique de la terre brûlée. Il fait usage d'une invention récente, le fil de fer barbelé, pour aménager des camps de concentration (les Espagnols, quelques années plus tôt, à Cuba, avaient créé les premiers camps de l'Histoire de l'humanité).

Les barbelés permettent d'emprisonner un grand nombre de personnes à moindres frais et avec une surveillance réduite.

200.000 Boers (hommes, femmes et enfants) sont internés dans des conditions lamentables et l'on compte à certaines périodes un décès sur dix parmi les internés. Les Boers évaluent à près de 30.000 le nombre de victimes des camps.

Dénoncée par l'Anglaise Emily Hobhouse, vilipendée par l'opinion internationale et surtout britannique, l'armée de Sa Majesté renoncera ultérieurement à ces pratiques.

Les camps de concentration prospèreront néanmoins sur les cinq continents et marqueront de leur empreinte les guerres de ce siècle.

Les Anglais soumettent enfin les Boers au prix d'une victoire à la Pyrrhus.

La plus grande guerre coloniale de l'ère moderne, qui a opposé deux peuples d'origine européenne, se solde par 7.000 morts sur un total de 100.000 combattants boers (non compris les victimes civiles des camps de concentration) et par... 22.000 morts dans les troupes britanniques, pas moins de 500.000 hommes ayant été engagés par Londres dans le conflit!

Le Transvaal et l'État d'Orange renoncent à leur indépendance; les uitlanders obtiennent les droits civiques, mais la langue des Boers, l'afrikaans, conserve droit de cité et Londres s'engage à réparer les dommages de guerre.

Pour la première fois, l'impérialisme britannique s'est heurté à une authentique résistance populaire.

A quelques mois de sa mort, le 22 janvier 1901, la reine Victoria peut percevoir les premières fissures de l'Empire le plus vaste qui fut jamais.

Huit ans jour pour jour après le traité de Vereeniging, l'Afrique du Sud devient un  dominion autonome à structure fédérale: l'Union Sud-Africaine.

Le nouvel état scelle la réconciliation des deux ennemis... sur le dos des populations noires, aborigènes et métisses.

 

Mise à jour le 23 février 2003