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Le 11 décembre
1792, Louis Capet, anciennement Louis XVI, comparaît devant la Convention. L'assemblée
révolutionnaire s'est constituée en tribunal. Elle siège dans la salle du Manège, aux
Tuileries.
Le roi Louis XVI a été
déposé après la journée révolutionnaire du 10 août 1792.
C'est un tournant dans la Révolution, jusque là modérée et libérale. Il préfigure la
terrible dictature de la gauche jacobine et montagnarde.
Trois jours plus tard, le roi déchu a été emprisonné au Temple avec sa famille.
Il est accusé de haute trahison pour avoir joué double jeu face aux assemblées nées de
la Révolution et avoir tenté de s'enfuir à l'étranger en juin 1791.
Sa mise en accusation se fonde aussi sur la découverte opportune d'une «armoire de
fer» (un coffre-fort) dans les appartements royaux des Tuileries, le 20 novembre
1792.
L'armoire dévoile la correspondance secrète entre le roi et le défunt Mirabeau. Elle
confirme que le roi complotait avec le duc de Brunswick contre le gouvernement de la
Législative.
Le 3 décembre, devant la Convention, Maximilien de Robespierre
donne le ton du futur procès dans l'un de ses plus célèbres discours.
Robespierre contre Capet
Au nom des députés montagnards, résolus à poursuivre la Révolution,
Robespierre fait valoir la nécessité de condamner le roi pour légitimer la Révolution:
«Il n'y a point ici de procès à faire... Vous n'avez point une sentence à rendre
pour ou contre un homme, mais une mesure de salut public à prendre...
Proposer de faire le procès de Louis XVI, de quelque manière que ce puisse être, c'est
rétrograder vers le despotisme royal et constitutionnel; c'est une idée
contre-révolutionnaire, car c'est mettre la Révolution elle-même en litige.
Si Louis est innocent, tous les défenseurs de la liberté deviennent des calomniateurs,
les rebelles étaient les amis de la vérité et les défenseurs de l'innocence
opprimée...
Pour moi, j'abhorre la peine de mort prodiguée par vos lois; et je n'ai pour Louis ni
amour, ni haine; je ne hais que ses forfaits... Je prononce à regret cette fatale
vérité... mais Louis doit mourir parce qu'il faut que la patrie vive... Je demande que
la Convention nationale le déclare dès ce moment traître à la nation française, criminel envers l'humanité (!)...»
Mais à l'opposé de Robespierre, les députés girondins (ou brissotins)
craignent des désordres et de nouvelles dissensions si le roi est exécuté.
Ils voudraient en finir avec la Révolution maintenant que la démocratie est installée
et l'ennemi repoussé.
Le verdict
Quand s'ouvre son procès, Louis XVI ne se fait plus guère d'illusions malgré le
dévouement de ses défenseurs, Malesherbes, Tronchet et Desèze (ou de Sèze).
Le procès va durer jusqu'aux votes du 15 au 19 janvier 1793.
Le 15 janvier, 707 députés sur 718 présents jugent le roi coupable de conspiration. A
423 voix contre 281, ils rejettent ensuite l'idée des députés modérés de la Gironde
de faire ratifier le jugement par le peuple.
Enfin, par un vote nominal qui dure 36 heures, ils se prononcent à la majorité pour la
peine de mort. La majorité requise étant de 361 voix, 387 députés demandent la peine
de mort... mais 26 avec une possibilité de sursis. Il s'en faut d'une voix que Louis XVI
échappe à la guillotine.
Parmi les Montagnards qui votent la mort, figure Philippe-Egalité, ci-devant duc
d'Orléans et cousin du prévenu. C'est à son cousin que Louis XVI doit donc de ne pas
bénéficier du sursis... Philippe d'Orléans sera lui-même guillotiné avec les
Montagnards mais son fils règnera plus tard sous le nom de Louis-Philippe 1er.
Louis
XVI (39 ans) est exécuté le 21 janvier 1793 sur la place de la Révolution
(précédemment place Louis XV, aujourd'hui place de la Concorde).
Il meurt en homme digne et courageux. Les mains liées dans le dos, il s'avance vers le
bord de l'échafaud et lance à la foule: «Français, je meurs innocent; je pardonne
à mes ennemis; je désire que ma mort soit...» Un roulement de tambour
couvrira ses dernières paroles.
Ce courage ultime efface quelque peu le souvenir des faiblesses, des bontés, des erreurs
et des faux-semblant qui ont jalonné les règnes de Louis XVI et de son prédécesseur et
entraîné l'Ancien Régime à sa perte.
Du rappel des Parlements à la déclaration de guerre à l'Autriche, en passant par le
renvoi de Turgot et le sabotage de la tentative de monarchie constitutionnelle sous la
Législative, nombreux sont les actes du feu roi qui attestent de l'inconvénient qu'il
peut y avoir à porter un soliveau sur le trône.
Portons toutefois à son crédit une très grande humanité... Rappelons son refus de
permettre à la «garde suisse» de tirer sur les émeutiers lors des journées
révolutionnaires du 5 octobre 1789 à Versailles et surtout du 10 août 1792, ou encore
au duc de Choiseul de dégager par la force la route à sa berline, après qu'il fut
intercepté à Varennes-en-Argonne le 20 juin 1791, en tentant de s'enfuir.
Les républicains, au siècle suivant, auront moins de scrupules à défendre leur pouvoir
par la force, tant en juin 1848 qu'en mars-mai 1871.
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