Malleran

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Commanderie de Malleran

MALLERAN ou MALLEYRAND.

De la commanderie située légèrement à l'écart du village, il ne reste que la chapelle qui réunit la maîtrise de l'art et la rigueur de la Règle en matière de construction. Rectangulaire, elle se divise en trois travées d'égales dimensions. Chacune est coupée par des colonnes qui supportaient, jadis, les doubleaux de ,la voûte. La nef, comme dans la plupart des commanderies, est dépourvue de fenêtres, mais elle fait corps avec le chœur qui, lui, est éclairé par les baies d'un triplet et par des fenêtres situées sur les côtés. On constatera en outre que chaque cintre est orné de moulures. Le portail ouest est décoré. L'archivolte, en forme de tresse, rend plus légères les trois voussures qui reposent sur des colonnettes. Les sculptures des chapiteaux font corps avec les colonnes qui sont aussi ouvragées, soit par des cercles, soit par des cannelures sur toute leur longueur.

Malleran

Commanderie de Malleran L'Idole

 

Bertrand, directeur d'école à La Rochefoucauld, Histoire de l'Angoumois (inédit).
L'Ancienne Commanderie de Malleyrand En suivant les gracieux méandres que décrit dans une vallée profonde le capricieux ruisseau de la Ligone, on arrive au pied d'un coteau ombragé de chênes et de châtaigniers. C'est là qu'autrefois se trouvait un petit moulin qui égayait de son éternel tic-tac la solitude du meunier des Templiers de Malleyrand. De cette dépendance de la Commanderie il ne reste plus que des ruines, car les pierres et les tuiles furent enlevées lors de la construction du logis de Croi de Bord. Si nous gravissons sur la rive droite la pente abrupte du coteau nous découvrons, à deux cents mètres du ruisseau, derrière un fouillis de branchages, la petite église aujourd'hui abandonnée qui réunissait au jour de fête les habitants de Malleyrand, desservis jusqu'au XVIIIe siècle par le vicaire de Marillac.

Malleran

Commanderie de Malleran

 

Le village fut alors rattaché à la paroisse d'Yvrac, qui prit le nota d'Yvrac et Malleyrand. Le monument, bien qu'un peu lézardé à droite, a conservé, sous un aspect vieillot, les détails intéressants de l'art du XIIe siècle. De forme rectangulaire, il appartient, par ses décors, à la troisième époque du roman fleuri. Le portait est des plus curieux avec ses trois archivoltes soutenues par trois piliers séparés ayant chacun une console de feuillages et des ornements différents pour chaque fût. Le deuxième pilier à gauche est surmonté d’un ange aux ailes étendues. La sculpture de la troisième archivolte rappelle une torsade double à gros points retenue au milieu par une figure allégorique La façade se continue en élévation par une bande transversale en corniche supportée par des consoles ornées de marmousets dont l'un représente une tête de félin. Une autre fenêtre en plein cintre éclaire l'intérieur et s'appuie sur la corniche; elle n'a qu'une seule voussure ornée d'étoiles en bordure. Le monument se termine par un campanile qui supporte encore sa petite cloche. Au dedans, les deux piles centrales sont formées de trois colonnes groupées, les autres n'en font qu'une seule. Les chapiteaux à feuillage sortant de l'astragale s'élèvent à la naissance des arceaux sans atteindre le tailloir; les bases ont des pattes de feuillages et le tout forme un joli motif. Au devant de la porte s'élève le tombeau de la famille Bordé, propriétaire de quelques-uns des vieux bâtiments que possédaient dans le village de Malleyrand les moines de la Commanderie.

Malleran

Commanderie de Malleran

 

En tant que fief ce terrain relevait de la seigneurie de Montbron et appartenait à la famille Perry de Malleyrand, qui donna celle des Perry de Nieuil et de Lussac. La Commanderie de Malleyrand comptait parmi les seize de l'Angoumois; elle comprenait d'immenses domaines touchant an logis. Les particuliers des environs avaient recours à la Communauté pour se procurer l'argent, nécessaire à l'achat d'un petit lopin de terre, et le débiteur, moyennant un gros intérêt, pouvait être assuré de la discrétion la plus absolue; c'était en grand le cumul des bénéfices auquel on ajoutait la spéculation sur les grains. Aussi, lorsque les servants et les affiliés revenaient des champs, c'étaient chaque jour des libations pantagruéliques. Aux jours de fête, le logis confortable devenait un lieu d'orgies. D'ailleurs les templiers n'avaient du moine que l'habit. Le culte n'était qu'un moyen; le trafic dans les Philippe le Bel profita de ce mécontentement pour décider la suppression de l'ordre. Une entrevue eut lieu à l'abbaye de Font-Douce, près Cognac, entre le roi et le pape Clément V, qui venait d'être élu grâce à l'appui de Philippe. Mais il avait promis de payer se tiare du sang des templiers. Avant de laisser au peuple le temps de faire main basse sur les domaines, le roi s'en était assuré la possession, aidé par le Parlement, ennemi des Templiers; il avait en outre, convoqué le 14 septembre 1307 tous les sénéchaux et baillis et leur avait intimé l'ordre de se tenir prêts et en armes pour le 12 octobre suivant, mais de ne pas ouvrir le pli fermé qui accompagnait cet avis, sous peine de mort, avant la nuit du 12 au 13 octobre. campagnes leur enlevait tout prestige et le peuple les haïssait. Les Templiers furent saisis et les biens de l'ordre réunis à la couronne malgré la promesse du roi qui devait appliquer cette fortune au service de la Terre sainte. (Lettre du roi, 25 décembre 1307). Inculpés d'hérésie, ils furent soumis partout à la question, à la gêne, au pain et à l'eau, à la torture. Ceux qui n'avouèrent pas furent mis à mort. Parmi les accusations qui leur furent reprochées il en est une qui a son importance: Ils adoraient disait-on une idole en forme de tête humaine ou de tête de chat et portaient nuit et jour sur leur chemise des cordelettes enchantées par le contact de cette idole. Or à la façade de l'église de Malleyrand, il existe un mascaron représentant une tête de chat (1). Pour expliquer au peuple la légitimité de cet accaparement de biens, le roi fit lire dans toutes les sénéchaussées et bailliages une lettre préparée par Nogaret lui-même (2) . La lecture qui en fut donnée en la sénéchaussée de Montbron le 25 octobre s'appliquait en même temps à Malleyrand et à Vouthon (où existait une commanderie qui fut remise aux chevaliers de Malte après la suppression des Templiers).

Sources :

L'église de Malleyrand est classée comme monument historique. = 

1- Grâce à la bienveillance de M. Espitallier, pharmacien à La Rochefoucauld, je joins la photographie de ce motif. 

2 - Lire la lettre de Nogaret dans Lavisse, Histoire de France, tome II, livre II, p. 183. Etudes Locales, 2e année, n. 12, juin 1921, pp. 125-131