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Le 27 avril 1978,
à Kaboul, un coup d'État met brutalement fin au gouvernement du général Daoud.
Ce dernier avait 5 ans plus tôt renversé son cousin et beau-frère, le roi Mohammed
Zaher Khan, et instauré la république. Il avait tenté une politique de non-alignement
en se tenant à égale distance des États-Unis et de l'URSS.
Mais sa politique déplaît au gouvernement soviétique de Leonid Brejnev. C'est ainsi
qu'il est renversé par un groupe d'officiers prosoviétiques. Daoud est tué à la faveur
du coup d'Etat comme trois milliers de personnes.
Avec ce drame, l'Afghanistan voit s'éloigner l'espoir d'accéder enfin à la normalité.
Rude pays
Ce pays d'Asie centrale un peu plus vaste que la France, est enclavé dans des montagnes
austères, avec un climat continental (sec, très chaud en été, très froid en hiver).
L'Afghanistan est surtout peuplé d'éleveurs nomades et l'on y recense une quinzaine de
langues et de cultures, la langue pachtoune étant dominante (25 millions d'habitants en
2000). A noter, parmi les communautés du pays, les Hazaras aux yeux bridés, qui
prétendent descendre des guerriers de Genghis Khan, le conquérant mongol.
L'Histoire du pays est marquée tantôt d'invasions tantôt de conquêtes.
L’Afghanistan, que les Grecs nommaient Bactriane, du nom de Bakhr, une cité
aujourd’hui en ruines, avait été conquis par Darius Ier vers 500 avant J-C, puis
Alexandre le Grand (329-327).
Après les Séleucides et les Parthes, la région fut disputée tout à tour par des
tribus hindoues puis perses, arabes et turques.
Convertis à l'islam, les Afghans furent entraînés par Mohammed de Ghor à la conquête
de l'Inde du nord. Ils fondèrent le sultanat de Delhi au XIIIe siècle.
Au XVIe siècle, Babur Shah, lointain descendant de
Tamerlan, établit sa capitale à Kaboul et se taille un royaume dans le nord de
l’Inde, d’où naîtra la puissante dynastie des sultans moghols.
En Afghanistan même, en 1747, un chef de tribu, Ahmed Shah,
se proclame roi (ou shah) et fonde la dynastie Durrani. Il va porter un coup
fatal à l'empire moghol des Indes, facilitant ainsi, à son insu, la colonisation du
sous-continent par les Anglais.
Ces derniers tentent imprudemment d'établir leur protectorat sur l'Afghanistan, en lequel
ils voient une menace pour leur colonie des Indes. Cela leur vaut l'une des plus cruelles défaites de leur histoire.
Ce n'est qu'en 1919, après trois guerres difficiles, que les Anglais arrivent à un
compromis avec les chefs de tribus afghans et s'accordent sur un tracé frontalier encore
en vigueur entre le Pakistan et l'Afghanistan, la ligne Durand.
La même année, l'émir Amanullah relève à son profit le titre de roi. En 1928, il
tente de moderniser le pays à la manière du Turc Mustaphal
Kémal. Mal lui en prend et il est déposé l'année suivante suite à un soulèvement
des religieux musulmans.
Les démons de la guerre civile
Le vainqueur du coup d'Etat d'avril 1978, Taraki, transforme illico son pays en
une «république populaire» satellite de l'URSS.
Il nationalise ce qui peut l'être et tente par la loi de réformer les moeurs, en
n'hésitant pas à bousculer les religieux et les paysans...
Mais de l'autre côté de la frontière, en Iran, le shah vient d'être renversé
par un mouvement populaire qui réclame le retour aux traditions musulmanes.
Des islamistes commencent à s'agiter en Afghanistan comme en Iran. Quelques milliers de
soldats soviétiques débarquent discrètement à Kaboul pour protéger le régime.
Le président Taraki se rend à Moscou. A son retour, le 16 septembre 1979, son Premier
ministre, Amin, inquiet d'une soumission accrue de son pays à l'URSS, le fait étrangler.
A Moscou, on s'agite. Leonid Brejnev, vieux et malade, fait fi des réticences de son
état-major et décide d'intervenir.
Il semble que les services secrets américains l'y aient habilement
encouragé, conscients qu'un engagement en Afghanistan épuiserait l'URSS.
Le 24 décembre 1979, profitant de ce que les Occidentaux sont occupés à la préparation
de Noël, les Soviétiques débarquent massivement à Kaboul. Amin est exécuté et
remplacé par Babrak Karmal, un communiste bon teint.
L'engrenage
L'intervention militaire se révélera un désastre pour l’Armée rouge dont le corps
expéditionnaire en Afghanistan s'élèvera jusqu'à 150.000 hommes.
100.000 Soviétiques périront dans le conflit, sans trop savoir pourquoi, avant le
retrait total de l'Armée rouge, le 15 février 1989, à l'initiative du nouvel homme fort
du Kremlin, Mikhaïl Gorbatchev.
Après le départ des envahisseurs, les factions afghanes se retrouvent face à face et
c'est le début d'une nouvelle guerre, attisée cette fois par le Pakistan voisin.
En 1994, un parti d’étudiants fondamentalistes formés au Pakistan, les «talibans»,
se soulève contre les partisans du commandant Massoud, d’origine tadjiks.
Avec le soutien actif des gouvernements Bhutto du Pakistan et Clinton des États-Unis, ils
s’emparent de Kaboul en septembre 1996 et se rendent maître de la plus grande partie
du pays en imposant une loi dite islamique particulièrement rigoureuse.
Un riche Séoudien du nom de Oussama Ben Laden s'installe alors dans la montagne avec ses
milices et entreprend une guerre totale contre les Occidentaux juifs ou chrétiens et les
musulmans modérés...
NB
L‘historien de l‘Asie, René Grousset, voyait dans les soubresauts de
l‘Asie centrale les battements de cœur de l‘Histoire universelle, du temps
où les nomades huns, mongols et turcs portaient le fer aux extrémités du Vieux Monde.
A voir ce qui se passe en Afghanistan, il semblerait que cette «loi» de
l‘Histoire conserve une certaine pertinence.
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