22 février 1848

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Le temps des Révolutions (1688-1848)
Ce jour-là...

Insurrection républicaine à Paris

Portrait de Louis-Philippe 1er (détail), par Winterhaller (Musée de Versailles)Lassée par le règne débonnaire du roi des Français, Louis-Philippe 1er, ennuyeux à force de paix et de prospérité, l'opposition multiplie les banquets républicains.

L'un de ces banquets étant interdit, les étudiants et les ouvriers manifestent le 22 février 1848 à Paris. Ils sont rejoints le lendemain par la garde nationale composée de petits bourgeois.

Comme le roi renvoie son ministre François Guizot, la rue commence à se calmer. Mais le soir du 23 février, un coup de feu entraîne une riposte des soldats. On relève une vingtaine de morts.

Les barricades se multiplient. Dans la nuit, Louis-Philippe rappelle Adolphe Thiers, qui l'a porté au pouvoir 18 ans plus tôt, mais le remède est sans effet et, dans son palais des Tuileries, le vieux roi (75 ans) commence à désespérer.

Le 24 février, Adolphe Thiers lui conseille rien moins que de s’enfuir à Saint-Cloud et de reconquérir Paris à la tête de son armée. Le roi, horrifié à la perspective de faire couler le sang de son peuple, s’y refuse comme avant lui Louis XVI et Charles X (Thiers, rallié à la République en 1871, n’aura pas ces scrupules quand il s’agira d’éliminer les Communards).

Reçu avec hostilité par la troupe stationnée au Carrousel, devant le palais des Tuileries, le roi se résout à abdiquer en faveur de son petit-fils, le comte de Paris, en confiant la régence à la duchesse d’Orléans. Il quitte la capitale en voiture. On lui aurait alors soufflé avec ironie en lui ouvrant la portière: «Fils de Saint Louis, montez en fiacre!»

La duchesse d'Orléans, non sans panache, se présente avec ses deux enfants au Palais Bourbon où siègent les députés. Ceux-ci inclinent à approuver la régence quand, tout à coup, la foule envahit les lieux. Les républicains commencent à se manifester. Un cri retentit: «A l'Hôtel de Ville!»

C'est ainsi qu'un petit groupe de républicains, à l'instigation de Ledru-Rollin et du vieux poète Lamartine, se rend dans le lieu mythique de la Grande Révolution, celle de 89, dans la perspective de rééditer les exploits de leurs aînés (leurs propres héritiers n'agiront pas différemment à la chute de Napoléon III).

Victor Hugo plante un arbre de la Liberté sur la place Royale (place des Vosges), dessin de Julius VogelLamartine, Ledru-Rollin, Arago, Dupont de l'Eure et Marie proclament dans la nuit l'avènement d'un gouvernement républicain. Ainsi naît la IIe République.

Le printemps des peuples

La Révolution parisienne a un énorme retentissement dans les élites européennes. Devant la contagion révolutionnaire, les monarques concèdent des Constitutions à Berlin, Munich, Vienne, Turin,... 

A Vienne, le prince de Metternich est obligé de s'enfuir. A Rome, le pape lui-même est chassé par les révolutionnaires avec brutalité.

L'hégémonie autrichienne est la cible des révolutionnaires qui revendiquent le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, notamment à Milan où les habitants ont commencé de manifester contre la tutelle autrichienne dès le mois de janvier 1848 en s'abstenant de fumer pour ne pas payer la taxe sur le tabac... Les troupes d'occupation se plaisaient alors à fumer sous leur nez de voluptueux cigares.

C'est «le printemps des peuples».

  < Le printemps des peuples, d'après une lithographie romantique de 1848 >

Le petit roi de Piémont-Sardaigne, Charles-Albert, entre même en guerre contre l'Autriche dans le but de la chasser d'Italie et de faire l'unité de la péninsule.

Mais il est battu une première fois avec ses alliés italiens à l'été 1848. Reprenant le combat dans des conditions brouillonnes, il est de nouveau battu piteusement à Novare le 23 mars 1849 et abdique le soir même en faveur de son fils, Victor-Emmanuel II.

Au bout de quelques mois, la réaction aura partout raison du romantisme révolutionnaire.

A Paris, les romantiques, au premier rang desquels figure Victor Hugo, applaudissent au défilé des délégués européens. Les plus appréciés sont les Italiens et les Allemands.

En août 1849, présidant le Congrès international de la paix, Victor Hugo lance, prophétique:

«Un jour viendra où vous France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure et vous constituerez la fraternité européenne (...)».

Une Révolution gâchée


Déroutée par la facilité de sa victoire de Février, l'opposition parlementaire ne sait que faire de sa République, la deuxième du nom.

Elle tente en vain de ressusciter l'esprit de la «Grande Révolution» mais méconnaît gravement les changements qui se sont produits en un demi-siècle.

Subrepticement, à Paris, les revendications sociales ont pris le pas sur les idéaux politiques. Plusieurs signes pourraient éclairer les contemporains: ainsi, dans le langage courant, on regroupe tous les bourgeois sous le terme d'oisifs pour mieux les opposer aux travailleurs…

Et l'année même de la chute de Louis Philippe, Karl Marx et Friedrich Engels publient le «Manifeste du parti communiste».

La Seconde République échouera sur la question sociale. Ses reculades, dès le mois de juin 1848, ouvriront la voie au Second Empire.

 

Mise à jour le 24 février 2003