Insurrection
républicaine à Paris
Lassée par le règne débonnaire du roi
des Français, Louis-Philippe 1er, ennuyeux à force de paix et de prospérité,
l'opposition multiplie les banquets républicains.
L'un de ces banquets étant interdit, les étudiants et les ouvriers manifestent le 22
février 1848 à Paris. Ils sont rejoints le lendemain par la garde nationale composée de
petits bourgeois.
Comme le roi renvoie son ministre François Guizot, la rue commence à se calmer. Mais le
soir du 23 février, un coup de feu entraîne une riposte des soldats. On relève une
vingtaine de morts.
Les barricades se multiplient. Dans la nuit, Louis-Philippe rappelle Adolphe Thiers, qui
l'a porté au pouvoir 18 ans plus tôt, mais le remède est sans effet et, dans son palais
des Tuileries, le vieux roi (75 ans) commence à désespérer.
Le 24 février, Adolphe Thiers lui conseille rien moins que de s’enfuir à
Saint-Cloud et de reconquérir Paris à la tête de son armée. Le roi, horrifié à la
perspective de faire couler le sang de son peuple, s’y refuse comme avant lui Louis
XVI et Charles X (Thiers, rallié à la République en 1871, n’aura pas ces scrupules
quand il s’agira d’éliminer les Communards).
Reçu avec hostilité par la troupe stationnée au Carrousel, devant le palais des
Tuileries, le roi se résout à abdiquer en faveur de son petit-fils, le comte de Paris,
en confiant la régence à la duchesse d’Orléans. Il quitte la capitale en voiture.
On lui aurait alors soufflé avec ironie en lui ouvrant la portière: «Fils de Saint
Louis, montez en fiacre!»
La duchesse d'Orléans, non sans panache, se présente avec ses deux enfants au Palais
Bourbon où siègent les députés. Ceux-ci inclinent à approuver la régence quand, tout
à coup, la foule envahit les lieux. Les républicains commencent à se manifester. Un cri
retentit: «A l'Hôtel de Ville!»
C'est ainsi qu'un petit groupe de républicains, à l'instigation de Ledru-Rollin et du
vieux poète Lamartine, se rend dans le lieu mythique de la Grande Révolution, celle de
89, dans la perspective de rééditer les exploits de leurs aînés (leurs propres
héritiers n'agiront pas différemment à la chute de
Napoléon III).
Lamartine, Ledru-Rollin, Arago, Dupont de l'Eure et Marie proclament dans la
nuit l'avènement d'un gouvernement républicain. Ainsi naît la IIe République.
Le printemps des peuples
La Révolution parisienne a un énorme retentissement dans les élites européennes.
Devant la contagion révolutionnaire, les monarques concèdent des Constitutions à
Berlin, Munich, Vienne, Turin,...
A Vienne, le prince de Metternich est obligé de s'enfuir. A Rome, le pape lui-même est
chassé par les révolutionnaires avec brutalité.
L'hégémonie autrichienne est la cible des révolutionnaires qui revendiquent le droit
des peuples à disposer d'eux-mêmes, notamment à Milan où les habitants ont commencé
de manifester contre la tutelle autrichienne dès le mois de janvier 1848 en s'abstenant
de fumer pour ne pas payer la taxe sur le tabac... Les troupes d'occupation se plaisaient
alors à fumer sous leur nez de voluptueux cigares.
C'est «le printemps des peuples».

Le petit roi de Piémont-Sardaigne, Charles-Albert,
entre même en guerre contre l'Autriche dans le but de la chasser d'Italie et de faire
l'unité de la péninsule.
Mais il est battu une première fois avec ses alliés italiens à l'été 1848. Reprenant
le combat dans des conditions brouillonnes, il est de nouveau battu piteusement à Novare le 23 mars 1849 et abdique le soir même en faveur de
son fils, Victor-Emmanuel II.
Au bout de quelques mois, la réaction aura partout raison du romantisme révolutionnaire.
A Paris, les romantiques, au premier rang desquels figure Victor Hugo,
applaudissent au défilé des délégués européens. Les plus appréciés sont les
Italiens et les Allemands.
En août 1849, présidant le Congrès international de la paix, Victor Hugo lance, prophétique:
«Un jour viendra où vous France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous
Allemagne, vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et
votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure
et vous constituerez la fraternité européenne (...)».
Une Révolution gâchée
Déroutée par la facilité de sa victoire de Février, l'opposition parlementaire ne sait
que faire de sa République, la deuxième du nom.
Elle tente en vain de ressusciter l'esprit de la «Grande Révolution» mais
méconnaît gravement les changements qui se sont produits en un demi-siècle.
Subrepticement, à Paris, les revendications sociales ont pris le pas sur les idéaux
politiques. Plusieurs signes pourraient éclairer les contemporains: ainsi, dans le
langage courant, on regroupe tous les bourgeois sous le terme d'oisifs pour mieux les
opposer aux travailleurs…
Et l'année même de la chute de Louis Philippe, Karl Marx et Friedrich Engels publient le
«Manifeste du parti communiste».
La Seconde République échouera sur la question sociale. Ses reculades,
dès le mois de juin 1848, ouvriront la voie au Second Empire.