<  

19 janvier 1794

Voir le jour précédentavant aprèsVoir le jour suivant
Le temps des Révolutions (1688-1848)
Ce jour-là...

Les «colonnes infernales» de Turreau

  Les heures dramatiques de la Vendée mlitaire:

10/03/1793: les Vendéens se soulèvent contre la Convention

17/10/1793: défaite des Vendéens à Cholet

19/01/1794: les "colonnes infernales" de Turreau

25/06/1795: le coup de folie de Charette

Le 19 janvier 1794, le général Turreau présente à Paris, devant les députés de la Convention, un plan d' extermination de la Vendée.

Près d'un an plus tôt, les paysans de l'ouest de la France s'étaient soulevés contre le pouvoir révolutionnaire parisien au nom de leur libertés religieuses et par haine de la conscription militaire.

La terrible bataille de Savenay a vu l'écrasement de la «Grande Armée Catholique et Royale» après neuf mois d'exploits et de péripéties. Au début de l'année 1794, le général en chef Henri de La Rochejaquelein a été tué au détour d'un chemin par un Bleu en embuscade. D'Elbée a été quant à lui capturé et fusillé sur la plage de Noirmoutier.

L'insurrection vendéenne semble définitivement matée. Pas assez cependant de l'avis des députés de la Convention qui ont du mal à se remettre de leurs frayeurs.

On fusille 2.000 Vendéens, dont la moitié de femmes à Angers, 1.500 à Noirmoutier, 1.800 aux carrières de Gigant près de Nantes. Le représentant en mission Carrier fait noyer 4.000 personnes dans la Loire.

Les «colonnes infernales»

C'est alors que le général Turreau présente son plan d' extermination : 24 colonnes vont pénétrer en Vendée avec la consigne de tout brûler et de tout massacrer. Les horreurs perpétrées par ces colonnes leur vaudront dans l'Histoire le qualificatif d'infernales.

La Vendée est mise à feu et à sang. Dans une seule journée, le 28 février, la colonne de Cordelier fait aux Lucs-sur-Boulogne 563 victimes. Les survivants de la guerre, exaspérés, se regroupent derrière deux chefs : Charette et Stofflet.

Les massacreurs sont massacrés à leur tour à Chauché, aux Clouzeaux et ailleurs. La colonne de Crouzat qui, en l'absence de Stofflet, a tué 1.500 personnes dans la forêt de Vezins, le 25 mars, est exterminée, trois jours après, aux Ouleries.

Les républicains, désemparés, embouchent les trompettes de la propagande. On exalte la mort héroïque de jeunes volontaires victimes des Vendéens, Bara ou Viala.

Le plan de Turreau a échoué. La Vendée meurtrie est redevenue redoutable.

Vers la paix

Le 13 mai 1794, Turreau est destitué. La Convention qui a besoin de toutes ses troupes aux frontières, évacue la Vendée.

Les bleus se replient dans les camps, aux limites de la Vendée militaire. Le pays respire. Malheureusement, les rivalités entre chefs continuent! Le 10 juillet 1794, Marigny est fusillé à la Girardière de Combrand par les soldats de Stofflet.

A l'automne, Charette s'empare des camps républicains des Moutiers et Fréligné. A Paris entre-temps, le dictateur Robespierre est tombé sous le couperet de la guillotine, mettant un terme à la politique de Terreur. Aux frontières, la sécurité est revenue suite à la victoire de Fleurus.

La Convention se lasse d'une guerre civile qui n'a plus guère de motif. Elle envoie des émissaires à Charette pour lui proposer la paix. Les pourparlers se déroulent d'abord à Belleville puis à la Jaunaye, près de Nantes.

Le 17 février 1795, enfin, la paix est signée. Charette exige et obtient la liberté religieuse pour la Vendée. Il fait sa soumission à la République. Le 26 février, il reçoit à Nantes un accueil triomphal. La guerre de Vendée semble définitivement enterrée avec ses cent mille victimes ! 

Retour de flamme

La France, sous le Directoire, cherche à sortir de la Terreur et de la guerre civile.

Mais le 25 juin 1795, à Belleville, pour des raisons mal élucidées, Charette rallume les hostilités avec la complicité des Anglais et des émigrés royalistes. Ces derniers condescendent à s'allier avec les paysans vendéens et songent, quoiqu'avec retard, à tirer parti de leur héroïsme. 

Une tentative de débarquement a lieu sur la presqu'île de Quiberon en liaison avec 5.000 insurgés chouans, de Bretagne et de Vendée.

Dans le même temps, Lazare Hoche (25 ans) prend le commandement de l'armée républicaine de Vendée. Le général proscrit sévèrement les pillages et les vengeances. Il ordonne à ses troupes d'observer strictement les stipulations de la Jaunaye concernant la liberté religieuse, ce qui lui vaudra d'être surnommé le «pacificateur de la Vendée». Les paysans, constatant que le culte catholique n'est plus menacé, n'ont plus envie de se battre.

Le 21 juillet 1795, Hoche triomphe du débarquement de Quiberon. 750 prisonniers sont fusillés sur la plage.

Plus isolé que jamais, Charette n'en prépare pas moins un débarquement du comte d'Artois, frère cadet de l'ancien roi Louis XVI, en vue d'une restauration monarchique.

En octobre, le futur Charles X arrive à l'Ile d'Yeu. Courageux mais pas téméraire, il juge la situation sans espoir et retourne illico en Angleterre sans prendre la peine de débarquer sur la terre ferme. Charette n'a plus qu'une poignée de partisans.

De son côté, Stofflet, sur l'ordre des princes, rentre en guerre en janvier 1796. Mais, capturé, il est fusillé à Angers le 25 février 1796. Quant à Charette, traqué comme une bête, il est pris le 23 mars à la Chaboterie de Saint-Sulpice-le-Verdon et fusillé le 29 mars 1796.

Les combats sont finis mais le souvenir des atrocités va alimenter les rancœurs et les conspirations chez de nombreux Vendéens, dont le plus célèbre reste Cadoudal.

Un génocide
?

Les guerres de Vendée sont-elles assimilables à un génocide ?  Le débat a été ouvert à la fin du XXe siècle.

Il serait osé d'assimiler les guerres de Vendée à l'extermination des juifs par Hitler ou au massacre des Arméniens par le sultan, seuls génocides à ce jour reconnus comme tels par les historiens.

On peut seulement établir une analogie entre les guerres de Vendée et celle qui met aux prises le peuple tchétchène et le gouvernement russe de Boris Eltsine et de son successeur Wladimir Poutine.

En Tchétchénie comme en Vendée, on observe une étroite imbrication des enjeux politiques, religieux et idéologiques.

Dans un cas comme dans l'autre, la férocité est assez bien partagée entre les deux camps.

On retrouve surtout dans les deux conflits une égale volonté du pouvoir central d'éradiquer la rébellion par la destruction systématique des villes, des villages et de leurs habitants.

Par-delà ces similitudes, la principale différence réside dans le déclenchement du conflit. En Vendée, ce sont les paysans qui ont ouvert les hostilités contre le pouvoir central. En Tchétchénie, la guerre a été le fruit d'un calcul politique du gouvernement russe.

Aussi cruelle que soit la guerre de Tchétchénie, il ne vient à l'idée de personne de la qualifier de génocide. Alors, les guerres de Vendée, un génocide ?

Bibliographie

La guerre de Vendée a donné lieu à de très nombreux ouvrages. Je recommande le petit livre illustré et très accessible des éditions Découverte Gallimard: «Blancs et Bleus dans la Vendée déchirée»  (Jean-Clément Martin, 1986).

 

Mise à jour le 24 février 2003