24 novembre 1793

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Le temps des Révolutions (1688-1848)
Ce jour-là...

Publication du calendrier révolutionnaire


Le 24 novembre 1793, la Convention publie le calendrier républicain, aussi appelé «calendrier des Français».

Un an plus tôt, le 22 septembre 1792, au lendemain de l'abolition de la royauté, les députés avaient décidé que les actes du gouvernement seraient désormais datés de «l'An 1 de la République».

Cette déclaration «furtive» de la République, selon le mot de Robespierre, ne remettait pas en cause la succession des mois du calendrier grégorien, hérité de Jules César et modifié par le pape Grégoire XIII le 24 février 1582.

C'est seulement le 5 octobre 1793 que les députés votent le principe de l'abolition de ce calendrier. L'Assemblée révolutionnaire prétend ainsi déraciner à jamais les rites chrétiens, en particulier le repos dominical et les fêtes religieuses.

Terreur oblige, la Convention prévoit que quiconque s'exprimerait selon l'ancien calendrier grégorien serait passible de la peine de mort.

christianisation à marche forcée


Dominée par les députés de la Montagne, l'Assemblée révolutionnaire s'en prend méthodiquement aux signes religieux comme aux symboles de la royauté.

Dès le 3 février 1790, l'Assemblée Constituante a supprimé les ordres religieux. Le 12 juillet 1790, elle a voté la Constitution civile du clergé, faisant de celui-ci un corps de fonctionnaires nommé et rémunéré par l'Etat. Le 27 novembre 1790, une loi impose aux prêtres le serment d'obéissance à la Constitution.

Cette politique suscite surtout des réticences en Vendée et dans le Choletais où deux députés, Gallois et Gensonné, vont enquêter durant l'été 1791.

Malgré leur rapport, l'Assemblée Législative somme en novembre 1791 tous les prêtres réfractaires de prêter serment. Le roi oppose son veto.

Le 1er février 1792, quatre cents prêtres insermentés sont internés à Angers. La loi du 27 mai 1792 décide que tous les prêtres réfractaires seraient déportés. Le roi oppose à nouveau son veto et la loi est suspendue. Mais elle est remise en application après le 10 août 1792 et l'abolition de la monarchie.

Des prêtres s'exilent. Beaucoup se cachent et continuent à pratiquer les sacrements en dehors des églises. D'autres montent à la guillotine, ainsi que des religieux et des religieuses. 

Sous la Convention, la ferveur antireligieuse et antimonarchiste des députés ne connaît plus de bornes, jusqu'à déboucher sur les guerres de Vendée.

Un décret du conventionnel Barrère mandate des ouvriers pour démonter les tombeaux de la nécropole royale de Saint Denis.

Le conventionnel Joseph Fouché, un ancien prêtre oratorien en mission dans l'Allier et la Nièvre, signe le 9 octobre 1793 un arrêté sans équivoque: «La mort est un repos éternel»! Il ordonne de placer cette inscription à l'entrée des cimetières.

Le 21 novembre 1793 (1er frimaire An II), le Conseil général de la Commune de Paris impose en tête des convois funéraires l'inscription: «L'homme juste ne meurt jamais, il vit dans la mémoire de ses concitoyens».

Trois jours plus tard, la Convention adopte le «calendrier des Français».

Décidé à mener la déchristianisation à son terme, Maximilien de Robespierre ne veut pas toutefois priver le peuple de références religieuses et morales.

A son instigation,l'assemblée révolutionnaire introduit en mai 1794 le culte de l'Être suprême.

Robespierre, élu président de la Convention, a l'honneur de conduire le 8 juin 1794 (20 prairial An II) la première fête en l'honneur de l'Etre suprême.

Sans crainte du ridicule, il marche en tête d'un cortège magnifique ordonné par le peintre David, un bouquet de fleurs et d'épis à la main, des Tuileries au Champ-de-Mars.

Plus chanceux que l'Être suprême, le calendrier révolutionnaire va survivre à la Terreur et à la chute de Robespierre, le 27 juillet 1794, pardon, le 9 thermidor de l'An II.

Mais trop peu pratique et à connotation nationaliste et cocardière, le «calendrier des Français» n'aura guère d'emprise sur les esprits. Il sera abrogé le 1er janvier 1806 sous le Premier Empire.

Le calendrier révolutionnaire


Les semaines du nouveau «calendrier des Français» sont portées à dix jours. Elles prennent le nom de décades. Les jours cessent d'être consacrés à des saints et prennent des noms caractéristiques des produits de la France métropolitaine. «Châtaigne, tourbe, chien, radis, chèvre, abeille, sarcloir,...»

Aux noms des jours de la semaine (lundi, mardi,...) se substituent primidi, duodi, tridi, quartidi, quintidi, sextidi, septidi, octidi, nonidi et décadi.

Le premier jour de la nouvelle ère révolutionnaire s'ouvre le 22 septembre 1792, avec la naissance de la République. Ce jour-là correspond donc au «primidi vendémiaire de l'An I de la République».

Dans le calendrier révolutionnaire, les mois ont chacun 30 jours. Ils portent les noms de vendémiaire, brumaire, frimaire, nivôse, pluviôse, ventôse, germinal, floréal, prairial, messidor, thermidor et fructidor.

Pour s'aligner sur un cycle solaire, les douze mois de l'année sont complétés par cinq jours consacrés à des fêtes patriotiques.

Ce principe n'est pas à proprement parler nouveau. Il est identique à celui des pharaons!

Le calendrier des anciens Égyptiens, encore en usage chez les Coptes, comporte en effet douze mois de trente jours conformes aux cycles de la lune. Un complément de cinq jours dits «épagomènes» permet à l'année calendaire de s'aligner à peu près sur le cycle solaire.

A noter aussi que l'empereur Charlemagne, mille ans plus tôt, avait tenté mais en vain de substituer aux noms de mois issus de la tradition romaine des noms inspirés de la vie rurale et plus proches du quotidien de ses sujets (1).

L'Académie des Jeux Floraux


François Fabre, dit Fabre d'EglantineLe nouveau calendrier et ses mots aux sonorités musicales sont l'oeuvre du poète François Fabre d'Églantine.

Celui-ci est député à la Convention et assure le secrétariat de Danton. Il manifeste une vénalité au-dessus de la moyenne, ce qui n'est pas peu dire en ces temps où la corruption est monnaie courante parmi les conventionnels.

Fabre d'Églantine sera guillotiné à l'instigation de Robespierre le 5 avril 1794 aux côtés de Danton et de Camille Desmoulins.

Le poète est né à Limoux, dans les Corbières, le 28 août 1755. Il a été baptisé sous le nom de François Fabre.

Bien avant de se pencher sur le calendrier révolutionnaire, il se fait connaître en composant l’immortel «tube» : «Il pleut, il pleut, bergère...».

Il ajoute «d'Églantine» à son nom en souvenir d'une églantine d’argent qu’il a remporté dans sa jeunesse à l'occasion d'un concours de poésie organisé par l’Académie des Jeux Floraux de Toulouse.

(1) Jean Favier, Charlemagne, Perrin, 1999 [retour]

 

Mise à jour le 22 février 2003