20 avril 1828

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Le temps des Révolutions (1688-1848)
Ce jour-là...

René Caillié entre à Tombouctou

Le 20 avril 1828, l'explorateur René Caillié découvre Tombouctou, une cité interdite aux chrétiens, sur les bords du Niger.

Né le 19 novembre 1799 dans le ménage d'un boulanger misérable, le jeune René Caillé (on dit aussi Caillé) a grandi en rêvant aux noms mystérieux inscrits sur les cartes d'Afrique.

À 16 ans, il quitte son village de Mauzé-sur-le-Mignon (Deux-Sèvres) avec l'ambition de devenir le premier Européen à entrer à Tombouctou... et à en revenir.

Il est enrôlé comme moussaillon sur une escadrille qui quitte Bordeaux pour le Sénégal.

 
Le radeau de la Méduse

L'expédition qu'emprunte René Caillié le 27 avril 1816 compte cinq navires de guerre, sous le commandement d'un vieil amiral émigré sous la Révolution,  Hugues de Chaumareys.

Il a reçu du roi Louis XVIII mission de reprendre le Sénégal, que le traité de Paris a restitué à la France après la chute de Napoléon, quelques mois plus tôt.

Il a cinq navires: la corvette L'Echo, la flûte La Loire, le brick L'Argus et la frégate amiral La Méduse, vouée à une tragique célébrité.

Imprudent, l'amiral s'approche trop des côtes et son navire s'échoue sur le dangereux banc d'Argauin.

On connaît la suite. Les officiers et une partie de l'équipage prennent une chaloupe tandis que plusieurs dizaines de matelots doivent se contenter d'un radeau de fortune. Les chaloupes renoncent bientôt à le remorquer.

Au terme d'une épouvantable odyssée, une poignée de survivants du radeau sont recueillis par un navire envoyé à leur recherche. Une toile célébrissime de Géricault immortalise leur tragédie.

À Saint-Louis-du-Sénégal, René Caillié a connaissance d'une expédition anglaise qui se prépare à partir sur les traces d'un célèbre explorateur écossais, Mungo Park, disparu depuis plus de dix ans dans l'Afrique intérieure.

Démuni de tout, il suit deux Noirs dans la forêt et tente de rejoindre le major Gray qui commande l'expédition en question.

Mais trop épuisé, il doit renoncer et embarque sur un navire à destination de la Guadeloupe. De là, il retourne à Bordeaux.

Une deuxième fois, il trouve le moyen de revenir à Saint-Louis et rejoint une nouvelle expédition britannique, partie cette fois à la rescousse du major Gray, prisonnier d'un roitelet local.

Retour à Lorient. René Caillié, en manque de ressources, participe à quelques voyages vers les Antilles et économise 2.000 francs.

En 1824, il peut enfin revenir au Sénégal pour réaliser son rêve de jeunesse. Le gouverneur, le baron Roger, tente de le dissuader et lui fait valoir qu'un grand nombre d'Européens ont déjà perdu la vie en tentant de rejoindre Tombouctou.

Et ce n'est pas fini. L'année suivante, un officier britannique, Alexander Gordon Laing, quitte Tripoli, sur la côte méditerranéenne, avec une petite escorte et le soutien officiel du gouvernement britannique. On apprendra plus tard qu'il a été tué sur le chemin du retour.

La «cité interdite»

Localisée dans une zone encore inconnue des Européens, au cœur de l'Afrique occidentale, Tombouctou a au surplus une réputation de sainteté dans l'islam noir depuis l'époque lointaine où elle faisait partie de l'empire du Songhaï..

Aux dires des anciens chroniqueurs, comme Léon l'Africain, ses mosquées conservent de précieux manuscrits arabes et ses palais ont des toits revêtus d'or. Les chrétiens sont particulièrement malvenus dans la «cité interdite».

 René Caillé en pèlerin musulmanRené Caillié décide avant toute chose d'adopter les manières locales.

Il rejoint un groupe de Maures et en un an, apprend leurs coutumes ainsi que quelques rudiments de langue arabe. Il s'applique à déchiffrer le Coran. 

Enfin, le 19 avril 1827, il quitte Saint-Louis avec une petite caravane.

Il se fait passer pour un enfant d'Alexandrie (Égypte) enlevé par les troupes de Bonaparte et désireux de revenir chez lui.

La longueur de son nez et la couleur de sa peau n'en finissent pas d'étonner. Son parapluie rouge excite la curiosité.

Il mendie l'hospitalité et la protection des chefs locaux, cachant avec soin l'argent qui doit lui assurer le retour.

Supportant des épreuves et des humiliations sans nom, malade même du scorbut, il arrive sur les bords du Niger et se repose à Kankan, une petite ville africaine de la Guinée actuelle, en pays mandingue.

Nouveau départ pour Djenné, ville commerçante de grande réputation. Il y a arrive le 14 mars 1828. Dans cette ville exclusivement africaine, il a la surprise de découvrir des marchandises d'Europe, preuve de flux commerciaux notables via le Maroc et le Sénégal.

Un an jour pour jour après son départ du Sénégal. Une pirogue le débarque à Cabra, le port de Tombouctou sur le Niger (aujourd'hui Kabara).

Le lendemain, «au moment où le soleil se couchait à l'horizon», il a le bonheur de toucher au but. Bonheur immédiatement terni par la réalité.

Tombouctou (croquis de René Caillié)C'était donc cela, Tombouctou? Une ville africaine assoupie entre le fleuve et le désert.

Aucune trace des richesses espérées (toits en or, dallages,...) ni d'une quelconque effervescence intellectuelle et religieuse.

La ville, qui plus est, a été pillée peu avant par des Touaregs.

Après deux semaines durant lesquelles il accumule des notes entre les pages de son Coran, René Caillié prend le chemin du retour avec une caravane d'esclaves qui remonte vers le Maroc. Traité comme une bête, il souffre comme jamais mais arrive néanmoins à Fès le 12 août 1828.

Quelques jours plus tard, il se présente en loques au vice-consul de France à Tanger, Monsieur Delaporte. Celui-ci le prend dans ses bras et pleure d'émotion. Membre de la Société de Géographie, il mesure l'exploit à sa juste dimension et assure au jeune explorateur un retour triomphal en France.

Le 5 décembre 1828, à Paris, en présence de l'illustre paléontologue Georges Cuvier, la Société de Géographie fait fête à René Caillié et lui remet la somme de 10.000 francs promise au premier Européen qui ramènerait une description de Tombouctou.

René Caillié publie son «Journal d'un voyage à Tombouctou». C'est aussitôt un grand succès de librairie. L'explorateur peut désormais se reposer. Il revient dans sa région natale où il meurt le 15 mai 1839, à 39 ans, marié et père de quatre enfants.

 

Mise à jour le 23 février 2003