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René
Caillié entre à Tombouctou
Le 20 avril 1828, l'explorateur René Caillié découvre Tombouctou,
une cité interdite aux chrétiens, sur les bords du Niger.
Né le 19 novembre 1799 dans le ménage d'un boulanger misérable, le jeune René Caillé
(on dit aussi Caillé) a grandi en rêvant aux noms mystérieux inscrits sur les cartes
d'Afrique.
À 16 ans, il quitte son village de Mauzé-sur-le-Mignon (Deux-Sèvres) avec l'ambition de
devenir le premier Européen à entrer à Tombouctou... et à en revenir.
Il est enrôlé comme moussaillon sur une escadrille qui quitte Bordeaux pour le
Sénégal.
Le radeau de la Méduse
L'expédition qu'emprunte René Caillié le 27 avril 1816
compte cinq navires de guerre, sous le commandement d'un vieil amiral émigré sous la
Révolution, Hugues de Chaumareys.
Il a reçu du roi Louis XVIII mission de reprendre le Sénégal, que le traité de Paris a restitué à la France après la chute de
Napoléon, quelques mois plus tôt.
Il a cinq navires: la corvette L'Echo, la flûte La Loire, le brick L'Argus
et la frégate amiral La Méduse, vouée à une
tragique célébrité.
Imprudent, l'amiral s'approche trop des côtes et son navire s'échoue sur le dangereux
banc d'Argauin.
On connaît la suite. Les officiers et une partie de l'équipage prennent une chaloupe
tandis que plusieurs dizaines de matelots doivent se contenter d'un radeau de fortune. Les
chaloupes renoncent bientôt à le remorquer.
Au terme d'une épouvantable odyssée, une poignée de survivants du radeau sont
recueillis par un navire envoyé à leur recherche. Une toile célébrissime de
Géricault immortalise leur tragédie.
À
Saint-Louis-du-Sénégal, René Caillié a connaissance d'une expédition anglaise qui se
prépare à partir sur les traces d'un célèbre explorateur écossais, Mungo Park,
disparu depuis plus de dix ans dans l'Afrique intérieure.
Démuni de tout, il suit deux Noirs dans la forêt et tente de rejoindre le major Gray qui
commande l'expédition en question.
Mais trop épuisé, il doit renoncer et embarque sur un navire à destination de la
Guadeloupe. De là, il retourne à Bordeaux.
Une deuxième fois, il trouve le moyen de revenir à Saint-Louis et rejoint une nouvelle
expédition britannique, partie cette fois à la rescousse du major Gray, prisonnier d'un
roitelet local.
Retour à Lorient. René Caillié, en manque de ressources, participe à quelques
voyages vers les Antilles et économise 2.000 francs.
En 1824, il peut enfin revenir au Sénégal pour réaliser son rêve de jeunesse. Le
gouverneur, le baron Roger, tente de le dissuader et lui fait valoir qu'un grand nombre
d'Européens ont déjà perdu la vie en tentant de rejoindre Tombouctou.
Et ce n'est pas fini. L'année suivante, un officier britannique, Alexander Gordon Laing,
quitte Tripoli, sur la côte méditerranéenne, avec une petite escorte et le soutien
officiel du gouvernement britannique. On apprendra plus tard qu'il a été tué sur le
chemin du retour.
La «cité interdite»
Localisée dans une zone encore inconnue des Européens, au cœur de l'Afrique
occidentale, Tombouctou a au surplus une réputation de sainteté dans l'islam noir depuis
l'époque lointaine où elle faisait partie de l'empire du Songhaï..
Aux dires des anciens chroniqueurs, comme Léon l'Africain, ses mosquées conservent
de précieux manuscrits arabes et ses palais ont des toits revêtus d'or. Les chrétiens
sont particulièrement malvenus dans la «cité interdite».
René Caillié décide avant toute
chose d'adopter les manières locales.
Il rejoint un groupe de Maures et en un an, apprend leurs coutumes ainsi que quelques
rudiments de langue arabe. Il s'applique à déchiffrer le Coran.
Enfin, le 19 avril 1827, il quitte Saint-Louis avec une petite caravane.
Il se fait passer pour un enfant d'Alexandrie (Égypte) enlevé par les troupes de Bonaparte et désireux de revenir chez lui.
La longueur de son nez et la couleur de sa peau n'en finissent pas d'étonner. Son
parapluie rouge excite la curiosité.
Il mendie l'hospitalité et la protection des chefs locaux, cachant avec soin l'argent qui
doit lui assurer le retour.
Supportant des épreuves et des humiliations sans nom, malade même du scorbut, il arrive
sur les bords du Niger et se repose à Kankan, une petite ville africaine de la Guinée
actuelle, en pays mandingue.
Nouveau départ pour Djenné, ville commerçante de grande réputation. Il y a arrive le
14 mars 1828. Dans cette ville exclusivement africaine, il a la surprise de découvrir des
marchandises d'Europe, preuve de flux commerciaux notables via le Maroc et le Sénégal.
Un an jour pour jour après son départ du Sénégal. Une pirogue le débarque à
Cabra, le port de Tombouctou sur le Niger (aujourd'hui Kabara).
Le lendemain, «au moment où le soleil se couchait à l'horizon», il a le
bonheur de toucher au but. Bonheur immédiatement terni par la réalité.
C'était donc cela, Tombouctou?
Une ville africaine assoupie entre le fleuve et le désert.
Aucune trace des richesses espérées (toits en or, dallages,...) ni d'une quelconque
effervescence intellectuelle et religieuse.
La ville, qui plus est, a été pillée peu avant par des Touaregs.
Après deux semaines durant lesquelles il accumule des notes entre les pages de son Coran,
René Caillié prend le chemin du retour avec une caravane d'esclaves qui remonte
vers le Maroc. Traité comme une bête, il souffre comme jamais mais arrive néanmoins à
Fès le 12 août 1828.
Quelques jours plus tard, il se présente en loques au vice-consul de France à
Tanger, Monsieur Delaporte. Celui-ci le prend dans ses bras et pleure d'émotion.
Membre de la Société de Géographie, il mesure l'exploit à sa juste dimension et assure
au jeune explorateur un retour triomphal en France.
Le 5 décembre 1828, à Paris, en présence de l'illustre paléontologue Georges Cuvier,
la Société de Géographie fait fête à René Caillié et lui remet la somme de 10.000
francs promise au premier Européen qui ramènerait une description de Tombouctou.
René Caillié publie son «Journal d'un voyage à Tombouctou». C'est aussitôt
un grand succès de librairie. L'explorateur peut désormais se reposer. Il revient dans
sa région natale où il meurt le 15 mai 1839, à 39 ans, marié et père de quatre
enfants.
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