20 octobre 1827

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Le temps des Révolutions (1688-1848)
Ce jour-là...

La bataille de Navarin

 
Le 20 octobre 1827, dans la rade du port grec de Navarin, la flotte turco-égyptienne est attaquée sans préavis et détruite par une escadre anglo-franco-russe sous le commandement de l'amiral de Rigny.

La Grèce s'était soulevée en 1821 contre l'occupant turc. Les armées du sultan mènent une répression impitoyable illustrée par les massacres de Chio (ou Scio) et la chute de la place forte de Missolonghi. On compte 200.000 morts.

En Europe, la guerre ne laisse pas indifférent. Eugène Delacroix peint Les massacres de Scio. Le poète Byron s'engage aux côtés des révoltés grecs et meurt à Missolonghi.

L'Homme malade de l'Europe

L'heure de la curée sonne pour l'empire ottoman que l'on qualifiera plus tard d'«Homme malade de l'Europe»... Comme l'empire chinois, à l'autre extrémité de l'Eurasie, la Turquie est victime de sa propre faiblesse et de l'expansion européenne.

À Londres, sans prendre la peine de consulter la Turquie, les Occidentaux publient le 6 juillet 1827 un protocole qui préconise une simple «autonomie de la Grèce dans le cadre de la suzeraineté turque».

Aucun, il est vrai, ne  souhaite précipiter les choses et amener la Grèce à l'indépendance. Les Anglais et les Français voudraient privilégier l'émancipation de l'Égypte; les Russes, quant à eux, voudraient prendre la place des Turcs dans les Balkans.

Le 16 août 1827, le sultan Mahmoud II rejette une note de la France, du Royaume-Uni et de la Russie qui lui demandent de mettre fin aux exactions contre les Grecs. C'est la guerre.

Le sultan fait appel à son puissant vassal, le vice-roi d'Égypte Méhémet Ali. Celui-ci lui envoie une armée commandée par son fils Ibrahim pacha, avec une flotte formée par des spécialistes français.

Mais l'attaque des Européens à Navarin a raison de la coalition turco-égyptienne. Dans la foulée, un corps expéditionnaire français débarque en Morée, le Péloponnèse actuel, et en chasse l'armée d'Ibrahim pacha.

La Turquie est d'autre part agressée sur le Danube et en Arménie par la Russie qui veut profiter de l'aubaine.

La prise d'Andrinople, aux portes d'Istanbul, le 20 août 1829, oblige le sultan à engager des pourparlers de paix. Par le traité d'Andrinople du 14 septembre 1829, il se résout à reconnaître l'indépendance de la Grèce. Celle-ci sera confirmée un peu plus tard à Londres.

La Moldavie, la Valachie et la Serbie, autres principautés chrétiennes des Balkans sous domination turque, deviennent autonomes.

Comme un malheur n'arrive jamais seul, Méhémet Ali, bien que vaincu, réclame la Syrie pour prix de son intervention aux côtés du sultan.

Sans attendre la permission de Mahmoud II, son fil Ibrahim pacha envahit la Palestine et la Syrie.

Il défait les Turcs à Konya le 21 décembre 1832 et menace Istanbul si bien que le sultan n'a plus d'autre issue que de faire appel... à son ennemi intime, le tsar Nicolas 1er!

Celui-ci installe ses troupes sur le Bosphore et n'accepte de les en retirer qu'en échange de la fermeture du détroit à tout autre navire de guerre que les navires russes.

La rivalité entre Turcs et Égyptiens relance la concurrence entre Britanniques et Français.

En 1840, le jeune Adolphe Thiers est à deux doigts de déclarer la guerre à Londres pour préserver les intérêts de l'Égypte, alliée traditionnelle de la France. Il faut toute la sagesse du roi Louis-Philippe 1er pour éviter cette nouvelle catastrophe.
 

 Ingérence humanitaire

Le XIXe siècle, de la chute de Napoléon 1er, en 1815, à la Grande Guerre de 1914, donne lieu à de multiples expéditions militaires internationales.

Les Occidentaux, forts de leur bonne conscience et de leur sentiment de supériorité, se coalisent pour des raisons humanitaires comme à Navarin, politiques (Trocadéro, en Espagne; Sébastopol, en Russie) ou cyniquement commerciales (Pékin, en Chine).

Parfois, comme en Chine, des préoccupations humanitaires (protéger des ressortissants) dissimulent d'un voile pudique les motivations bassement commerciales. On parle dans ce dernier cas de «politique de la canonnière» .

Il n'est pas interdit de déceler quelques analogies entre ces expéditions du siècle passé et des interventions plus proches de nous, au Kossovo, en Irak, menées au nom du droit d'ingérence humanitaire...
 

 

Mise à jour le 22 février 2003