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La bataille
de Navarin
Le 20 octobre 1827, dans la rade du port grec de Navarin, la flotte turco-égyptienne est
attaquée sans préavis et détruite par une escadre anglo-franco-russe sous le
commandement de l'amiral de Rigny.
La Grèce s'était soulevée en 1821 contre l'occupant turc. Les armées du sultan mènent
une répression impitoyable illustrée par les massacres de Chio (ou Scio) et la chute de
la place forte de Missolonghi. On compte 200.000 morts.
En Europe, la guerre ne laisse pas indifférent. Eugène Delacroix peint Les massacres de Scio. Le poète Byron s'engage
aux côtés des révoltés grecs et meurt à Missolonghi.
L'Homme malade de l'Europe
L'heure de la curée sonne pour l'empire ottoman que l'on qualifiera plus tard d'«Homme malade de l'Europe»... Comme l'empire chinois, à
l'autre extrémité de l'Eurasie, la Turquie est victime de sa propre faiblesse et de
l'expansion européenne.
À Londres, sans prendre la peine de consulter la Turquie, les Occidentaux
publient le 6 juillet 1827 un protocole qui préconise une simple «autonomie de la
Grèce dans le cadre de la suzeraineté turque».
Aucun, il est vrai, ne souhaite précipiter les choses et amener la Grèce à
l'indépendance. Les Anglais et les Français voudraient privilégier l'émancipation de
l'Égypte; les Russes, quant
à eux, voudraient prendre la place des Turcs dans les Balkans.
Le 16 août 1827, le sultan Mahmoud II rejette une note de la France, du Royaume-Uni et de
la Russie qui lui demandent de mettre fin aux exactions contre les Grecs. C'est la guerre.
Le sultan fait appel à son puissant vassal, le vice-roi d'Égypte Méhémet Ali.
Celui-ci lui envoie une armée commandée par son fils Ibrahim pacha, avec une flotte
formée par des spécialistes français.
Mais l'attaque des Européens à Navarin a raison de la coalition turco-égyptienne. Dans
la foulée, un corps expéditionnaire français débarque en Morée, le
Péloponnèse actuel, et en chasse l'armée d'Ibrahim pacha.
La Turquie est d'autre part agressée sur le Danube et en Arménie par la Russie qui veut
profiter de l'aubaine.
La prise d'Andrinople, aux portes d'Istanbul, le 20 août 1829,
oblige le sultan à engager des pourparlers de paix. Par le traité d'Andrinople du 14
septembre 1829, il se résout à reconnaître l'indépendance
de la Grèce. Celle-ci sera confirmée un peu plus tard à Londres.
La Moldavie, la Valachie et la Serbie, autres principautés chrétiennes des Balkans sous
domination turque, deviennent autonomes.
Comme un malheur n'arrive jamais seul, Méhémet Ali, bien que vaincu, réclame la
Syrie pour prix de son intervention aux côtés du sultan.
Sans attendre la permission de Mahmoud II, son fil Ibrahim pacha envahit la Palestine et
la Syrie.
Il défait les Turcs à Konya le 21 décembre 1832 et menace Istanbul si bien que le
sultan n'a plus d'autre issue que de faire appel... à son ennemi intime, le tsar Nicolas
1er!
Celui-ci installe ses troupes sur le Bosphore et n'accepte de les en retirer qu'en
échange de la fermeture du détroit à tout autre navire de guerre que les navires
russes.
La rivalité entre Turcs et Égyptiens relance la concurrence entre
Britanniques et Français.
En 1840, le jeune Adolphe Thiers est à deux doigts de
déclarer la guerre à Londres pour préserver les intérêts de l'Égypte, alliée
traditionnelle de la France. Il faut toute la sagesse du roi Louis-Philippe 1er pour
éviter cette nouvelle catastrophe.
Ingérence humanitaire
Le XIXe siècle, de la chute de Napoléon
1er, en 1815, à la Grande Guerre de 1914, donne lieu à de multiples expéditions
militaires internationales.
Les Occidentaux, forts de leur bonne conscience et de leur sentiment de supériorité, se
coalisent pour des raisons humanitaires comme à Navarin, politiques (Trocadéro, en
Espagne; Sébastopol, en Russie) ou cyniquement commerciales (Pékin, en Chine).
Parfois, comme en Chine, des préoccupations humanitaires (protéger des ressortissants)
dissimulent d'un voile pudique les motivations bassement commerciales. On parle dans ce
dernier cas de «politique de la canonnière» .
Il n'est pas interdit de déceler quelques analogies entre ces expéditions du siècle
passé et des interventions plus proches de nous, au Kossovo, en Irak, menées au nom du
droit d'ingérence humanitaire...
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