Les  «Mâtines de Bruges»

Par Jean Brillet

Au petit matin du 18 mai 1302, à Bruges, en Flandre, des insurgés en armes pénètrent dans les maisons et abordent les occupants en leur demandant de répéter après eux: «Schild of vriend?» (Bouclier ou ami?).

Il est impossible à qui n'est pas natif des Flandres de prononcer correctement cette expression. C'est ainsi que les soldats de la garnison française sont démasqués les uns après les autres et assassinés au pied de leur lit. On compte un millier de morts.

Cette journée a été appelée «Mâtines de Bruges» par analogie avec les «Vêpres siciliennes» qui chassèrent 20 ans plus tôt les Français de Sicile. Elle réduit à néant le rêve des rois capétiens d'annexer les Flandres.

Convoitises françaises

Sous les règnes de Philippe Auguste et Saint Louis (Louis IX), la France était devenue le plus puissant royaume d'Europe.

Mais à la fin du XIIIe siècle, la Flandre et l'Angleterre commencent à lui faire de l'ombre grâce à leur enrichissement rapide. L'Angleterre vend de la laine aux communes flamandes comme Bruges, Ypres ou Gand. Celles-ci fabriquent des draps qu'elles revendent à prix d'or dans toute l'Europe.

En 1297, pour faire face à la convoitise du roi de France, le comte de Flandre, Guy de Dampierre, négocie une alliance avec le roi anglais Edouard 1er. Mais Philippe IV le Bel , petit-fils de Saint Louis, attire le comte à Paris et l'emprisonne.

Il installe en Flandre un gouverneur à sa dévotion, Guy de Châtillon. De Lille à Bruges, les villes flamandes ouvrent leurs portes aux garnisons françaises.

Le 29 mai 1301, Philippe le Bel et sa cour se réjouissent à Bruges de l'annexion des Flandres au royaume.

Mais un tisserand du nom de Pierre Coning (en flamand, Pieter de Coninck) appelle les habitants à la révolte. Il est néanmoins repoussé par les bourgeois, favorables au roi de France (on les surnomme «leliaerts»).

Méfiant, le gouverneur des Flandres, Jacques de Saint-Pol, supprime les libertés de Bruges. La population se reprend alors à écouter les harangues de Pierre Coning. En représailles, les Français occupent en force la ville.

C'est alors que surviennent les «Mâtines de Bruges». 1600 insurgés entrent dans la ville et assassinent les Français.

La «bataille des éperons d'or»

Comme si cet avertissement ne suffisait pas, les chevaliers français, commandés par Robert d'Artois, sont honteusement battus par les milices communales le 11 juillet 1302 à la «bataille des éperons d’or», près de Courtrai.

 

Mise à jour le 23 février 2003