Chronologie succincte de l'Europe à ses débuts:
Les petits-fils de Charlemagne jurent les serments de
Strasbourg le 14 février 842
Louis le Germanique et Charles le Chauve se partagent la Lotharingie
le 9 août 870
Eudes devient le premier roi français le 29 février 888
Conrad est élu roi d'Allemagne le 24 septembre 911
Henri 1er de Saxe roi de Germanie le 23 décembre 918
Fin de l'empire carolingien en 924, à la mort de
Bérenger de Frioul
Les Hongrois battus au Lechfeld par Otton 1er, fils de
Henri 1er, le 10 août 955
Otton le Grand est couronné empereur à Rome le 2
février 962
Hugues Capet est sacré roi de Francie le 3 juillet 987
Election du pape Sylvestre
II le 2 avril 999
Disparition d'Otton III le 23 janvier 1002
An Mil: naissance de l'Europe moderne
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Le 3 juillet 987, dans la vieille
cathédrale de Noyon, Hugues Capet devient roi des Francs sous le nom de Hugues 1er.
Il est sacré par l'évêque de Reims, Adalbéron, selon un rituel
germanique inauguré par Pépin le Bref.
Deux jours plus tôt, à Senlis (ou peut-être à Noyon ou Soissons), les principaux
seigneurs du royaume ont offert la couronne au comte de Paris, au détriment de l'ultime
héritier de Charlemagne et des rois carolingiens.
Le royaume sur lequel va régner Hugues Capet s'étend sur la partie ouest des
régions occupées par les Francs, de la Manche à la Meuse, et correspond en gros au
bassin parisien.
Cette région fortement romanisée s'appelait Neustrie sous Clovis et ses
successeurs mérovingiens. Elle est appelée Francie occidentale au temps de
Charlemagne et des carolingiens. Les Capétiens vont en faire le noyau de la France
actuelle.
L'avènement de Hugues Capet, c'est la vraie naissance de la France,
au moment où naît l'Europe que nous connaissons.
En 1119, dans une lettre au pape Calixte II, un lointain descendant
de Hugues Capet, le roi Louis VI, se proclame «roi de la France, non plus des Francs,
et fils particulier de l’Église romaine». C'est le premier texte où il est
fait référence au mot France.
Emergence de la France
Au cours du Xe siècle, deux aïeux de Hugues Capet, dont le duc Eudes, avaient déjà été élus roi de Francie occidentale
mais n'avaient pu conserver la couronne dans leur famille.
Au moment de son sacre, Hugues 1er est un homme mûr de 47 ans. C'est un seigneur puissant
et respecté qui possède en propre de vastes domaines autour de Paris et Orléans qui en
font l'un des principaux seigneurs de Francie occidentale. Il s'agit de seigneuries
laïques et d'abbayes (d'où le surnom de Capet qui fait allusion à ses
nombreuses chapes d'abbés, dont celle, prestigieuse entre toutes, de
Saint-Martin-de-Tours).
Malgré le sacre de Reims, Hugues doit défendre sa légitimité les armes à la main.
Selon le chroniqueur Adhémar de Chabannes, l'un de ses vassaux, Adalbert de Périgord,
refusant de lever le siège de Tours, Hugues lui demande:
- Qui t'a fait comte?
Et l'autre de répliquer:
- Qui t'a fait roi?
Jusqu'en 991, Hugues doit aussi combattre le parti carolingien, qui garde de solides
partisans, dont Charles de Lorraine.
Après la capture de celui-ci, à Laon, à la faveur d'une trahison, il
doit encore combattre le comte de Blois, Eudes 1er, avec le concours du comte d'Anjou, le
fameux Foulques Nerra. Ce grand bâtisseur est à l'origine du premier château fort en
pierre, à Langeais.
Le pré carré
Arrondissant le domaine royal, ou «pré carré», à la manière modeste et
tenace des paysans d’autrefois, Hugues 1er et ses descendants accroissent peu à peu
leur richesse, consolident leur autorité et font émerger une nation nouvelle du
désordre carolingien.
Les premières générations de Capétiens respectent la règle féodale de
l’élection. Mais Hugues et ses successeurs ont soin de faire élire de leur vivant
leur fils aîné pour leur succéder et de le faire sacrer roi à Reims.
Les Grands du royaume se prêtent de bon gré à la manœuvre. Le fils aîné du roi
régnant a l’avantage d’avoir été préparé à la succession par son père et
son élection coupe court à toute querelle entre d’éventuels prétendants.
Les féodaux s’habituent peu à peu à une succession héréditaire. Ils
l’acceptent d’autant mieux que Hugues Capet et ses premiers descendants font
preuve d'une sage réserve face à des seigneurs parfois plus puissants et plus riches
qu’eux-mêmes.
De génération en génération, les descendants de Hugues Capet auront la double chance
de vivre assez longtemps pour se faire accepter par leurs pairs et d’avoir un fils
apte à leur succéder.
C’est seulement avec Philippe II Auguste, deux siècle plus tard, que la royauté
sera devenue assez forte pour ignorer le rite de l’élection. Philippe Auguste
dédaignera de faire désigner son fils de son vivant. Louis VIII dit Le Lion lui
succèdera automatiquement et sans difficulté le 14 juillet 1223.
La succession héréditaire sera dès lors la règle en France. Mais ce principe restera
relativement exceptionnel en Europe jusqu’à la fin du Moyen Âge, beaucoup de
dynasties royales perpétuant le principe de l'élection à vie (Allemagne, Pologne,
Russie,...). De nombreuses communautés conserveront par ailleurs un gouvernement de type
républicain, en Suisse ou encore en Italie.
C’est seulement aux XVIIIe et XIXe siècles que le principe monarchique et la
succession héréditaire deviendront la norme en Europe!
Election et hérédité
Pendant le Haut Moyen Âge, notons-le, nulle légitimité ne s’attache à la
naissance. Les souverains sont cooptés ou élus par leurs pairs en fonction de leur
aptitude au commandement.
Dans la plupart des communautés médiévales, l’élection est aussi la règle, y
compris dans les corporations marchandes et les villages.
L’élection est la règle dans l’Église, qu’il s’agisse du pape, des
évêques ou des abbés. C’est aux monastères qu’il revient en particulier
d’avoir inventé la règle démocratique : «Un homme, une voix».
Autant dire que le suffrage universel n’a pas jailli du néant au XIXe siècle mais
puise ses racines dans les temps les plus «obscurs» du Moyen Âge.
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