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Chronologie succincte de l'empire carolingien:
Les Francs refont leur unité à Néry le 14 octobre 719
Charles Martel vainc les Arabes à Poitiers le 25 octobre
732
Pépin le Bref, fils de Charles Martel, est sacré roi des
Francs le 27 juillet 754
Charles et Carloman, fils de Pépin, deviennent rois des Francs le 24 septembre 768
Le futur Charlemagne devient seul roi des Francs le 4
décembre 771
L'arrière-garde de l'armée de Charlemagne est attaquée au col de Roncevaux le 15 août 778
Charlemagne est sacré empereur à Rome le 25 décembre 800
Charlemagne meurt à Aix-la-Chapelle le 28 janvier 814, à 71 ans
Les petits-fils de Charlemagne jurent les serments de
Strasbourg le 14 février 842
Louis le Germanique et Charles le Chauve se partagent la Lotharingie
le 9 août 870
Eudes devient le premier roi français le 29 février 888
Conrad est élu roi d'Allemagne le 24 septembre 911
Henri 1er de Saxe roi de Germanie le 23 décembre 918
Fin de l'empire carolingien en 924, à la mort de
Bérenger de Frioul
Les Hongrois battus au Lechfeld par Otton 1er, fils de
Henri 1er, le 10 août 955
Otton le Grand est couronné empereur à Rome le 2
février 962
An Mil: naissance de l'Europe moderne
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Le 27 juillet
754, dans la basilique de Saint-Denis, au nord de Paris,
le pape Étienne II sacre Pépin le Bref. Il lui confère les titres de roi des Francs et
de Patrice des Romains («Patricius Romanorum»).
Pépin III est issu d'une puissante famille franque d'Austrasie (l'est de la France). Il
est le fils cadet de Charles Martel et son successeur.
Comme son illustre père, il a d'abord été le maire du palais (ou «majordome»)
des derniers rois mérovingiens.
Las de ces rois fainéants, lointains descendants de Clovis, les principaux seigneurs de
Francie occidentale (la France du nord) offrent la couronne à Pépin. Ils le proclament
roi des Francs au champ de mai de Soissons en 751.
Les évêques du royaume confirment aussitôt son élection par un sacre.
Le pape sacre à son tour Pépin Ie Bref, donnant davantage de lustre à son ascension. Ce
faisant, il le remercie pour les engagements qu'a pris le chef franc à
son égard.
Le 14 avril de la même année, à Quierzy-sur-Oise, au nord de Paris, Pépin III le Bref
a promis au pape de le protéger des Lombards, barbares mal dégrossis qui occupent la
péninsule italienne.
Il lui a aussi promis d'offrir au Saint-Siège un domaine assez grand pour le mettre à
l'abri de toute agression.
Ce sera chose faite en 756 après une expédition militaire de Pépin contre le roi des
Lombards, Athaulf. Les territoires qui lui seront enlevés formeront le noyau des futurs
États pontificaux.
La papauté se détourne de
Byzance
En échange de ces services, le pape confirme donc la royauté de Pépin le Bref sur les
Francs.
Par cet acte, le pape prend ses distances d'avec l'empereur qui règne à Byzance.
Le Saint-Siège catholique s'en remet désormais de sa sécurité aux souverains francs.
C'est le début d'une longue collaboration, souvent orageuse, avec les Carolingiens et
leurs lointains héritiers du Saint Empire romain
germanique.
A la fin du XIXe siècle, les militants anticléricaux dénonceront dans cette
collaboration «l'alliance du sabre et du goupillon».
Le rite du sacre
 Dénommée "Joyeuse" et réputée avoir
appartenue à Charlemagne, cette épée était utilisée au cours du sacre des rois de
France
Elle faisait partie avec son fourreau du trésor de Saint-Denis
Par le sacre, le futur roi des Francs (ou de France) reçoit sur le front l’huile
sainte qu’aurait reçue Clovis lors de son baptême à Reims par l’évêque
Rémi.
La Sainte Ampoule qui contient l’huile aurait été transmise à Rémi par un ange et
son contenu se régénèrerait miraculeusement à chaque onction.
Mais il ne s'agit là que d'une légende arrangée du temps des Capétiens par le moine
Hincmar. En fait, le sacre était ignoré de Clovis et de ses descendants, les
Mérovingiens.
Ces derniers prolongeaient en Gaule les traditions romaines et l'usage du latin. Ils
étaient trop frottés de culture romane pour s'attacher à un rituel comme le sacre.
Les Carolingiens qui succèdent aux Mérovingiens sont, eux, issus de familles franques
d'Austrasie (l'Est de la France actuelle) restées très proches des pratiques barbares.
C'est pourquoi ils sont conduits à inventer le sacre.
Le sacre puise ses origines dans un rite germanique qui fait du roi l'intercesseur entre
le monde divin et le monde humain.
L'onction de l'huile sainte correspond à une christianisation de ce rite païen.
Pépin III le Bref est le premier souverain occidental à être ainsi sacré en
confirmation de son accession à la royauté.
Les rois capétiens, après Hugues Capet cultiveront
plus tard une confusion entre le sacre germanique et le baptême que reçut Clovis à Reims, avec le souci d'enraciner leur légitimité
au plus profond de l'Histoire.
Au fil des générations, le peuple et les nobles s’habitueront à voir dans le sacre
un rite qui place le roi au-dessus de ses sujets. On prêtera aussi au roi la faculté de «guérir
les écrouelles» pour mieux démontrer sa place à part dans l'humanité.
Les écrouelles, ou scrofules, sont une tuberculose ganglionaire qui se fistulise à la
peau. Elles peuvent guérir spontanément jusqu'à la calcification du ganglion. Ainsi,
après qu'un roi eût touché un malade, une guérison spontanée pouvait être
interprêtée comme étant liée au geste royal et son absence, comme le résultat de la
volonté divine.
En pleine guerre de Cent Ans, quand deux rois se disputeront la couronne de France,
c’est le sacre de Reims qui les départagera. Il rendra à Charles VII sa
légitimité et lui permettra de réunir le royaume autour de lui, selon
l’inspiration judicieuse de Jeanne d’Arc.
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