Chypre
devient turque
Le 9 septembre 1570, les Turc occupent Nicosie, capitale de Chypre.
L'île devient pour trois longs siècles une dépendance misérable de l'empire ottoman.
Une Histoire tourmentée
Située à 85 km seulement de la Syrie, l'île appartient géographiquement au
Proche-Orient.
Le cuivre, dont son sous-sol fut autrefois riche, lui doit son nom. Ce minerai valut à
Chypre de jouer un grand rôle au IIe millénaire avant JC, à l'Âge du bronze.
Les anciens Grecs situaient sur l'île la demeure d'Aphrodite (Vénus).
Colonisée sous l'Antiquité par les Grecs, les Phéniciens et quelques autres peuples,
Chypre fut successivement assyrienne, perse, hellène, enfin province romaine en 58 avant
JC.
Richard Cœur de Lion, à l'époque des Croisades, enlève l'île à l'empereur de
Byzance et la donne à Guy de Lusignan, ex-roi de Jérusalem, sans doute pour le
récompenser d'avoir perdu son royaume dans la guerre
contre le sultan Saladin!
En 1489, une lointaine héritière des Lusignan, Catherine Cornaro, vend l'île à la
République de Venise.
Chypre exporte vers l'Ouest un célèbre vin doux, le malvoisie, ainsi que des... ortolans
et du sucre de canne.
Mal défendus par la Sérénissime République malgré le légendaire Othello dont s'est
inspiré Shakespeare, les habitants développent la piraterie.
Les Turcs débarquent à Larnaka le 1er juillet 1570, sur ordre du sultan Sélim II, dit L'Ivrogne.
Sous le commandement de Lala Mustapha, ils s'emparent peu après de Nicosie, la capitale,
située au cœur de l'île. 20.000 personnes seraient alors massacrées.
Les Cypriotes grecs ne se montrent guère empressés de défendre les intérêts de
l'occupant vénitien.
Toutefois, le port de Famagouste résiste jusqu'au 1er août 1571 sous la conduite
du gouverneur vénitien Marc-Antoine Bragadino (ou Bragadin).
Capturé, celui-ci sera plus tard empaillé! Un Vénitien ayant dérobé ses reste à
Istanbul, ceux-ci sont aujourd'hui déposés dans une urne à San Zanipolo, à Venise,
avec l'inscription: «Venezia all'eroe di Famagosta».
L'émotion est grande en Occident. Même Ronsard, à la Cour de France, y va de son Veu
à Vénus pour garder Cypre de l'armée du Turc:
Belle déesse, amoureuse Cyprine...
Garde du ciel, Cypre, ton beau séjour,...
Ne permet point qu'un barbare seigneur,
Perde ton isle et souille ton honneur:
De ton berceau chasse autre part la guerre…
Le pape Pie V lève une croisade en vue de reconquérir l'île de Vénus. La flotte
espagnole s'illustre en battant les Turcs à Lépante, le
7 octobre 1571.
Cette victoire consacre le déclin irréversible de l'empire ottoman.
Mais, ô paradoxe, Chypre n'en reste pas moins sous domination ottomane.
Appauvrie et isolée, l'île dépérit pendant trois longs siècles, accablée d'impôts
et soumise à de violentes répressions.
La plus importante a lieu le 9 juillet 1821, pendant la guerre
de libération grecque. Le gouverneur Kuchuc Mehmed fait alors exécuter 486 chrétiens, y
compris 4 évêques et l'archevêque Kyprianos.
Après l'ouverture du canal de Suez, le Premier ministre
britannique Disraeli décide de faire de l'île une base arrière pour la protection du
trafic à travers le canal.
C'est ainsi que le sultan prête l'île au Royaume-Uni le 4 juin 1878, par une
convention signée au cours du congrès de Berlin.
Chypre devient en 1914 un protectorat puis en 1925 une colonie de la Couronne.