15 avril 1797

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Le temps des Révolutions (1688-1848)
Ce jour-là...

 

Naissance de Thiers

Adolphe Thiers, premier Président de la républiqueLouis Adolphe Thiers naît à Marseille le 15 avril 1797, dans les derniers temps de la Révolution. Il est l'enfant naturel d'un aventurier et d'une blanchisseuse, tardivement légitimé.

Étudiant brillant, il quitte Aix-en-Provence pour Paris avec une formation d'avocat mais c'est par la publication d'une «Histoire de la Révolution française» qu'il sort de l'anonymat en 1824, sous la Restauration. Il prolongera beaucoup plus tard son oeuvre avec une «Histoire du Consulat et de l'Empire». Mais très vite, il est happé par le journalisme et la politique.

En 1830, Thiers rédige une protestation des journalistes contre les Ordonnances du roi Charles X et contribue à la chute de ce dernier.

A l'issue de la révolution des Trois Glorieuses, en juillet, il fait partie de ceux qui portent Louis-Philippe 1er sur le trône. Son rêve est celui d'une monarchie parlementaire («Le roi règne et ne gouverne pas», écrit-il). Député des Bouches-du-Rhône en octobre 1830, il accède aussitôt au gouvernement. Il a 33 ans et ne quittera plus guère les allées du pouvoir jusqu'à sa mort, en 1877.

Thiers s'impose malgré une petite taille (1,55m), une houppe ridicule et un physique sans grâce qui lui valent le surnom de «Foutriquet». Il manipule les hommes avec subtilité en usant de son art oratoire. Mais son extrême vanité et son envie de se comparer à Napoléon l'entraînent aussi dans des actions périlleuses.

Après le portefeuille des Finances, Thiers obtient celui de l'Intérieur et montre à cette occasion une rare énergie (répression d'émeutes républicaines en avril 1834).

Président du Conseil en 1836, il envisage le risque d'une guerre contre l'Angleterre à propos de l'Espagne mais le roi, avec sagesse, lui impose de démissionner.

De retour à la Présidence du Conseil en 1840, il fait voter la «loi des Bastilles» qui va enfermer Paris dans un corset de fortifications en prévision de futures guerres. Ces «fortifs» retarderont seulement de quelques semaines l'entrée des Prussiens à Paris en 1870-1871, retard qui aura pour effet de rendre plus dures les conditions de paix.

Thiers tente aussi de redresser la popularité du roi en négociant avec Londres le retour des cendres de l'ex-empereur Napoléon 1er. Du coup, le parti bonapartiste reprend vie et dix ans plus tard, l'Empire sera restauré.

Le grand homme ne renonce pas au plaisir d'une bonne guerre. Il menace cette fois de s'opposer au reste de l'Europe dans le conflit qui oppose le sultan turc à son vassal égyptien. Il a le soutien du petit peuple des villes, républicain et belliciste, mais encore une fois, le roi a la sagesse de le chasser et appelle le prudent Guizot au gouvernement.

Thiers n'aura dès lors de cesse de combattre le gouvernement Guizot, provoquant la chute de celui-ci en 1848 et la chute de la royauté par la même occasion.

Tandis que Louis-Philippe 1er, aux abois, envisage d'abdiquer pour ramener la paix civile, Thiers lui propose d'évacuer Paris avec ses troupes et de reconquérir sa capitale. Le roi repousse ses propositions et préfère la fuite.

Sous la Deuxième République qui remplace la monarchie, en 1848, Thiers revient au pouvoir. Face aux émeutes ouvrières de juin 1848, il renouvelle sans succès sa proposition d'une reconquête de Paris par l'armée et d'une liquidation de l'engeance révolutionnaire et socialiste.

L'habile manœuvrier encourage le prince Louis-Napoléon Bonaparte à se présenter à la présidence de la République mais rompt avec lui lorsque se profile le coup d'Etat du 2 décembre 1851 qui instaurera le Second Empire. Il évoque alors «la République qui nous divise le moins»

Arrêté et exilé, Adolphe Thiers ne revient dans la politique qu'en 1863 en se faisant élire député de Paris. Il dénonce la diplomatie aventureuse de l'empereur et se signale après la bataille de Sadowa par une singulière prescience du danger prussien et des drames à venir. Il s'oppose à l'entrée en guerre de la France contre la Prusse en juillet 1870, ce qui lui vaut d'être porté au gouvernement après la défaite et la chute de l'empereur.

Il a alors 73 ans et le meilleur reste à venir. Ce sera la négociation de la paix avec Bismarck et la sauvage répression de la Commune, selon les plans qu'il avait à plusieurs fois envisagé sans succès au cours de sa vie passée.

Thiers devient le premier Président de la République française. Bourgeois et conservateur, il a la faveur de la majorité monarchiste de l'Assemblée nationale. Mais celle-ci étant divisée, Thiers se rend compte qu'une restauration est impossible et il prépare l'opinion à l'idée d'une «République conservatrice» selon ses voeux.

Le 24 mai 1873, il est chassé du gouvernement et devient le chef du parti républicain. Le 16 juin 1877, son adversaire, Gambetta, le salue du titre de «libérateur du territoire».

Thiers, en effet, a l'insigne mérite d'avoir bouclé en deux ans le remboursement de l'indemnité de guerre de cinq milliards de francs due aux Allemands, ce qui a conduit au départ des troupes d'occupation dès septembre 1873 (à l'exception de l'Alsace-Lorraine). Dont acte.

Le 8 septembre 1877, oublieux de son passé monarchiste et de son attitude à l'égard des Communards, le peuple français unanime offre des obsèques grandioses à Adolphe Thiers, mort cinq jours plus tôt, à 80 ans. Léon Gambetta, son rival de toujours, marche en tête du cortège funéraire. Sa dépouille est ensevelie au Père-Lachaise, sous un énorme monument en forme d'arc de triomphe.

Thiers est le premier des illustres vieillards auxquels les Français ont confié leur destin dans les heures noires de la République. Après lui sont venus Clemenceau, Pétain et de Gaulle,...

 

Mise à jour le 23 février 2003