6 septembre 1522

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Portrait de jeune homme, par Raphaël (Italie 1483-1520), National Gallery of Art (Washington)
Ce jour-là...

 

Le tour du monde de Magellan et Del Cano

Le 6 septembre 1522, au coucher du soleil, une nef en piteux état entre dans le port de San Lucar, en Andalousie.

Elle a nom «Victoria». Un nom bien mérité. A son bord, 18 hommes commandés par un ancien bagnard, le basque Sebastian Del Cano.

C'est tout ce qui reste des 5 caravelles et des 265 marins qui ont quitté l'Espagne trois ans auparavant, le 19 septembre 1519, en direction de l'Ouest, sous la direction de Fernand de Magellan.

Fernand de Magellan (1480-1521)Né au Portugal quarante ans plus tôt, Fernao de Magalhaes (Magellan en français) a guerroyé en Inde puis au Maroc, où une blessure le laissa boîteux.

De ses voyages dans l'Océan Indien, sur les traces de Vasco de Gama et Albuquerque, il a ramené un esclave malais, baptisé Henrique, qui lui sera des plus utiles dans son dernier périple.

Cet esclave mérite de rester dans l'Histoire universelle comme le premier être humain à avoir accompli le tour du monde!

Ce loup de mer énergique et volontiers brutal décide d'accomplir le rêve inachevé de Christophe Colomb en contournant l'Amérique et en atteignant enfin l'Asie par l'Ouest.

Il obtient la confiance du jeune roi d'Espagne, Charles-Quint, et s'engage dans le premier tour du monde à la voile!

En prévision des rencontres et des marchandages avec les indigènes, il emporte 900 miroirs, 400 douzaines de petits couteaux, 20.000 clochettes et grelots,...

Sa flotte longe le continent américain vers le Sud. Elle relâche à Noël dans la baie où sera plus tard fondée la ville de Rio de Janeiro. Au contact des Indiens (et des Indiennes), les marins découvrent les charmes du hamac.

Mais l'impatience grandit à mesure que se prolonge le voyage. Elle débouche sur une mutinerie queMagellan mâte avec brutalité.

Un mutin est décapité et le capitaine de la Victoria, Luis de Mendoza, est poignardé puis écartelé!

Peu après, une première caravelle, le Santiago, fait naufrage en explorant la côte.

Enfin, le 21 octobre 1520, la flotte arrive en vue d'une baie mystérieuse. Deux pilotes envoyés en reconnaissance reviennent avec la confirmation qu'il s'agit du passage espéré vers l'Ouest.

Le succès accroît la rancœur du pilote du San Antonio, Estevao Gomez, qui avait soumis à Charles Quint un projet similaire à celui de Magellan. Il fomente une nouvelle mutinerie et regagne l'Espagne... où il sera emprisonné ainsi que ses hommes.

Le reste de la flotte s'engage dans le détroit qui portera désormais le nom de Magellan.

Voyant sur la rive du côté Sud de nombreux feux allumés par les indigènes, les marins baptisent cet endroit Terre de Feu.

Le 28 novembre, c'est le débouché sur un nouvel océan, exceptionnellement calme et lisse ce jour-là, ce qui lui vaut d'être baptisé Grand Océan Pacifique!

Plus de trois mois s'écoulent avant d'atteindre le 6 mars 1521 l'archipel des Mariannes, en pleine Océanie. En butte à une mauvaise alimentation, l'équipage est ravagé par le scorbut. Vingt hommes en meurent.

Il faut repartir. Enfin, c'est l'arrivée sur l'île de Cebu, dans l'archipel des Philippines, où se font sentir les influences de la Chine, du Japon et même des commerçants arabes. Magellan a atteint son but.

Son esclave malais, Henrique, s'avise qu'il comprend très bien le langage des indigènes de rencontre. Il est de fait le premier homme à avoir accompli le tour de la Terre (sans l'avoir toutefois souhaité).

Le roi de l'île de Cebu, un certain Humaubon ou Calambu, est baptisé sous le nom de Charles, ainsi que 800 indigènes.

Malheureusement, pour complaire à son nouvel ami, Magellan commet l'imprudence de participer à une expédition punitive contre le roi de l'île voisine de Mactan, Zula. Le 27 avril 1521, il est blessé par une flèche empoisonnée et meurt dans une embuscade avec huit de ses hommes.

Les pirates, auxquels s'est rallié l'esclave Henrique, attaquent l'expédition. Celle-ci leur échappe mais il faut brûler une nouvelle caravelle, la Conception, en trop mauvais état.

Les deux caravelles rescapées arrivent enfin aux Moluques, où les Portugais sont présents depuis plusieurs années déjà. Chacun peut se reposer et procéder à d'importants achats d'épices.

La Trinidad s'échoue sur des hauts fonds et il faut à son tour l'abandonner. Il ne reste plus qu'une caravelle en état, la Victoria.

Une partie des hommes doivent demeurer sur l'archipel de Moluques cependant que le pilote Sebastian Del Cano prend le commandement du navire.

La Victoria triomphanteLa dernière caravelle traverse l'océan Indien avant de remonter jusqu'en Europe le long des côtes africaines, avec dans ses cales des clous de girofle originaires des Moluques.

Le commandant a soin d'éviter le contact avec les Portugais, très sourcilleux sur leur monopole de navigation et de commerce entre l'Europe et l'Asie.

L'un des survivants, Antonio Pigafetta, écrira le compte-rendu de l'odyssée. Sébastien Del Cano sera anobli par l'empereur Charles Quint.

30 après la découverte de l'Amérique, la circumnavigation de Magellan et Del Cano a définitivement convaincu les Européens que la Terre est ronde (mais plus grande qu'on ne voulait bien l'imaginer), que l'Amérique est un continent à part et qu'il est possible d'atteindre l'Extrême-Orient par l'Ouest.

Ce succès va encourager les Français à se lancer dans les grandes expéditions maritimes.

 

Mise à jour le 24 février 2003