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La Journée
des Dupes
par Jean Brillet
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Le 10 novembre 1630, à la cour
de Louis XIII, le cardinal de Richelieu prend définitivement le dessus sur ses
adversaires au cours d'une «Journée des Dupes».
A la tête du Conseil du roi, ou Conseil d'En Haut, depuis 1624, Armand Jean du Plessis,
cardinal et duc de Richelieu, a mis au pas la noblesse,
prompte aux duels et aux révoltes. Il a aussi combattu avec efficacité les protestants
de l'intérieur et leurs alliés anglais.
Après le siège de La Rochelle et l'Edit d'Alès, il ne
reste plus grand-chose de l'ancienne grandeur des protestants français.
Richelieu voudrait dès lors garantir la tranquillité de la France sur ses frontières.
Il se dispose pour cela à combattre la maison catholique des Habsbourg qui gouverne
l'Espagne d'un côté et les États autrichiens de l'autre.
Dans cette optique, le cardinal est prêt à s'allier aux protestants allemands qui font
la guerre à l'empereur.
C'est plus que n'en peut supporter le parti dévot de la Cour. Celui-ci est regroupé
autour de la reine-mère Marie de Médicis et de Gaston d'Orléans, frère cadet du roi.
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Marie de Médicis
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Le 10 novembre, en son palais du
Luxembourg (l'actuel siège du Sénat), la reine-mère sermonne son fils et l'adjure de se
séparer de Richelieu.
Vaudeville
politique
Le cardinal, devant l'importance de l'enjeu, tente d'entrer dans la pièce où se déroule
l'entretien. Mais Marie de Médicis a recommandé à ses huissiers d'en tenir toutes les
portes fermées.
Toutes? Non. Une porte dérobée s'offre à Richelieu. Dans ses Mémoires, le
cardinal raconte: «Dieu s'est servi de l'occasion d'une porte non barrée qui me
donna lieu de me défendre lorsqu'on tâchait de faire conclure l'exécution de ma ruine».
Marie de Médicis plus tard dira: «Si je n'avais pas négligé de fermer un verrou,
le cardinal était perdu». Il semble en fait que l'habile cardinal ait usé de son
influence sur une femme de chambre pour approcher le roi. On imagine la surprise de la
reine-mère quand il ouvre la porte!
Richelieu: «Je gagerai que Leurs Majestés parlent de moi?...». «Oui!»
répond sèchement Marie de Médicis. Richelieu écoute ses violents reproches puis
s'agenouille devant le roi et plaide sa cause.Le roi Louis XIII à 28 ans, en 1629 |
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Louis XIII tourne les talons et s'en va à Versailles, où il possède un
modeste relais de chasse (son fils Louis XIV en fera le palais que l'on connaît).
Les courtisans croient en la victoire de la reine et s'inclinent devant elle.
Là-dessus, le roi fait appeler Richelieu et lui renouvelle sa confiance, promettant de ne
jamais se séparer de lui, en quoi il tiendra parole. Un courtisan, Bautru, comte de
Serrant, prononce alors une phrase promise à la postérité: «C'est la journée des
dupes!»
Vainqueur du bras de fer, le cardinal obtient du roi l'éloignement de la reine-mère.
Marie veut s'installer dans la place forte de la Capelle, au nord de Laon. Elle
doit finalement se résoudre à l'exil aux Pays-Bas.
L'ex-régente mourra le 3 juillet 1642 à Cologne, dans une maison prêtée par le peintre
Rubens qui réalisa pour elle, au temps de sa splendeur, une superbe suite de tableaux,
aujourd'hui au Louvre.
Gaston d'Orléans, qui lorgne sur la succession de son frère, encore sans enfant à 30
ans, est aussi contraint de quitter la Cour.
Au nom de la «raison d'Etat», et avec le soutien du roi, Richelieu peut
désormais mener la guerre comme il l'entend.
Il apporte un appui larvé aux protestants dans la guerre religieuse qui ravage
l'Allemagne et restera connue sous le nom de Guerre de
Trente Ans.
Richelieu engagera directement la France dans cette guerre par sa déclaration de guerre à l'Espagne. Le conflit débouchera
sur les traités de Westphalie et la marginalisation de l'Allemagne pour deux siècles.
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Mise
à jour le 24 février 2003
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