15 novembre 1315

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Le Christ bénissant, par Duccio di Buoninsegna (Italie 1255-1318), National Gallery of Art (Washington)
Ce jour-là...

Victoire des Trois Cantons suisses à Morgarten

 
Le 15 novembre 1315, à Morgarten, au sud de Zürich, des montagnards repoussent les troupes du duc Léopold d'Autriche, seigneur de Habsbourg.

C'est l'une des rares fois, au Moyen Âge, où des communautés paysannes réussissent à s'émanciper de leur suzerain féodal. Dans le reste de l'Europe, les révoltes paysannes débouchent sur des jacqueries sans issue.

Naissance de la Suisse

Au cours du XIIIe siècle, le col du Saint-Gothard, au coeur des Alpes, était devenu une voie commerciale de première importance entre l'Allemagne et l'Italie suite à la construction d'une passerelle suspendue, en fer, dans la gorge des Schöllenen, le «pont du Diable».

Grâce à ce trafic commercial, les communautés paysannes situées au nord du massif du Saint-Gothard, qualifiées de  «pays forestiers», («Waldstaten»), avaient pu s'enrichir et consolider leur autonomie.

Mais leur suzerain, un modeste seigneur dénommé Rodolphe de Habsbourg, du nom de son château alpin, eût en 1273 la chance d'être élu empereur d'Allemagne. Il se crût dès lors en mesure de réduire le régime d'autonomie dont bénéficiaient ses sujets.

Les trois cantons alpins d'Uri, Schwyz et Unterwald décidèrent de faire front. Le 1er août 1291, leurs représentants respectifs, Walter Fürst, Werner Stauffacher et Arnold de Melchtal, prêtèrent le serment du Rütli pour se défendre contre les empiètements des Habsbourg. La légende raconte qu'à leurs côtés figurait un certain Guillaume Tell, qui se serait illustré en défiant les baillis du duc.

Indépendance confirmée

La victoire de Morgarten renforce la cohésion des cantons. Elle leur rallie les cantons environnants et surtout les villes de Zürich, Bâle et Berne.

Ces communes libres, bien que bourgeoises, vont faire front commun avec les cantons paysans contre les prétentions des Habsbourg.

A la fin du XVe siècle, les Suisses confédérés devront encore se battre contre le duc de Bourgogne Charles le Téméraire, désireux de reconstituer à son profit l'ancienne Lotharingie de l'époque carolingienne.

Ces paysans austères se révèlent alors comme les soldats les plus redoutables d'Europe, capables d'en remontrer aux plus puissants chevaliers de la noblesse. Quelques jours suffisent aux cantons pour lever plusieurs dizaines de milliers de fantassins.

Dès que la consigne leur en est donnée, les Confédérés quittent sans attendre leur ferme, prennent leur longue pique et se mettent en ordre de marche. Au moment de l'attaque, tandis que les trompes de montagne terrorisent l'ennemi par leurs sonorités tonitruantes, les Confédérés n'ont guère de mal à repousser les assauts des cavaliers grâce à leurs longues piques.

Tandis que les armées féodales et les mercenaires des condottiere italiens s'efforcent de faire un maximum de prisonniers en vue d'en tirer de fructueuses rançons, les Confédérés n'ont pas ces scrupules. Ils préfèrent quant à eux tuer un maximum d'ennemis, y compris les prisonniers solvables, ce qui ajoute à l'effroi que sème leur approche.

Mais qu'on ne s'avise pas de les tromper. «Les Suisses se battent bien, mais ne se paient pas de paroles!» dit le maréchal de France Blaise de Montluc. Le roi de France Louis XII, n'ayant pas payé la solde promise à ses mercenaires suisses, eût à les affronter en Italie.

La réputation de l'infanterie suisse n'est ternie que par sa défaite face au roi de France à Marignan. Il en résulte en 1516 la conclusion d'une «Paix perpétuelle» entre les deux peuples qui vaudra aux rois de France d'employer à leur service de redoutables gardes suisses jusqu'à la Révolution française.

Louvois, ministre de Louis XIV, aurait dit à celui-ci: «Avec tout ce que lui ont coûté les Suisses, Votre Majesté aurait pu paver d'or une route de Versailles à Bâle.» A quoi aurait répliqué le lieutenant-général Pierre de Stupa: «Mais avec tout le sang que les Suisses ont versé au service de Votre Majesté, on aurait pu remplir un canal allant de Bâle à Versailles!»

A la bataille de Rossbach, en 1757, pendant la guerre de Sept Ans, le roi de Prusse Frédéric II aurait demandé: «Quels sont donc ces mures de brique rouge que   mon artillerie ne peut entamer?». A quoi on lui répondit: «Sire, ce sont les Suisses»(1).

Une confédération qui dure

Protégée par ses montagnes et fortifiée par le courage de ses habitants, la Suisse, qui tire son nom du canton de Schwyz (en allemand, Schweiz), se présente dès l'origine comme une confédération de cantons (ou «lieux») aux statuts très divers, sans presque aucune administration centrale.

Les tentatives de centralisation, notamment sous l'influence des révolutionnaires français, se révéleront vaines, hier comme aujourd'hui.


(1) d'après Jean-Pierre Colignon, «Point d'argent, point de suisse», in Le Monde, 9 mars 2002 [retour]

 

Mise à jour le 22 février 2003