Haïti
chasse les Français
Le 18 novembre 1803, à Saint-Domingue, les débris de l'armée
française capitulent devant les anciens esclaves. La colonie
française devient le premier État noir indépendant sous le nom
de Haïti.
Une colonie prospère
Le nouvel État se situe dans les Grandes Antilles, dans la partie
occidentale de l'île d'Hispanolia (du nom Isla
espanola que lui avait donnée son découvreur Christophe
Colomb).
Son nom, Haïti, remonte à ses premiers habitants, des
Indiens Arawaks qui ont disparu tragiquement suite à la colonisation
européenne.
Au XVIIe siècle,des boucaniers français commencent de s'installer
sur l'île voisine de la Tortue.
Ce sont des chasseurs qui doivent leur nom au fait qu'ils consommaient
du boucan, c'est-à-dire de la viande séchée à la fumée.
Ce sont aussi des pirates et des corsaires qui s'en prennent
aux métaux précieux que les riches galions espagnols convoient
du Mexique vers l'Espagne.
Leur présence attire l'attention du gouvernement français. C'est
ainsi que le roi Louis XIV se fait céder la partie occidentale
de l'île d'Hispanolia par le traité de Ryswick, en
1697.
De son nom officiel «côtes et îles de Saint Domingue en
l'Amérique sous le vent»), la colonie devient très vite
la plus prospère des possessions françaises d'outre-mer grâce
à ses plantations de sucre et à ses nombreux esclaves noirs.
À la veille de la Révolution française, elle compte près de
600.000 habitants, dont 500.000 esclaves. La majorité de ces
derniers sont nés en Afrique. Ils ont été introduits à une date
récente dans l'île, dans le cadre de la traite,
nom donné au trafic d'esclaves pratiqué par les Européens.
Dans le même temps, la partie espagnole de l'île, Santo
Domingo, dépérit et compte à peine quelques dizaines de
milliers d'habitants.
Libérés grâce à la Révolution française
Le sort de l'île va être bouleversé par la Révolution française.
Le 15 mai 1791, à Paris, l'Assemblée nationale accorde le droit
de vote à certains hommes de couleur libres et, le 28 mars 1792,
l'Assemblée législative établit une égalité de droit entre tous
les hommes libres (à l'exception des esclaves).
Ces demi-mesures ne satisfont guère les esclaves de Saint-Domingue.
Elles les poussent au contraire à la révolte.
Le 22 août 1791, les «nègres marrons» (ainsi appelait-on
les esclaves qui avaient fui les plantations et s'étaient réfugiés
dans les forêts) s'insurgent après une cérémonie vaudou au Bois-Caïman,
près de Morne-Rouge, sous la direction d'un prêtre vaudou, le
fameux Boukman entouré de ses lieutenants Romaine le prophète,
Hyacinthe, Biassou, Jean-François.
C'est le début d'une longue et meurtrière guerre qui mènera
à l'indépendance de la prospère colonie.
La révolte
est prise en main par un cocher de 48 ans nommé François Toussaint.
Le surnom de L'ouverture ou Louverture s'ajoutera à
son nom en raison de la bravoure avec laquelle il enfonçait
les brèches!
Toussaint Louverture ne tarde pas à s'emparer de la plus grande
partie de Haïti et même à conquérir la partie espagnole de l'île,
Santo Domingo.
Face à la révolte des esclaves et aux menaces d'invasion anglaise
et espagnole, les commissaires de la République française, Sonthonax
et Polverel, se résignent à proclamer la liberté générale des
esclaves.
C'est chose faite le 29 août 1793 dans la province du Nord et
le 4 septembre dans les parties ouest et sud.
La Convention généralise ces décisions par le décret du 6 pluviôse
An II (4 février 1794) en abolissant
l’esclavage dans l'ensemble des colonies françaises.
Mécontents, certains planteurs n'hésitent pas à appeler les
Anglais à leur secours. Trois mois plus tard, en mai, 7.500
soldats, venus de la Jamaïque voisine, débarquent à Haïti et
s'emparent de la capitale, Port-au-Prince.
Toussaint Louverture, établi à Santo Domingo, décide
de faire front commun avec les révolutionnaires qui ont bien
voulu libérer les esclaves. Il intervient avec ses troupes pour
soutenir la Convention qui le nomme général de division le 17
août 1794.
Les Anglais sont bientôt battus et décimés par une épidémie
de fièvre jaune à laquelle les noirs sont, eux, presque insensibles.
En octobre 1798, Toussaint Louverture reçoit leur reddition
au nom de la République française.
Il prend dès lors en main le gouvernement de l'île et s'applique
à rassurer les planteurs. La prospérité ne tarde pas à revenir.
Toussaint Louverture réoccupe le 27 janvier 1801 la partie espagnole
de l'île, contre l'avis de Napoléon Bonaparte, qui gouverne
à ce moment-là la France avec le titre de Premier
Consul.
Il finit par proclamer l'indépendance de l'île, à la manière
des Nord-Américains, quelques années plus tôt, et se proclame
Gouverneur général à vie de la nouvelle République.
C'est plus que n'en peut supporter Bonaparte. Celui-ci caresse
le désir de reconstituer un empire colonial aux Amériques. Il
décide pour commencer de restaurer à Haïti la souveraineté française...
et l'esclavage.
En février 1802, une armée de 23.000 hommes débarque au Cap-Français
sous le commandement du général Charles Leclerc, mari de Pauline
Bonaparte et beau-frère du Premier Consul.
Après s'être emparé de Toussaint Louverture par surprise, Charles
Leclerc périt victime de la fièvre jaune comme la grande majorité
de ses soldats,... Pendant ce temps, François Toussaint Louverture
meurt de froid au fort de Joux, dans le Jura (7 avril 1803).
Un renfort de 10.000 hommes est expédié à Haïti sous le commandement
du vicomte Donatien de Rochambeau (fils du commandant du corps
expéditionnaire français dans la guerre d'Indépendance des États-Unis).
Rochambeau n'obtient pas de meilleur résultat. Ses troupes épuisées
sont défaites le 18 novembre 1803 en un lieu dit Vertières et
il doit se rendre le jour même au successeur de Toussaint Louverture,
le général Jacques Dessalines.
Les garnisons françaises de l'île capitulent les unes après
les autres et l'ancienne colonie proclame son indépendance
le 1er janvier 1804. Elle reprend le nom de Haïti que donnaient à
l'île ses premiers habitants amérindiens.
Dépité, le Premier Consul renonce au mirage colonial et, dans
la foulée, vend aux États-Unis les possessions françaises de
Louisiane.
Victime de l'incompétence des successeurs de Toussaint Louverture,
la population de Haïti ne tardera pas à sombrer dans une misère
dont elle n'est pas encore sortie.