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jour-là...
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1492. Christophe Colomb aborde un Nouveau
Monde.
L'erreur
de Colomb
C'est parce qu'il s'est trompé
lourdement dans l'évaluation des distances maritimes que le
navigateur génois a pu se convaincre de pouvoir arriver aux
Indes en navigant vers l'Ouest (le Ponant) à travers
la mer Océane (l'océan Atlantique).
Et c'est grâce à cette erreur qu'il a offert aux Européens le continent
américain.
Son aventure a véritablement commencé le 17 avril
1492, lorsqu'il a obtenu par les Capitulations de Santa
Fé le soutien officiel des souverains espagnols.
Les
prémices de la découverte
L'exploit imprévisible de Christophe Colomb est le fruit d'un
gigantesque effort collectif.
Depuis un à deux siècles, les Turcs
ont verrouillé les accès terrestres à l'Asie. Il devient aux
chrétiens très difficile de commercer comme Marco
Polo avec la fabuleuse «Cathay» (la Chine) ou encore
avec l'île aux épices (Ceylan, aujourd'hui Sri Lanka).
«Cipango, l'île aux toits d'or» de Marco Polo (le Japon!)
reste du domaine de la légende.
Les Européens les plus audacieux songent à emprunter la voie
maritime, en contournant l'Afrique et le monde musulman, pour
aller chercher les épices si appréciées des riches pour adoucir
les viandes faisandées.
À partir de 1415, le Portugal, qui en a fini avec la guerre
contre les émirats musulmans de la péninsule, s'engage dans
des expéditions outremer.
Il conquiert Ceuta, au Maghreb. C'est le début d'une
irrépressible expansion.
L'Infant Henri, troisième fils du roi Jean 1er, se prend
de passion pour les entreprises ultramarines du petit royaume
et va leur apporter un appui décisif.
Il rêve de découvrir le royaume mythique du «prêtre
Jean» (l'Éthiopie) et de conclure avec lui une alliance
pour prendre en tenaille les Turcs ottomans!
À l'extrémité du cap Saint-Vincent,
près de Sagres, au sud du Portugal, dans ce qui pourrait ressembler
à nos modernes centres de recherche, le prince Henri le Navigateur
compile toutes les informations utiles aux voyages maritimes.
Il met à la disposition des navigateurs et des savants les outils
les plus avancés qui soient: instruments astronomiques, cartes
marines aussi dénommées «portulans», ainsi que les
compte-rendus de voyages.
Il améliore aussi la caravelle,
petit navire à voile latine, et la rend apte à la navigation
hauturière.
L'Infant Henri, surnommé le Navigateur bien qu'il n'ait
pratiquement jamais navigué, meurt en 1460, à 66 ans,
sans avoir le bonheur de voir l'aboutissement de ses rêves.
Christophe
Colomb et les sages
Né en 1451 à Gênes, Christophe Colomb navigue dès l'âge de
15 ans.
Son bateau étant attaqué par les corsaires et coulé au large
du Portugal, le jeune homme nage jusqu'à la côte et s'établit
dans le pays en 1476.
Il rejoint son frère cadet Bartolomeo à Lisbonne et ouvre avec
lui une boutique de cartographie.
Il épouse Felipa Perestrello, fille du gouverneur de Porto Santo,
une île proche de Madère, et c'est dans cette dernière île que
naîtra leur fils unique, Diego.
Son beau-père, passionné par l'exploration maritime, lui donne
ses cartes et ses documents...
Christophe Colomb en fait bon usage. Il lit aussi des livres
comme bien sûr le Livre des Merveilles de Marco Polo
et l'Imago Mundi, un célèbre ouvrage de géographie du
cardinal Pierre d'Ailly.
Sur la foi de ses études, il imagine de pouvoir atteindre l'Asie
des épices par l'ouest parce qu'il sous-estime la distance entre
l'Europe et le but rêvé du voyage: l'Inde et la Chine, que l'on
appelle alors «Cathay»!
«Entre la fin de l'Orient et la fin de l'Occident, il n'y
a qu'une petite mer», dit-il. Il estime qu'une quinzaine
de jours suffiraient à rejoindre l'Inde à partir des îles Canaries.
Il s'oppose en cela aux autres érudits de l'époque.
Ces derniers ont bien conscience que la Terre est ronde, grâce
à la Géographie du géographe grec Ptolémée (IIe siècle
après JC).
La rotondité est enseignée dans les Universités du Moyen Âge
occidental depuis le XIIIe siècle. Et à Nuremberg, le 20 juin
1492, Martin Behaïm achève la réalisation du premier globe terrestre.
Mais les érudits, marins et géographes s'interrogent seulement
sur la largeur de la «mer Océane» qui est censée séparer
l'Europe de l'Asie.
À la différence de Colomb, la plupart sont convaincus qu'il
serait trop long de vouloir atteindre les Indes par l'Ouest...
et ils ont raison car, en l'absence d'un Nouveau Monde, il eût
été formellement impossible à un quelconque navire de l'époque
de traverser d'une traite l'Océan Atlantique et l'Océan Pacifique
réunis.
C'est pourquoi les Portugais cherchent à atteindre l'Asie des
épices en contournant l'Afrique.
À la mort de l'infant Henri le Navigateur, en 1460, ils n'ont
encore atteint que le golfe de Guinée, en Afrique. Ils reprennent
leur progression sous le règne de Jean II.
En 1487, le navigateur Bartolomeu Diaz quitte Lisbonne avec
trois caravelles avec mission de poursuivre l'exploration de
la côte africaine.
Emporté par une tempête plus loin qu'il ne l'aurait
souhaité, il tente de se rapprocher de la côte
en navigant vers l'est et, ne voyant aucune terre, comprend
qu'il a dépassé la pointe du continent africain.
Les équipages n'en pouvant plus, il doit faire demi-tour
et prend le temps de faire escale le 3 février 1488 sur
la côte d'Afrique australe, en un lieu qu'il appelle Aguada
de Saõ Bras (baie de Saint Blaise) et qui s'appelle aujourd'hui
Mossel Bay.
De retour à Lisbonne, il propose de baptiser Cap
des Tempêtes la pointe du continent africain qu'il n'a
pas vue mais dont il a gardé un mauvais souvenir.
Mais le roi Jean II, trop content de l'exploit, le rebaptise...
Cap de Bonne Espérance car il y voit la certitude de
pouvoir bientôt atteindre les Indes.
C'est chose faite dix ans plus tard avec Vasco de Gama.
Dans le même temps, deux serviteurs de Jean II, Pedro de Covilham
et Alfonso de Païva, arrivent non sans mal à contourner l'Afrique
par l'Est. Ils atteignent Aden et Covilham visite même la côte
de l'Inde et revient par l'Abyssinie (l'Éthiopie) et l'Égypte.
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De la Reconquista à
la découverte
Colomb prend contact avec le Sénat de Gênes puis avec le roi du Portugal en vue
d'obtenir un financement pour son projet de traversée vers l'Ouest.
Mais les Portugais sont sur le point de réussir à contourner l'Afrique et espèrent
arriver aux Indes par l'Est. C'est pourquoi le roi Jean II du Portugal refuse ses offres.
Veuf, Colomb quitte Lisbonne avec son fils Diego, alors âgé de 5 ans. Il
est accueilli au monastère franciscain de la Rabida, près de
Huelva, en Espagne, où il reçoit l'appui fervent du père Marchena.
Celui-ci le recommande à des armateurs de Séville, les frères
Pinzon, et lui ménage une première entrevue avec les rois d'Espagne,
Ferdinand V d'Aragon et Isabelle 1ère de Castille, en
1486.
Isabelle est intéressée mais rien ne se concrétise. Une commission de savants présidée par le confesseur de la reine, Hernando de Talavera, rejette son projet.
Colomb se met en ménage avec une
jeune femme du pays basque, qui lui donnera un second fils, Ferdinand, tandis que son frère
Bartolomeo se rend en Angleterre puis en France pour tenter de convaincre le roi Henri
VII et la régente Anne de Beaujeu.
Malgré sa ténacité et sa force de persuasion, le Génois voit
son projet tomber à l'eau quand survient l'heureuse surprise
de Grenade. Ferdinand et Isabelle sont en train d'assiéger la capitale du dernier royaume musulman
de la péninsule. Grenade tombe le 2 janvier 1492.
Colomb se rend une nouvelle fois auprès des Rois, dans leur camp de Santa Fé
(la Sainte Foi), à quelques kilomètres de Grenade.
Dans l'euphorie de leur victoire sur Grenade, qui met fin à la présence musulmane dans
la péninsule ibérique, Isabelle et Ferdinand décident de soutenir Colomb. Ils ont
l'espoir de damer le pion aux Portugais et de conclure en beauté la Reconquista
(la Reconquête).
Après moultes hésitations, ils rappellent le Gênois alors même que celui-ci a déjà
pris le chemin de la France.
Par les Capitulations de Santa
Fé du 17 avril 1492, les souverains accordent à Christophe
Colomb le titre très prestigieux d'Amiral, d'ordinaire réservé
à un membre de la famille royale. Le titre concerne toutes les
terres et les îles à découvrir, donnant au navigateur le droit
d'y exercer la justice et d'y percevoir l'impôt au nom des Rois.
La générosité des souverains s'explique par leur euphorie après leur conquête de
Grenade... et par la quasi-certitude que l'explorateur ne reviendra jamais de son voyage.
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