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Près d'un siècle après les tourments de la Croisade des
Albigeois, Toulouse a retrouvé son antique prospérité et sa joie de vivre.
C'est ainsi que le 3 mai 1324, de riches bourgeois organisent une joute poétique entre
troubadours, trouvères et ménestrels de tous pays.
Pour donner corps à leur initiative, ils promettent une violette d'or au gagnant de la
joute et donnent à leur groupe le nom de «compagnie du gai savoir». Dans
cet intitulé perce déjà l'esprit de Rabelais.
Troubadours et poésie
Les troubadours sont
à l'origine de la poésie profane en Occident. Leur nom vient du bas latin trobar,
qui signifie trouver ou... composer des vers ou de la musique. Le mot a donné trouvère
en langue d'oïl, le français du nord.
En général d'extraction noble ou bourgeoise,
ces poètes itinérants originaires pour la plupart d'Aquitaine ou de Provence ont
inventé l'«amour courtois», fait de tendresse et de passion.
Le duc d'Aquitaine Guillaume XI en fut l'un des plus
illustres représentants et sa petite-fille, Aliénor, ne
manqua jamais de leur témoigner son soutien.
Ainsi naît
le premier cénacle poétique d'Europe, sinon du monde.
Les capitouls, bourgeois qui gouvernent la ville au nom du comte, ajoutent un
souci d'argent et une églantine d'or aux prix qui seront décernés chaque année.
En 1515, la compagnie prend le nom de Compagnie des Jeux Floraux. Elle se place peu après
sous le patronage de Clémence Isaure, une dame du siècle précédent qui aurait fait don
de ses biens à la compagnie.
En 1694, signe des temps, elle renonce à la langue d'oc pour le français et se place
sous la protection du roi Louis XIV. Elle prend le nom d'Académie, en
référence à une Accademia romaine et sans doute aussi pour concurrencer autant
que faire se peut la jeune Académie française.
Le jury des Jeux Floraux a fait la preuve de sa sagacité en récompensant d'un lys d'or
le jeune Victor Hugo (19 ans). Chateaubriand a été
également couronné. Et bien sûr le poète François Fabre
d'Églantine qui nous a légué le calendrier révolutionnaire et «Il pleut, il
pleut, bergère...» (la deuxième partie de son nom rappelle l'églantine d'argent
remportée aux Jeux Floraux!).
L'Académie des Jeux Floraux est aujourd'hui hébergée
dans le somptueux hôtel d'Assézat, une demeure de style Renaissance, en pierre et en
brique, bâtie à la fin du XVIe siècle.
Elle poursuit dans une relative discrétion la promotion de la langue d'oc (ou occitan)
depuis qu'en 1895, le poète provençal Frédéric Mistral réintroduisit cette langue en
son sein.
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