17 août 1661

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Portrait de jeune homme, par Raphaël (Italie 1483-1520), National Gallery of Art (Washington)
Ce jour-là...

Une fête trop somptueuse

Le soir du mercredi 17 août 1661, Nicolas Fouquet (46 ans) étale sa munificence à l'occasion d'une fête somptueuse organisée par son talentueux maître d'hôtel Vatel.

Le puissant surintendant général des Finances du royaume de France a invité le roi et la Cour en son château de Vaux-le-Vicomte, près de Melun, au sud-est de Paris.

Le jeune roi Louis XIV (23 ans) arrive à Vaux-le-Vicomte à six heures du soir en compagnie de sa mère, la reine Anne d'Autriche, et de quelques six cents courtisans.

Les invités sont répartis dans différentes pièces du château pour consommer un ambigu. Le terme désigne un buffet sur lequel sont présentés simultanément tous les plats, du salé au sucré. 

Après la collation, Molière et Lully donnent une comédie-ballet, Les Fâcheux, dans les jardins. En retournant vers le château, le roi et la cour sont éblouis par un feu d'artifice au-dessus de l'édifice. Une loterie aurait eu lieu ensuite avec distribution de diamants et d'armes, selon une source incertaine.

D'après les compte-rendus du temps, pas forcément objectifs, le roi et la Cour seraient repartis comblés, à deux heures du matin, «la bonne chère ayant été accompagnée du divertissement d'un fort agréable ballet, de la comédie et d'une infinité de feux d'artifice dans les jardins de cette belle et charmante maison, de manière que ce superbe régal se trouva assorti de tout ce qui peut se souhaiter dans les plus délicieux,...» (La Gazette).

Jean de La Fontaine rapporte à son ami M. de Maucroix, dans une lettre du 22 août:
«Tout combattit à Vaux pour le plaisir du roi,
La musique, les eaux, les lustres, les étoiles.»

Pourtant, le sort ultérieur de Nicolas Fouquet accrédite l'idée que le roi s'est senti humilié et aurait même regagné son château de Fontainebleau sans attendre la fin de la fête.

Où que soit la vérité, il est vraisemblable que l'étalage de luxe auquel a assisté Louis XIV a renforcé sa détermination d'abattre son trop puissant surintendant.

Arrestation du surintendant


Fils d'un armateur breton, Nicolas Fouquet a servi avec diligence le Premier ministre Mazarin, mort quelques mois plus tôt. Il a redressé les finances de la France après la guerre civile de la Fronde mais il en a profité pour beaucoup s'enrichir.

Enivré par ses succès, il s'est donné pour devise: «Quo non ascendam» (Jusqu'où ne monterai-je pas?). Son emblème est un écureuil (fouquet en dialecte poitevin).

Dans les jours qui suivent la mort de Mazarin, Louis XIV charge son jeune ministre Colbert d'examiner les comptes du surintendant. Colbert, qui aspire à prendre sa place, ne se fait pas prier et dénonce ses malversations au roi. Le roi s'indigne «qu'un homme puisse se rendre l'arbitre souverain de l'Etat».

Mesurant mal la précarité de sa situation, Nicolas Fouquet donne des fêtes magnifiques en son nouveau château de Vaux-le-Vicomte où il réunit les plus grands talents de son époque: Molière, Lully, La Fontaine, Corneille, Scarron, le décorateur Le Brun, l'architecte Le Vau, le jardinier Le Nôtre, le maître d'hôtel Vatel,...

Le surintendant ne tarde pas à mesurer ses maladresses et tente de rallier la faveur du roi, y compris en lui offrant le domaine de Vaux. Mais rien n'y fait.

Le 5 septembre 1661, il est arrêté par les mousquetaires du sous-lieutenant Charles Batz-Castelmore, sieur d'Artagnan (celui-là même dont Alexandre Dumas a fait plus tard son héros).

L'arrestation se déroule à Nantes, dans le bureau même du jeune roi Louis XIV. Fouquet se préparait à gagner Belle-Île, une possession personnelle qu'il désirait fortifier en prévision d'un avenir incertain.

Au terme d'un procès truqué qui dure trois ans, Fouquet est condamné au bannissement.

   < Le procès de Fouquet >

Louis XIV, qui aurait préféré que Fouquet soit condamné à mort, use de son droit régalien pour aggraver la peine (fait exceptionnel). Il transforme le bannissement  en une réclusion à perpétuité. Les suppliques du bon La Fontaine, qui écrit l'Elégie aux Nymphes de Vaux, n'ont pas raison de la vindicte royale.

Le financier et mécène passera les seize dernières années de sa vie dans la sinistre prison de Pignerol, dans les Alpes piémontaises.

Louis XIV, rassuré, consolide pendant ce temps son pouvoir personnel et achève l'œuvre centralisatrice de Richelieu et Mazarin avec le diligent concours de son ministre Colbert.

Selon l'exemple donné par son malheureux surintendant, il se montre brillant mécène et organise à son tour de splendides fêtes en son parc de Versailles.

 

Mise à jour le 24 février 2003