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«II faut donc se résoudre à faire la course comme un
moyen le plus aisé, le moins cher, le moins hasardeux et le moins à charge de l'Etat,
d'autant même que les pertes n'en retomberont pas sur le roi qui ne hasardera rien; à
quoi il faut ajouter qu'elle enrichira le royaume, fera quantité de bons officiers au roi
et réduira dans peu de temps ses ennemis à faire la paix».
Ingénieur et militaire d'une activité débordante et d'une imagination hors du commun,
convainc le roi de développer la «guerre de course» sur les mers, pour
combattre les Anglais et les Hollandais. Couverts par une commission de l'Amiral de
France, des armateurs acqièrent ainsi le droit de commettre des actes de piraterie contre
les puissances ennemies de la France. Ils ont l'obligation de partager leur butin selon
des règles imposées: 1/5e pour le roi, 1/10e pour l'Amiral de France, 2/3 pour
l'armateur et le reste pour l'équipage.
D'illustres corsaires s'illustrent dans la guerre de course: René Duguay-Trouin, Jean Bart, plus
tard Robert Surcouf,...
Sur terre, Vauban conçoit de nouvelles méthodes d'attaque dont tirent profit les armées
du Roi-Soleil Louis XIV. Il dresse surtout, autour de la France, une ceinture de
forteresses capables de résister à l'artillerie (Landau, Neuf-Brisach,...).
Emu par la misère du peuple, Vauban publie à la fin de sa vie un Projet d'une dixme
royale. Le livre est aussitôt interdit et vaut une mise à l'écart au vieux
maréchal, coupable de proposer un impôt universel.
«Eh quoi, toujours coucher, toujours grosse, toujours
accoucher!»
Fille de Stanislas Leszczynski, roi déchu de Pologne et
duc de Lorraine, la princesse Marie avait été élevée avec soin. Outre le polonais,
elle maîtrisait le français, l'allemand et le latin.
Le rejet inopiné de l'alliance espagnole lui valut d'être fiancée à Louis XV malgré son absence de fortune.
Elle l'épousa en 1725 en apportant la Lorraine en dot. Elle avait sept ans de plus que le
roi de France! Celui-ci était un homme timide et épris de chasse. Il se montra fidèle
à sa jolie épouse pendant 7 ans... ce qui constitue une prouesse, considérant le milieu
délétère de la Cour à cette époque.
En 1732, le cardinal de Fleury réussit enfin à l'attacher à une première maîtresse,
Louise-Julie de Nesles, comtesse de Mailly. Ensuite se succèdèrent de nombreuses
favorites, en particulier la marquise de Pompadour; qui soutint le parti des «philosophes»
et le ministère Choiseul.
La reine, épuisée par dix grossesses, adopta une attitude résignée. Sept de ses
enfants survécurent à leur naissance. Sur sept filles, quatre restèrent célibataires
et le roi fit abattre le fameux escalier des ambassadeurs du palais de Versailles pour
leur aménager des appartements (G V-D).
«Je suis comme le public: j'aime mieux la paix
que le Canada et je crois que la France peut être heureuse sans Québec» (lettre au
Premier ministre, le duc Étienne de Choiseul).
De son vrai nom François Marie Arouet, Voltaire est le
philosophe et l'écrivain le plus célèbre de l'époque de Louis XV. Il salue par ces
termes quelque peu méprisants et malvenus le sacrifice de la Nouvelle-France à
l'occasion du traité de Paris.
«Défiez-vous de ces cosmopolites qui vont chercher loin dans leurs livres des devoirs qu'ils dédaignent de remplir autour d'eux. Tel philosophe aime les Tartares, pour être dispensé d'aimer ses voisins.» (extrait de Émile ou de l'éducation, Livre premier).
Rival indissociable de Voltaire, auquel il fait face pour l'éternité
dans la crypte du Panthéon, Rousseau
est le philosophe le mieux inspiré et le plus profond d'une génération
qui n'en manquait pas.
C'est aussi un être ultrasensible, véritable écorché vif, par ailleurs égoïste et insupportable à ses proches.
Ses écrits restent d'une brûlante actualité, qu'il s'agisse de politique ou de psychologie.
Ainsi de la citation ci-dessus dans laquelle pourraient se reconnaître un grand nombre de nos contemporains, qui se piquent de bons sentiments et de grands principes,... et sans doute Rousseau lui-même.
«Après nous le déluge!»
Voyant le roi déconfit après la défaite de ses armées contre les
Prussiens, à Rossbach (5 novembre 1757), la marquise, qui était
en train de se faire portraiturer par La Tour, le réconforta en
ces termes: «Il ne faut point s'affliger: vous tomberiez malade.
Après nous, le déluge!»
Jeanne
Antoinette Poisson était la fille d'un écuyer du duc d'Orléans.
Ayant reçu grâce à sa mère une excellente éducation, elle réussit
en février 1745 à se faire remarquer du roi Louis XV qui lui aménagea
un appartement à Versailles. Elle l'accompagna à la bataille de
Fontenoy et fut élevée au rang de marquise en 1745. Après avoir
dû s'effacer au profit d'autres favorites, elle resta la confidente
du roi, voire la complice de ses plaisirs, aménageant l'hôtel du
Parc-aux-Cerfs pour ses rencontres clandestines avec de très jeunes
filles.
La marquise bénéficia d'innombrables largesses comme le château
de Pompadour, en Auvergne, et l'hôtel d'Évreux, à Paris, plus connu
aujourd'hui sous le nom de... palais de l'Élysée.
Mais son influence politique la rendit impopulaire. Elle soutint
le ministère Choiseul. On lui attribue le «renversement des
alliances» au cours de la Guerre de Sept ans qui conduisit au désastreux
traité de Paris. Elle protégea aussi les Encyclopédistes et les
«philosophes» qui contestaient l'absolutisme royal. Elle
symbolise à jamais l'art de vivre raffiné et léger du Siècle des
Lumières.
Lors de ses funérailles solennelles, le 17 avril 1764, le roi, qui
ne pouvait s'y joindre, aurait murmuré de sa fenêtre: «La marquise
aura mauvais temps pour son voyage!» (G V-D). .
«The conflict is past and our name
is no more,
There is nothing but sorrow for Scotland and me!» (ballade
de Flora McDonald)
«La guerre est perdue et c'en est fini de nous,
il reste le chagrin pour l'Ecosse et pour moi!» (traduction
française)
Lorsque Jacques II Stuart (1633-1701)
eût gâché ses chances de régner sur l'Angleterre par son intransigeance
religieuse, il fut déposé par son gendre Guillaume d'Orange en 1688
et se réfugia à la cour de Louis XIV. Son fils Jacques François
Édouard, dit le Vieux Prétendant, ou le Chevalier de Saint-Georges
(1688-1766) fit plusieurs tentatives pour s'appuyer sur le parti
jacobite d'Écosse et reconquérir le trône d'Angleterre.
Son fils Charles Édouard, dit le Jeune Prétendant, ou Bonnie Prince
Charlie (1720-1788) se montra prince galant et courageux. Il débarqua
en Écosse en 1745 pour réclamer son trône. Après une percée inespérée
vers Londres, il fut écrasé à la bataille de Culloden Moor et réduit
à implorer l'aide de la jeune Flora McDonald pour échapper aux troupes
anglaises. Comme Marie Stuart, Bonnie a inspiré toute une littérature
et des complaintes qui chantent l'Ecosse et sa détresse (G V-D).
| Anne Robert Turgot |
(1727-1781) |
«Il faut, Sire, vous armer contre votre bonté, de
votre bonté même, considérer d’où vous vient cet argent que vous pouvez
distribuer à vos courtisans»
C'est par cet avertissement que l'économiste accueille sa nomination au poste de
contrôleur général des finances, le 24 août 1774. Le roi Louis XVI ne l'écoutera
hélas pas longtemps et le renverra deux ans sous la
pression des privilégiés.
La veille de son renvoi, Turgot écrira au roi avec son franc-parler: «N'oubliez
jamais, Sire, que c'est la faiblesse qui a mis la tête de Charles
1er sur un billot».
| Claude-Nicolas Ledoux |
(1736-1806) |
«Le mur murant Paris rend Paris murmurant»
(complainte parisienne)
Architecte inspiré et ingénieur des eaux et forêts, Ledoux érigea sous le règne de
Louis XVI les salines royales d'Arc-et-Senans, en Franche-Comté, une cité ouvrière
idéalisée, d'un caractère révolutionnaire.
En 1785, il reçut commande des 55 pavillons d'octroi du mur d'enceinte des «fermiers
généraux». Ces installations étaient destinées au prélèvement de taxes sur
toutes les marchandises entrant dans la capitale et à ce titre, elles donnèrent lieu à
de vives protestations de la population, dont certaines très spirituelle comme l'atteste
la citation ci-dessus.
Ledoux ne put mener son entreprise à terme mais nous pouvons encore admirer deux de ses
pavillons parisiens, sur la place Denfert-Rochereau et la place Stalingrad. L'octroi
perdura dans la capitale jusqu'à la veille de la Guerre de 14-18.
| Antoine-Laurent de Lavoisier |
(1743-1794) |
«Rien ne se crée, ni dans les opérations de l'art ni
dans celles de la nature, et l'on peut poser en principe que, dans toute opération, il y
a une quantité de matière avant et après l'opération; que la qualité et la quantité
des principes sont les mêmes et qu'il n'y a que des changements»
Antoine-Laurent de Lavoisier, après des études soignées et quelques communications
brillantes, fut élu à à l'Académie des sciences à 25 ans! Il fit preuve d'une
capacité particulière à exploiter les découvertes de ses contemporains. Il a montré
expérimentalement que la combustion de l'hydrogène ne se soldait pas par une disparition
de matière mais par la formation de nouvelles substances par addition avec l'air.
Ses recherches, rassemblées dans un volumineux «Traité élémentaire de chimie»,
sont à l'origine de la chimie moderne. Elles tournent autour du principe ci-dessus, que
l'on résume usuellement par l'aphorisme: «Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se
transforme» (Gabriel Vital-Durand).

«La République n'a pas besoin de savants»
Lavoisier ne fut pas seulement un génial chimiste mais
aussi un philanthrope (il proposa au gouvernement de Louis XVI des réformes hardies dans
le domaine social) et un fermier général (collecteur d'impôts). Cette dernière fonction lui valut d'acquérir une
immense richesse... ainsi que d'etre emprisonné le 24 novembre 1793, sous la
Terreur.
Le tribunal révolutionnaire l'ayant condamné à la guillotine, le savant demanda un
sursis de quinze jours pour terminer une expérience. Si l'on en croit une relation
tardive de l'abbé Grégoire, il s'attira cette réplique du vice-président du tribunal,
un certain Coffinhal: «Nous n'avons pas besoin de chimistes». La postérité,
pour souligner la malfaisance de la Convention, retint la formule: «La République
n'a pas besoin de savants!»... La scène et la formule paraissent peu vraisemblables
quand l'on sait la vigueur avec laquelle le gouvernement révolutionnaire mobilisait les
scientifiques au service de la guerre contre l'envahisseur. Lavoisier mourut le 8 mai 1794
sur la place de la Révolution (aujourd'hui place de la Concorde).
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