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«Allez dire à votre maître que nous
sommes ici par la volonté du peuple et que l'on ne nous en arrachera
que par la force des baïonnettes»
Ainsi aurait répondu Honoré Gabriel Riquetti, comte de Mirabeau
et député du tiers état, au marquis de Dreux-Brézé, grand maître des cérémonies
du roi Louis XVI, le 23 juin 1789, selon une légende colportée par le manuel d'histoire de
Malet (édition 1912).
Trois jours plus tôt, les députés du tiers état et quelques députés
du clergé s'étaient constitués en Assemblée
nationale en vue de donner une Constitution au pays, au grand mécontentement du roi.
À sa requête, le grand maître des cérémonies se rend à l'Assemblée et demande au président Bailly que les députés des
états généraux continuent de siéger séparément, selon les trois
ordres traditionnels: noblesse, clergé et tiers état.
Le président répond qu'il ne peut «séparer l'Assemblée qu'elle n'eût délibéré librement sur ce sujet». Dreux-Brézé se retire et rend compte de cette réponse au roi.
Quelques mois plus tard, à la mort de Mirabeau, la société des Jacobins va magnifier l'incident en commandant au sculpteur Houdon un buste du tribun sur lequel est gravée la célèbre harangue: «Allez dire à ceux qui
vous envoient que nous sommes ici par la volonté nationale et que
nous n'en sortirons que par la puissance des baïonnettes»
L'historien Malet la retouchera en des termes encore plus héroïques.
| Marie-Antoinette |
(1755-1793) |
«Mon Dieu, si nous avons commis des fautes, nous les
avons certainement expiées aussi!»
Propos qu'aurait tenue Marie Antoinette d'Autriche, ex-reine de France, au cours de ses derniers moments.
La jeune archiduchesse était la quatrième fille de François Ier et de Marie-Thérèse,
impératrice d'Autriche. Le duc de Choiseul avait désiré l'unir à l'héritier de la
couronne de France pour contrer l'influence anglaise après la guerre de Sept ans. La
princesse n'avait pas été préparée à un rôle de premier plan au milieu d'une cour
impitoyable, au bras d'un dauphin particulièrement gauche, lequel ne devait consommer
leur mariage de 1770 qu'après sept ans.
L'«Affaire du collier», en 1785, mit en valeur un certain nombre des
imprudences de la reine et des fragilités du règne. On prête à la souveraine un
penchant pour le comte de Fersen. Le beau Suédois s'employa à organiser la fuite de
Varennes en juin 1791, après que la reine se fut montrée dépassée par la crise
révolutionnaire.
Après la sanglante prise des Tuileries, le 10 août 1792, les souverains furent déchus
de leur trône, emprisonnés, puis mis en jugement. Louis fut exécuté le 21 janvier, et
la «veuve Capet» dut faire face à ses juges iniques. «J'en appelle à
toutes les mères!» répondit-elle aux accusations de commerce contre nature avec
son fils. Elle fut guillotinée à son tour le 16 octobre 1793 (G V-D).
«Ô Liberté, que de crimes on commet en ton nom!»
Apostrophe de Mme Roland, le 18 brumaire an III (8 novembre 1793), au moment de monter sur
l'échafaud, lequel était situé en face d'une statue de la Liberté, sur la place de la
Révolution (ci-devant place Louis XV, future place de la Concorde), à Paris.
Ce cri faisait écho au slogan des Montagnards, qui proclamait «Pas de liberté pour
les ennemis de la liberté!».
Leurs opposants, les Girondins - ou Brissotins - s'étaient regroupés dès 1791 autour de
plusieurs députés originaires du département de la Gironde. Parmi eux, Brissot, Guadet,
Buzot, Condorcet, Pétion, Pache, Louvet, Barbaroux ainsi que Roland de la Platière et
son épouse, Manon Phlipon, belle femme de grande culture et de caractère.
Mme Roland devint l'égérie du groupe et acquit une grande influence dans le gouvernement
girondin où son mari occupait les fonctions de ministre de l'Intérieur. Ce gouvernement
fut à l'origine de la déclaration de guerre à
l'Autriche en 1792.
En butte à l'hostilité des Montagnards et de la Commune, les Girondins furent arrêtés
le 2 juin 1793 et guillotinés six mois plus tard, à l'exception de Jean-Marie Roland qui
avait réussi à s'échapper mais se donna la mort en apprenant l'exécution de sa femme
(G V-D).
| Henri de La Rochejaquelein |
(1772-1794) |
«Allons chercher l'ennemi: si je recule, tuez-moi; si j'avance, suivez-moi;
si je meurs, vengez-moi»
C'est ainsi que répondit le jeune comte Henri de la Rochejaquelein
(20 ans) aux paysans vendéens qui vinrent le supplier de se mettre à leur tête pour
combattre l'hydre révolutionnaire. Ce sous-lieutenant de cavalerie issu d'une famille de
haute noblesse s'était retiré en sa terre de Clisson après la chute de la royauté (10
août 1792). L'insurrection vendéenne allait l'entraîner dans des aventures aussi
héroïques que brèves.
| Johann Wolfgang Goethe |
(1749-1832) |
«Von hier und heute geht eine neue Epoche der
Weltgeschichte aus und Ihr könnt sagen, Ihr seid dabei gewesen!» (in Campagne
in Frankreich 1792, publié en 1822)
«De ce lieu, de ce jour commence une ère nouvelle de l'histoire du monde, et vous
pourrez dire: j'étais là!» (traduction française)
Comme il suivait l'armée du duc de Brunswick aux côtés de son protecteur,
le grand-duc de Saxe-Weimar, Goethe a pu assister en direct à la
canonnade de Valmy. Si l'on en croit son récit, publié...
30 ans après, il en aurait de suite perçu la portée politique.
Johann Wolfgang Goethe (puis von Goethe) était né dans une bonne famille de
Francfort-sur-le-Main. Le jeune surdoué savait le grec, l'hébreu, le latin, le
français, l'italien et l'anglais, dessinait, jouait de la musique et ne négligeait pas
les disciplines sportives. Il ne craignit pas d'émettre même sa propre théorie de la
lumière (Farbenlehre)!
Son existence de chroniqueur attaché à la suite du grand-duc de Saxe-Weimar Charles
Auguste lui permit d'enchaîner les idylles propres à déployer ses talents poétiques. Les
souffrances du jeune Werther, publié en 1774, firet vibrer la jeunesse européenne
et ouvrirent la voie au romantisme.
Goethe fut aussi un voyageur impénitent qui parcourut l'Europe. Ses souvenirs devinrent
autant de classiques et mirent à la mode la Suisse et la nature. Le poète inspira le
mouvement littéraire Sturm und Drang (Tempête et passions) qui exalte la nature
et la sensibilité.
Son intense communion avec l'autre grand poète allemand de son époque, Schiller, fut
seule interrompue par la mort de ce dernier en 1805. Il rencontra Mozart, Beethoven,
Germaine de Stael, Hegel, Schopenhauer, Joseph II, Napoléon, Alexandre Ier, Metternich...
Ne déclara-t-il pas sur ses vieux jours : «Qui suis-je ? Qu'ai-je créé? J'ai tout
reçu, tout accueilli, assimilé tout ce qui passait à ma portée» ?
Goethe reste par-dessus tout le créateur de Faust, un drame en vers publié en
1808 qui donna naissance à l'un des mythes majeurs de l'Occident (G V-D).
| Jean-Baptiste Jourdan |
(1762-1833) |
«Tout Français est soldat et se doit à la défense
de la patrie» (article premier de la loi Jourdan)
Les rois «absolus» en avaient rêvé, les républicains l'ont fait. Le 5
septembre 1798, à l'assemblée des Cinq-Cents, le député Jean-Baptiste Jourdan fait
voter une loi qui institue la conscription et le service
militaire obligatoire.
Pour la première fois dans l'histoire de l'Europe, un gouvernement s'attribue le droit
d'enrôler quiconque dans ses armées. Le métier militaire, précédemment récompensé
par un salaire ou une solde (d'où le mot soldat), devient une
servitude.
Disposant de masses humaines presque illimitées, les généraux multiplient les
offensives sans égard pour le sang versé, ce que ne manquera pas de dénoncer le colonel
Charles de Gaulle, ardent défenseur de l'armée de
métier. C'est seulement deux siècles après la loi Jourdan que la France renoncera à la
conscription obligatoire.
| Horatio Nelson |
(1758-1805) |
«England confides that every man will do his duty!»
«L'Angleterre attend de chacun qu'il fasse son devoir!» (traduction française)
Message codé transmis à l'aide de pavillons le matin de la bataille de Trafalgar, le 21 octobre 1805, aux 27 navires de son
escadre par l'amiral Nelson.
Mousse à 12 ans sur la Raisonnable, le jeune Horace est promu capitaine sur la
frégate Hinchinbrooke à 20 ans. Après le siège de Calvi où il perdit un oeil
en 1794, il participa aux actions du cap Saint-Vincent et de Santa-Cruz-de-Tenerife contre
les Espagnols alliés de la France en 1797.
Le 1er août 1798, il surprit la flotte du Levant en rade d'Aboukir et la réduisit à
néant, vouant ainsi le corps expéditionnaire d'Egypte à la reddition.
Sa liaison tumultueuse avec Lady Hamilton à Naples l'amena à dénoncer l'armistice
conclu par le cardinal Ruffo et à faire pendre l'amiral Caracciolo en 1799.
Il est alors nommé vice-amiral, baron du Nil, duc de Brontë et pair de Grande-Bretagne.
Après l'épisode de Copenhague, il imposa le blocus de la flotte française à Toulon
pendant 22 mois avant que Villeneuve ne réussisse à s'échapper vers les Antilles dans
le but d'ouvrir un passage dans la Manche en vue d'un débarquement français en
Angleterre.
La journée de Trafalgar porta un coup fatal à cet espoir et annihila les flottes
française et espagnole pour plusieurs générations (20 vaisseaux de ligne capturés sans
perte britannique). Nelson mourut ce jour-là sur le pont de la Victory, victime
d'une balle française (G V-D).
«Oh, my country, how I leave my country!»
«Oh ma patrie, dans quel état vais-je te laisser!» (traduction française)
Mots d'adieu de William Pitt, dit le Jeune ou le Second. Deuxième fils
de William Pitt, comte de Chatham, qui avait dirigé la politique anglaise pendant la
guerre de Sept ans, il fut élu à la Chambre des Communes en 1781 et fit aussitôt une
forte impression par son éloquence.
Le roi Georges III dont il avait attiré l'attention lui offrit à 24 ans le poste de Premier ministre.
En 1793, la Convention déclara la guerre à l'Angleterre et dès lors, Pitt se fit l'âme
de la première puis de la seconde coalition. Il n'hésita pas à suspendre l'Habeas
Corpus, introduire la censure et lever de nouveaux impôts, ce qui le rendit fort
impopulaire. L'insurrection irlandaise l'amena à faire adopter l'Acte d'Union de
Grande-Bretagne et d'Irlande en 1801.
Après un intermède, il fut rappelé au gouvernement en 1804 et forma la troisième
coalition qui amena le succès de Trafalgar. Las, les
victoires de Napoléon en Autriche ne furent pas étrangères à la disparition
prématurée du Premier ministre. La chambre dut lever 40.000 livres pour apurer ses
dettes... (G V-D).
| Napoléon Bonaparte |
(1769-1821) |
«Viens, petite créole, te coucher dans le lit de tes
maîtres!»
Invitation prêtée au Premier Consul Napoléon Bonaparte faisant à Joséphine les
honneurs de la chambre à coucher du palais des Tuileries. L'ancien palais des rois avait
été remis en état pour abriter la cour consulaire au printemps 1802.
Bonaparte, qui avait eu quelques rares expériences amoureuses dans sa jeunesse, avait
rencontré Joséphine en venant lui restituer le sabre de son défunt époux, le
général-vicomte de Beauharnais, qui s'était distingué à l'Armée du Rhin en 1793,
puis avait été guillotiné sous la Terreur. Il était tombé éperdument amoureux de
cette femme née à la Martinique, plus âgée que lui de six ans et il l'épousa en 1796.
Joséphine, qui avait eu des relations amoureuses avec Barras, l'un des Directeurs, s'en
servit pour faire obtenir un commandement à son jeune mari. En 1809, son union restant
stérile, Napoléon se résigna à divorcer de Joséphine et à «épouser un ventre»
en la personne de la petite-nièce de Marie-Antoinette, Marie-Louise
de Habsbourg, laquelle donna naissance au roi de Rome, puis duc de Reichstadt,
considéré comme Napoléon II (G V-D).

«Soldats, je suis content de
vous. Je vous ramènerai en France. Là, vous serez l'objet de mes plus tendres
sollicitudes. Mon peuple vous reverra avec joie et il vous suffira de dire: j'étais à la
bataille d'Austerlitz pour que l'on vous réponde: voilà un brave!»
Napoléon Bonaparte, devenu empereur sous le nom de
Napoléon 1er, s'offrit une magnifique victoire sur les Autrichiens et les Russes pour le
premier anniversaire de son sacre, le 2 décembre 1805, à Austerlitz.
50 drapeaux enlevés à l'ennemi allèrent orner la voûte de l'église Saint-Louis des
Invalides. Le bronze des 180 canons ennemis fut par ailleurs employé pour fondre la
colonne Vendôme, à Paris.
| Antoine-Guillaume Delmas |
(1768-1813) |
«Belle capucinade! Il n'y manque que le million
d'hommes qui s'est fait tuer pour abolir ce que vous rétablissez!»
Ces mots furent adressés par le général Delmas au Premier Consul, Napoléon
Bonaparte, après le Te Deum à Notre-Dame de Paris en l'honneur du concordat (Pâques 1802).
Antoine-Guillaume Delmas avait eu une carrière d'engagé lors de la levée en masse
(1791). Promu dans le rang lors des campagnes de Belgique et d'Allemagne, il était resté
jacobin dans l'âme. L'instauration du Consulat et les mesures de restauration prises par
Bonaparte n'allèrent pas sans grincements de dents chez les républicains de la première
heure comme lui.
Bonaparte crut nécessaire de leur donner des gages en faisant enlever puis sommairement
exécuter le duc d'Enghien. Delmas n'en fut pas moins
rayé des cadres et exilé à Porrentruy, dans le Jura bernois. Lors de la campagne
d'Allemagne de 1813, il reprit du service en même temps que Lazare Carnot et fut
mortellement blessé lors de la bataille de Leipzig - dite «la bataille des nations»
(16-19 octobre 1813, où la Russie, la Prusse, la Suède et l'Autriche coalisées
firent face à la Grande Armée de Napoléon, laquelle dut supporter la défection des
troupes saxonnes en pleine action. (G V-D).
«Pourvou qu'ça doure!» (rengaine de Lætizia
Buonaparte à partir de 1800)
Maria Lætizia Ramolino était issue d'une famille de notables d'Ajaccio, fief séculaire
de la résistance aux Génois. Elle épousa à 14 ans Charles Marie de Buonaparte
(1746-1785) dont la famille de nobliaux lombards s'était exilée en Corse au XVIe siècle. Le mari soutint Paoli dans sa lutte
contre l'occupant gênois puis français avant de finir par composer avec le
gouverneur-comte de Marbeuf. Lætizia contribua à cette lutte avec toute sa farouche
détermination de matrone corse. Devenue veuve à 35 ans, elle éleva ses enfants avec
énergie et conserva dès lors sur eux, y compris Napoléon, une grande autorité. Sous
l'Empire, elle mena une vie modeste et retirée avec le titre de Madame Mère. La famille
Bonaparte demeurait très patriarcale sous la protection exagérément bienveillante de
l'empereur.
Lætizia observait cette fortune soudaine avec dédain. Elle refusa d'assister au sacre à
Notre-Dame, même si le tableau de David l'a représentée. Raillée pour son esprit
d'économie, elle déclara un jour: «J'ai sept ou huit souverains qui me retomberont
un jour sur les bras!». Après la Restauration, elle se retira discrètement à Rome
(G V-D).
«Comediante, tragediante!»
Apostrophe de Pie VII à Bonaparte quelques jours avant le sacre du 2 décembre 1804 (in Servitude
et grandeur militaire, Alfred de Vigny)
Le bénédictin Barnabé Chiaramonti avait été généreusement favorisé par Pie VI qui
était proche de sa famille et devait mourir en déportation à Valence en août 1799.
Lors de l'invasion française de 1796, il joua un rôle modérateur en Lombardie. Il fut
élu pape en mars 1800 à Venise sous le nom de Pie VII.
Sous l'influence du cardinal Consalvi, il accueillit l'offre d'un concordat avec faveur le 17 juillet 180 mais ne tarda pas à
découvrir le caractère impérieux de Napoléon lorsque celui-ci lui intima de venir le
couronner à Paris. C'est à Fontainebleau, le 25 novembre 1804, que rencontrant le
Premier Consul, Pie VII aurait lancé l'exclamation ci-dessus.
A l'aube du 1er décembre, le mariage religieux de Napoléon et Joséphine fut célébré
aux Tuileries à la sauvette. Le lendemain, le sacre eut lieu à Notre-Dame.
Pie VII dut subir l'occupation de Rome en 1808 avant d'être arrêté sur l'ordre de
l'empereur qui se trouva derechef excommunié en juillet 1809. La situation redevint
tragi-comique en février 1810 lorsque Napoléon exigea de voir son mariage annulé. Seuls les revers militaires de l'empereur
purent assurer la liberté de Pie VII en mars 1814.
Le pape se montra généreux envers les Bonaparte déchus et modéré dans le contexte de
la Sainte-Alliance qui suivit la chute de l'Empire
français (G V-D).
«Dis-y donc que c'est la femme au maréchal Lefebvre
et la celle à Lannes»
Annonce de Catherine Hubscher au majordome de l'impératrice Joséphine vers 1810. Les
railleurs répandirent l'anecdote en parlant de «la selle à l'âne».
Franz-Joseph Lefebvre était né à Ruffach et parlait l'alsacien dans sa jeunesse fort
modeste. Il eut des débuts obscurs dans le régiment des gardes et n'atteignit le grade
de sergent qu'à l'âge de 33 ans. La Révolution devait changer sa destinée.
Sa conduite lors des journées de Fleurus et de Stockach lui valut de l'avancement. Lors
du coup d'Etat du 18 brumaire, il commandait la garde du
Conseil des Cinq-cents et sembla quelque peu dépassé par la tournure des événements.
Impressioné par l'assurance du colonel Sébastiani, il prit le parti de Bonaparte. Il fut
fait maréchal en 1804 et s'illustra à la prise de la forteresse prussienne de Dantzig en
1807.
Le maréchal devenu duc de Dantzig était resté sans artifice et parlait de ses soldats
comme de «ses enfants». Il avait épousé une lavandière, elle aussi fort
rustique, que les salons n'appelaient plus que «Madame Sans-gêne» tant sa
gouaille les réjouissait (G V-D).
| Amiral Denis Decrès |
(1761-1820) |
«Votre majesté a toujours des coups de pied au c..
plein la bouche!»
Réplique de l'amiral duc de Crès [ou Decrès] à l'empereur Napoléon 1er vers 1805 au
cours d'une discussion animée. Il semble que l'autre se calma aussitôt.
Le personnage est une des rares figures maritimes de premier plan sous l'Empire et
Napoléon lui avait confié le ministère de la marine et des colonies. Contre-amiral
commandant la Diane en 1798, il avait réussi à échapper à l'estocade de
Nelson en rade d'Abou-Kir et à sauver son navire.
Ce loup de mer avait le sang chaud et s'était épris de la belle Pauline Bonaparte, jeune
veuve éplorée du malheureux général Leclerc, mort à Haïti. Napoléon, qui avait
d'autres vues pour sa soeur, lui laissa épouser Marie-Rose Clary, nièce de Marie-Anne,
épouse de Joseph Bonaparte, roi d'Espagne, et de Désirée Clary, ancien béguin de
l'empereur et future reine de Suède, par son mariage avec le maréchal Bernadotte (G
V-D).
«Habillez-les de rouge, habillez-les de vert, ils f...
le camp quand-même!»
Réflexion du roi Ferdinand en 1806 à propos de sa garde.
Troisième fils de Charles III d'Espagne, l'infant devint en 1759 roi de Sicile sous le
nom de Ferdinand III et roi de Naples sous celui de Ferdinand IV. S'étant aventuré dans
la première coalition contre la Convention, il dut signer la paix en 1796 après les
succès français en Italie du Nord.
L'occupation de Malte et les manoeuvres de Nelson qui courtisait ouvertement
l'ambassadrice d'Angleterre, la charmante Emma Hamilton, le lancèrent dans la deuxième
coalition en 1798. Il fut renversé par le général Championnet en janvier 1799 et dut se
réfugier en Sicile.
Rétabli sur le trône en juin 1799 par la révolution san-fédiste, il se lança une
nouvelle fois contre Napoléon en 1806 et fut bientôt déposé au profit de Joseph
Bonaparte, puis du maréchal Murat.
A la Restauration, en 1815, Ferdinand fit juger et exécuter Murat. Il prit alors le nom
de Ferdinand Ier des Deux Siciles et rétablit la monarchie de droit divin. (G V-D).
| Charles-Antoine de Ligne |
(1735-1814) |
«Le congrès ne marche pas, il danse...» (in Lettre
de 1814 à propos du Congrès de Vienne)
Le prince Charles- Antoine de Ligne était l'héritier d'une vieille famille hannuyère
des Pays-Bas autrichiens, et comme tel, appelé naturellement à une carrière militaire
au service de l'empereur Joseph II de Habsbourg. Il fut ambassadeur d'Autriche auprès de
Catherine II et accompagna la cour lors de la mémorable descente du Dniepr organisée par
le prince Potemkine en 1787, avec la participation de l'ambassadeur de France,
Louis-Philippe, comte de Ségur, qui était devenu son ami.
Bien que promu maréchal, ses faits d'armes sont restés plutôt modestes dans l'ombre de
l'archiduc Charles, mais il est passé à la postérité pour ses Mémoires publiées sous
l'Empire, vers 1810. De ces mémoires, on peut retenir une jolie formule: «Il n'y a
pas de grand homme pour son valet de chambre».
Son style élégant, sa verve d'Ancien régime et ses observations pertinentes restent
étonnamment modernes. Il vit disparaître le XVIIIè siècle et l'usage du français dans
la bonne société avec le même amertume que Stefan. Zweig la Belle époque un siècle
plus tard.
Le prince de Ligne mourut avant la fin du Congrès de Vienne, qui refit l'Europe après la
chute de Napoléon, ce qui donna l'occasion d'un mot à Talleyrand: «et le Congrès
l'enterra sans cesser de danser» (G V-D).
| Daniel-François Auber |
(1782-1871) |
«Amour sacré de la patrie, rends-nous l'audace et la
fierté»
Pacifique auteur de théâtre lyrique d'origine normande, Auber n'imaginait pas qu'une de
ses oeuvres serait à l'origine de la naissance de la Belgique.
Le soir du 25 août 1830, le théâtre de la Monnaie, à Bruxelles, donne une
représentation de «La Muette de Portici». Cet opéra raconte un soulèvement
des Napolitains contre l'oppresseur. Le public, enthousiaste, reprend le refrain ci-dessus
et la tension devient telle que des émeutes se produisent à la sortie du théâtre.
De façon similaire, un peu plus tard, la bourgeoisie libérale italienne se mobilisera en
faveur de l'unité nationale à l'écoute des opéras de Giuseppe Verdi. Comment ne pas
être nostalgique de cette époque où les révolutions se faisaient en chansons et en
frac de soirée?...
| Alphonse de Lamartine |
(1790-1869) |
«Plaignons les victimes et marchons!»
[sous-entendu: continuons d'aller de l'avant!]
Paroles prononcées par Alphonse de Lamartine à la tribune de l'Assemblée législative,
à Paris, au lendemain de la catastrophe ferroviaire de Meudon
(8 mai 1842), responsable de 55 morts.
Ce premier accident de l'Histoire du rail n'ébranle en aucune façon la confiance des
contemporains dans le progrès technique. Chacun croit qu'il a beaucoup plus à y gagner
qu'à y perdre.
Lamartine, poète romantique et homme politique, se fait le porte-parole de cette
confiance aujourd'hui bien amoindrie.
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