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«Ralliez-vous à mon panache blanc, vous le trouverez
toujours au chemin de l'honneur et de la victoire!»
Ces mots quelque peu grandiloquents auraient été prononcés par Henri de Navarre, prince protestant et prétendant au trône
de France, au cours de la bataille d'Ivry. Ce jour-là, le 14 mars 1590, il affronta
victorieusement une armée catholique guidée par le duc de Mayenne, de la famille des
Guise. Ses ennemis ne voulaient à aucun prix pour la France d'un roi protestant.

«Paris vaut bien une messe»
Le futur Henri IV comprend qu'aussi nombreuses que soient ses victoires, elles ne lui
permettront jamais de se rallier la majorité du royaume aussi longtemps qu'il s'en
distinguera par la religion. Sur les conseils de son ami Sully, lui-même protestant, il
décide de se convertir à la religion dominante.
L'Histoire résume son choix par la formule ci-dessus, un tantinet cynique. On la prête
tantôt à Henri, tantôt à Sully, à moins qu'elle ne soit tout simplement apocryphe. Le
25 juillet 1593, Henri demande à devenir catholique devant la basilique de Saint-Denis.
L'année suivante, enfin, il se fait sacrer roi à Chartres (Reims étant aux mains des
Ligueurs catholiques) et quelques semaines plus tard, rentre triomphalement à Paris, sa
capitale (G V-D).
«Les labourage et pastourage sont les deux mamelles
dont la France est alimentée et les vraies mines et trésors du Pérou.»
Compagnon d'enfance du futur Henri IV, Maximilien de
Béthune, duc de Sully, mit ses talents à son service sans jamais renoncer à sa foi
protestante. Il servit d'abord Henri comme conseiller puis comme surintendant du royaume.
Attaché aux traditions agricoles et dédaigneux de l'industrie, il encouragea les
recherches menées par Olivier de Serres. Ce dernier est connu pour avoir publié en 1600
le premier ouvrage d'agronomie scientifique: «Théâtre d'agriculture et mesnage des
champs».
Les convictions de Sully sont condensées dans la phrase ci-dessus, qui figure dans ses «Mémoires»
et a été abondamment exploitée à la fin du XIXe siècle pour justifier le retard
industriel du pays.
On pourrait multiplier les citations de penseurs et dirigeants français qui, à l'image
de Sully, ont exalté le côté rural de leur pays: «L'industrie ne fait qu'affaiblir
la moralité nationale. Il faut que la France soit agricole» (Talleyrand), «La
terre, elle, ne ment pas» (Pétain). Cette dernière formule a été soufflée au
maréchal par le penseur Emmanuel Berl qui l'a lui-même empruntée à... Jean-Jacques
Rousseau.
«Eppur si muove!» (en italien)
«Et pourtant, elle tourne!» (traduction française)
Ces mots de dépit auraient été lâchés entre ses dents par Galileo Galilei lorsqu'il
fut condamné par le tribunal de la Sainte Inquisition à rétracter ses thèses
qualifiées d'hérétiques (Rome, 1633).
L'astronome pisan, alors âgé de 69 ans, avait consacré sa vie à établir les nouvelles
bases du système planétaire à la suite des travaux de Nicolas Copernic, comme ses contemporains Tycho Brahé, Giordano Bruno et Johannes Kepler.
Maffeo Barberini, un jésuite élu pape sous le nom de Urbain VIII, s'efforça d'adoucir
les peines encourues par Galilée et celui-ci se vit banni dans le hameau d'Arcetri en
Toscane, avec interdiction de répandre à nouveau ses thèses selon laquelle la terre et
les planètes se placent sur des orbites autour du soleil.
En 1992, le pape Jean-Paul II a annulé solennellement les conclusions du tribunal de 1633
et réhabilité l'infortuné savant. Quant au nom de Barberini, il est honoré par une
université jésuite de Californie (G V-D).
«Remember!»
«Souvenez-vous!» (traduction française)
Charles 1er Stuart monta sur les trônes d'Angleterre et
d'Ecosse en 1625 dans un grand élan populaire. Il était fort épris de la reine,
Henriette de France, fille d'Henri IV, et désireux de gouverner sans partage. Il s'appuya
sur quelques grands et prétendit se passer du Parlement. Après l'assassinat du
ministre-duc de Buckingham (1628), il gouverna avec l'appui de Lord Stafford jusqu'en
1640. L'irrédentisme écossais obligea finalement le roi à convoquer le Parlement où
Cromwell, chef des Puritains, exerçait une grande influence. Lord Stafford fut condamné
pour haute trahison et exécuté au désespoir du roi.
Celui-ci leva une armée de fidèles et prétendit imposer son pouvoir par la force.
Cromwell et son armée de «Têtes rondes» s'assura de sa personne et le fit
condamner, puis décapiter devant son palais de Whitehall le 9 février 1649 (30 janvier
selon le calendrier grégorien).
A un témoin qui tâtait le tranchant, le roi aurait dit: «Ne gâtez pas la hache,
elle pourrait me faire plus mal!», puis à l'évêque Juxon en lui tendant son
médaillon de Saint Georges: «Remember!». Cette parole d'interprétation
hasardeuse s'est transmise comme une relique (G V-D).
| Olivier Cromwell |
(1599-1658) |
«No one rises so high as he who knows not whither he
is going»
«Nul n'atteint si haut que celui qui ignore jusqu'où il va» (traduction
française)
On peut rapprocher cette citation de Cromwell, tirée des Mémoires du Cardinal
de Retz, de la devise de Fouquet («Usque non
ascendam?», Jusqu'où ne monterai-je pas?).
Olivier Cromwell commença une vie de gentilhomme campagnard. Nommé Lord-protecteur du
Commonwealth d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande après la défaite du roi Charles 1er, il gouverna sans partage le pays.
Cromwell fit preuve de pragmatisme dans ses choix politiques et fut parfois taxé de
perfidie. Il réprima avec une extrême violence les séditions irlandaises et engagea son
pays dans l'aventure maritime avec l'Acte de navigation de 1651.
Son fils Richard se montra incapable de lui succéder, et Charles II put rentrer d'exil
pour restaurer la monarchie sous les acclamations le 25 mai 1660. Cromwell avait
d'ailleurs lui-même déclaré: «Ne vous laissez pas prendre aux acclamations, car
lorsqu'il s'agira de pendre l'un ou l'autre d'entre nous, les mêmes drôles seront encore
là!» (G V-D).
«Je m'en vais ou je m'en vas, car l'un et l'autre se
dit - ou se disent!»
Adieux de Claude Favre, baron de Pérouges, seigneur de Vaugelas. Ce Savoyard fut un des
membres fondateurs de l'Académie française dont il mit
en en chantier le Dictionnaire en se consacrant pendant quinze ans aux cinq premières
lettres...
Son autorité littéraire était incontestée et le beau monde du XVIIe siècle s'appliqua
à «parler Vaugelas» selon la formule de Molière (G V-D).
«Ultima ratio regnum» (le dernier argument des
rois)
Cette inscription latine a pu être gravée sur les bouches de canon du Roi-soleil, Louis XIV, en concurrence avec d'autres devises comme la célèbre - et obscure - «Nec pluribus impar» (pas inégal à plusieurs).
Introduite avec le symbole du soleil à l'occasion des grandes du
carrousel des Tuileries, les 5 et 6 juin 1662, elle voulait traduire
la place à part du roi de France parmi tous les souverains régnants.
Le règne de Louis XIV, parmi
les plus longs de l'histoire de France (1643-1715), marque à bien des égards l'apogée
du pays. Le roi ne voit pas de limites à ses ambitions qui sont celles de la France. Il
entreprend des guerres contre tous ses voisins (sauf la Suisse): Angleterre, Pays-Bas,
princes allemands, Savoie et princes italiens, Espagne, Autriche, Prusse, Barbaresques.
Malgré des revers notables, l'ennemi ne réussira pas à pénétrer dans le «pré
carré» remarquablement fortifié par Vauban (G V-D).

«Messieurs, voici le roi d'Espagne!»
A son lever, le 16 novembre 1700, le Roi-Soleil, âgé de 62 ans, présente de la sorte
son petit-fils Philippe d'Anjou (17 ans) aux courtisans et aux diplomates massés dans la
Galerie des glaces du château de Versailles. Le jeune prince a été désigné pour le
trône aux termes du testament du vieux roi Charles II qui
a hésité longtemps entre l'archiduc Charles de Habsbourg, son cousin germain, et le
jeune Bourbon issu d'une dynastie hostile depuis deux siècles. L'ambassadeur d'Espagne
accueillant la nouvelle, aurait alors lancé à Louis XIV: «Il n'y a
plus de Pyrénées» (G V-D).
| Marie de Rabutin-Chantal |
(1626-1696) |
«Racine passera comme le café!» (in lettre
datée de Paris le 16 mars 1672)
Prédiction hasardeuse de Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné, dans une de ses
innombrabres lettres à sa fille.
La marquise était veuve depuis 1651 et semble avoir mené une vie très convenable
malgré les insinuations de son propre cousin Roger de Rabutin, dit Bussy-Rabutin, dans
son «Histoire amoureuse des Gaules».
Sa fille épousa le comte de Grignan, que la charge de lieutenant-général retenait en
Provence. La marquise y fit de longs séjours très agréables et, dans l'intervalle, de
1671 à 1696, écrivit à sa fille quelques 1500 lettres qui relatent par le menu les événements du royaume et les rumeurs de la cour dans un
style vif et élégant.
L'auteur disait «laisser trotter sa plume la bride sur le cou» et s'est ainsi
enhardie à des affirmations sensationnelles que les faits devaient parfois démentir (G
V-D).
«Veuillez donc laisser sa pipe à Monsieur Bart!»
Lors d'une audience à Versailles vers 1697, Louis XIV entendit une bousculade dans
l'antichambre - c'était Jean Bart buriné par les embruns, avec sa pipe et ses bottes. Le
roi magnanime s'approcha et lança l'injonction ci-dessus...
Né à Dunkerque dans une famille de marins, le jeune cadet s'est engagé comme
mousse à 12 ans. A 16 ans, il commande en second et s'engage dans la marine hollandaise
pour participer à l'expédition contre Londres en 1667.
Lorsque Louis XIV entre en guerre contre la Hollande, il regagne son pays et se lance dans
la «guerre de course» contre les Hollandais,
remportant des «prises» fort lucratives à l'occasion de coups d'audace contre
des navires marchands chargés d'épices. Pas moins de 81 bâtiments!
Malgré les préventions de l'époque, le roi sait reconnaître sa valeur et le nomme en
1686 capitaine de frégate. Jean Bart poursuit sa pratique des coups de main sur les
navires et les bases ennemies. Retenu prisonnier à Plymouth, il réussit à s'évader des
pontons anglais et à regagner Saint-Malo après deux jours de rame. Le 19 juin 1696, il
remporte encore une grande victoire sur les Hollandais, prenant ou détruisant 80 navires
marchands. Louis XIV l'annoblit et le nomme chef d'escadre en 1697. Il meurt le 27 avril
1702 (G V-D).
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