La Règle secrète
(extrait du livre de Laurent de Vargas « Histoire mystérieuse des Templiers »
Et si le saint Temple que Jacques de Molay défendit du haut de son bûcher avait caché un Temple noir ? Est-ce celui-là que l'inquisiteur général cherchait ? et l'a-t-il vraiment anéanti ?
Comment ces hommes braves pouvaient-ils, lors de leur réception, renier Jésus et, l'instant d'après, se battre jusqu'à la mort pour Lui ? Pourquoi autorisait-on certains frères à se livrer au péché contre nature et punissait-on sévèrement, d'une lourde peine de prison, ceux qui se laissaient aller à le commettre ?
Peu à peu, l'idée a fait son chemin dans l'esprit des historiens les plus sérieux : l'ordre des Pauvres Chevaliers du Christ du Temple de Salomon de Jérusalem cachait sans doute un ordre double, un ordre noir. La hiérarchie officielle, bien connue, dissimulait-elle une hiérarchie parallèle, occulte, qui tirait les ficelles dans l'ombre et conduisit la destinée de l'organisation, depuis sa fondation jusqu'à sa chute ?
Cette hypothèse est bien séduisante car, à la lumière d'une telle éventualité, bien des incohérences deviendraient explicables. Mais cette idée est-elle une simple conjecture, une élucubration d'historien en mal de preuves écrites, un fantasme d'hermétiste qui ne peut accepter l'explication apparente des événements ? Ou bien trouve-t-elle son fondement dans des textes, des documents qui, sans apporter de preuve catégorique - si tel était le cas, l'énigme du Temple n'en serait plus une depuis des siècles -, permettent tout de même d'avancer une théorie sérieuse ? Examinons cette option de manière scientifique.
Jacques de Molay était-il un fantoche ?
Si l'ordre était gouverné par une hiérarchie secrète, Jacques de Molay était alors un simple prête-nom sans pouvoir réel. Grand maître de pacotille, son attitude s'expliquerait mieux : il serait alors effectivement le benêt que beaucoup ont décrit, sans esprit politique, soumis. Il aurait patiemment enduré tous les sévices qu'on lui infligeait, attendant que le véritable grand maître intervînt pour les délivrer, lui et ses frères, de leur misérable condition. Il ne se serait rebellé qu'au dernier moment, une fois qu'il aurait compris que le grand maître véritable l'avait trahi.
Ses propos tenus devant la commission pontificale - « Je suis un chevalier pauvre et illettré » - prendraient alors tout leur sens : le grand maître en titre aurait avoué la réalité de sa misérable condition. Quant à sa piètre déclaration concernant la beauté des églises des Templiers, les aumônes et le courage des moines-soldats au combat, elle serait en effet « digne » d'un homme qui, toute sa vie, n'aurait fait qu'obéir et serait incapable d'affronter la difficulté présente.
Cette hypothèse est séduisante. Elle expliquerait aussi pourquoi les chevaliers ordinaires se montrèrent beaucoup plus combatifs et résolus que les dignitaires. Car un seul dignitaire tenta-t-il de défendre l'ordre ? Non, aucun !
Admettons que Molay ait été un fantoche et que les autres dignitaires l'aient été aussi : peut-on dire la même chose des précédents grands-maîtres ? Guillaume de Beaujeu, le preux qui chargea contre les deux cent mille Turcs encerclant Saint-Jean-d'Acre, était-il lui aussi un fantoche ? Cela ne ressemble pas au comportement d'un homme de paille. Pourtant, cette théorie de la hiérarchie parallèle trouve son fondement dans plusieurs témoignages.
En 1307, Godefroy de Gonneville, précepteur du Poitou et d'Aquitaine, déclara à l'inquisiteur, à propos du reniement « qu'il y en avait qui disaient que c'était une des mauvaises et perverses introductions du maître Roncelin dans les statuts de l'ordre ».
Or le Temple n'a jamais connu aucun Roncelin parmi ses maîtres et grands-maîtres. On a péniblement déniché un certain Roncelin du Fos, chevalier reçu en 1281 en Provence. Mais il est difficile de charger ce malheureux de toutes les turpitudes que l'on a reprochées à l'ordre.
Tout d'abord, son entrée était trop récente : ceux-là mêmes qui avouèrent le reniement - Jacques de Molay par exemple - furent reçus des années avant Roncelin du Fos. Par ailleurs, ce dernier ne fut jamais que simple chevalier. Mais c'est justement parce que l'ordre n'a jamais eu de grand maître nommé Roncelin, que nous pouvons penser que ledit maître Roncelin était peut-être un grand maître secret...
Un secret si terrible que l'on aurait tué même le roi pour le préserver
Cet aveu du précepteur de Poitou et d'Aquitaine était aussi une allusion indirecte à la règle secrète de l'ordre : car si le Temple avait un grand maître occulte, c'est que d'autres statuts que les officiels gouvernaient l'ordre.
Le légiste du roi, Raoul de Presles, fit devant la commission pontificale une déclaration beaucoup plus claire et qui mérite notre attention, même si elle émane d'un homme dont la fidélité à Philippe le Bel est connue. « Un Templier nommé Gervais de Beauvais, recteur de la maison du Temple à Laon, m'a dit, explique messire de Presles, qu'il y avait une chose tellement grave et tellement secrète dans l'ordre qu'il préférerait perdre la tête que la révéler et que si quelqu'un d'étranger à l'ordre, fût-il même le roi de France, la voyait, rien ni personne ne pourrait empêcher qu'il fût mis à mort sur-le-champ. »
Que contenait de si dangereux cette règle secrète pour qu'on la protégeât par des moyens aussi expéditifs ?
Le principal problème auquel on se heurte, s'agissant de la règle secrète, est que, précisément, elle est secrète. Nous possédons trois exemplaires de la règle officielle, mais la règle secrète n'a jamais été retrouvée. Des textes furent publiés dans le courant du xixe siècle et présentés comme étant ladite règle secrète. Malheureusement, leur authenticité n'a jamais été démontrée.
En 1780, un certain Frédéric Munter, évêque de Copenhague, découvrit un mystérieux parchemin dans les archives du Vatican. Le précieux document, calligraphié sur deux colonnes, comportait quatre parties : la règle officielle était suivie de deux séries de trente et vingt articles dont le titre était :
« Ici commence le livre du Baptême du Feu ou des Statuts Secrets rédigés pour les frères par le Maître Roncelinus » ;
enfin, d'une quatrième partie intitulée
« Ici commence la liste des signes secrets que Maître Roncelinus a réunis ».
Le manuscrit disparut peu après des archives du Vatican, nous dit-on. Il ne réapparut qu'en 1877, à Hambourg, où un Allemand du nom de Mertzdorff le publia. Ces informations nous sont rapportées par l'éditeur allemand qui, toutefois, ne fournit aucune preuve de leur authenticité.
Rappelons que Napoléon s'empara des archives du Vatican : c'est au moment où elles se trouvaient à Paris que l'historien Raynouard put mener à bien ses recherches, et écrire la première histoire moderne et sérieusement documentée du procès ; il n'a jamais eu ce mystérieux texte en main car il avait disparu des archives pontificales vers 1780. On ignore aussi comment ce manuscrit réapparut à Hambourg. Il a d'ailleurs encore disparu depuis.
La règle secrète supposée établirait l'hérésie des moines-soldats
Ce texte, s'il était authentique, établirait l'hérésie des Templiers. « Sachez que pour Dieu il n'y a point de différence entre les personnes, Chrétiens, Sarrasins, Juifs, Grecs, Romains, Francs ou Bulgares, parce que tout homme qui prie Dieu est sauvé », proclame l'article 5. Les Templiers auraient donc pratiqué le déisme, une forme de croyance qui admet l'existence de Dieu mais rejette toute religion ; ils auraient ainsi fait pire que pactiser avec les musulmans...
Un autre article affirme que « Rois, papes, évêques, abbés et maîtres ont voulu voir et entendre ce que vous entendez et voyez mais ils ne l'ont vu, ni l'ont entendu et ne le connaîtront jamais ». Cet article est non seulement hérétique en ce sens qu'il rejette l'Église catholique, mais extrêmement déstabilisateur politiquement puisqu'il prétend que la vérité n'est détenue ni par l'Église, ni par les princes temporels.
Poursuivons la lecture de ce document. Nous apprenons que la règle doit être protégée et le secret préservé coûte que coûte : « Si un frère oublie, soit par légèreté, soit par bavardage, et fait connaître la plus petite partie des statuts secrets ou de ce qui se fait dans les chapitres nocturnes, qu'il soit puni selon la grandeur de sa faute. » La suite nous éclaire sur le comportement des frères et en particulier des dignitaires au moment du procès : « Si on vous interroge en justice sur les usages, lois, statuts et entreprises secrètes de l'ordre, résistez à cette tyrannie en niant et en jurant de votre ignorance. »
Ultime précaution pour garder le secret : « Les statuts secrets ne seront traduits dans aucune langue vulgaire et ne seront jamais entre les mains des frères. » On se rappelle que Jacques de Molay était « illettré », c'est-à-dire qu'il ne savait pas le latin. Cet ultime article nous laisse donc supposer que la règle secrète ne fut jamais mise à sa disposition et qu'il dut lui obéir sans pouvoir la lire.
Autre hérésie consacrée par la règle secrète : l'article treize prescrit à celui qui reçoit un nouveau Templier de le délier de tous les commandements de l'Église « au nom de Dieu qui n'est pas engendré et qui n'engendre pas et au nom du Vrai Christ qui n'est pas mort et qui ne peut pas mourir ».
Les autres articles sont tout aussi scandaleux : l'ordre comprend deux sortes de frères, les ordinaires et les consolés. Cette distinction entre deux catégories de membres de la secte et cette expression de « consolés » font référence à l'hérésie cathare dans laquelle les Parfaits, les dirigeants de la secte, recevaient le consolamentum.
Autre rapprochement avec le catharisme : Jésus n'est pas homme et sa chair n'est rien. « La nouvelle Babylone, explique la règle secrète, sera anéantie par les pauvres serviteurs de Dieu. » Il est ensuite expliqué que « ceux qui adorent le bois de la croix sont dans l'erreur » : un article qui expliquerait le reniement et le crachement sur la croix.
Une explication supplémentaire du comportement pitoyable de Jacques de Molay se trouve dans l'article qui prescrit de « ne jamais choisir pour grand maître un consolé ». Ainsi, si l'on en croit ce texte, le grand maître ne devait jamais être un initié, mais au contraire un frère ordinaire, ignorant des secrets de l'ordre et, partant, obéissant à un supérieur secret.
Cette règle secrète est bien séduisante pour les amateurs de fantastique. Elle est malheureusement trop riche en incohérences de toutes sortes et rien ne permet de croire à son authenticité. Elle fait des Templiers des hérétiques tombés dans une hérésie proche du catharisme.
Un faux d'origine maçonnique ?
Selon toute vraisemblance, cette prétendue règle secrète est un faux fabriqué pour satisfaire le mythe du Temple qui s'est bâti peu à peu depuis le xixe siècle. Nous verrons plus loin comment la franc-maçonnerie explique son origine et quelle filiation elle revendique par rapport au Temple.
Mais dévoiler l'escroquerie de cette fausse règle ne résout pas notre problème. Il n'est pas exclu pour autant que les Templiers n'aient pas eu une règle secrète : mais, par cette appellation, faut-il entendre un texte écrit contenant une doctrine hérétique et des règles de vie contre nature ? ou plus simplement une série d'usages non codifiés dans la règle primitive et qui y dérogeaient ?
On a prétendu que Jacques de Molay avait pris toutes mesures nécessaires pour que les exemplaires de la règle fussent détruits. Que contenaient ces volumes pour que le grand maître - qui pourtant ne connaissait pas l'étendue de la menace qui pesait sur lui - ait jugé utile de les faire disparaître ? Qu'avaient-ils de si important pour qu'il préférât protéger ce secret plutôt que sa propre personne ?
Nous revenons inévitablement à l'hypothèse de l'ordre noir avec sa règle secrète, écrite ou non ; un ordre parallèle que sert Jacques de Molay, en tant que simple prête-nom obéissant à un grand maître secret. C'est l'existence de cet ordre secret qu'il aurait décidé de cacher et de protéger. Il aurait, dans ce cas, parfaitement réussi car jamais, au cours du procès, on ne le recherche.
La seconde cérémonie de réception
Ainsi, l'ordre aurait été à la fois saint et corrompu : ce caractère double se serait alors manifesté par une seconde réception, organisée un peu plus tard et réservée seulement à l'élite des chevaliers, ceux admis dans l'ordre parallèle, au cours de laquelle le crachement sur la croix et le reniement auraient été perpétrés.
Cette hypothèse est séduisante à plus d'un titre. Tout d'abord, elle réconcilie tout le monde, détracteurs et apologistes du Temple : Philippe le Bel cesse d'être un roi cupide et cruel pour redevenir un champion de la foi ; le pape n'est plus un pontife lâche qui s'est vendu au monarque français comme Judas aux Romains ; enfin les Templiers conservent leur qualité de victimes innocentes car, après tout, si tous ont été punis c'est par la faute de quelques brebis galeuses.
Malheureusement, cette allégation de la hiérarchie parallèle n'est rien d'autre qu'un compromis visant à répondre aux sympathies des uns et des autres en vue de donner des réponses claires à des questions obscures. Or la vérité n'accepte pas le compromis.
Existence d'un Temple noir, l'organisation d'une seconde réception pour certains frères ne sont aucunement démontrées. Aucun aveu, extorqué sous la torture ou librement consenti, ne fait mention de l'existence de cette seconde, secrète et hérétique cérémonie. Toutes les dépositions traitent de la première et unique réception.
Pourquoi les Templiers - qui ont tout de même fourni un grand nombre d'informations - auraient-ils complètement (et tous !) occulté celle-là ? Par ailleurs, qui était reçu une seconde fois et sommé de se livrer à ces outrages au Christ ? Tous les Templiers ou certains d'entre eux seulement ? La logique voudrait que seule une minorité ait été concernée. Mais alors pourquoi presque tous les frères ont-ils avoué le reniement ? Cette seconde réception, si séduisante soit-elle, n'est guère convaincante.
Le mystère reste entier car l'existence d'un ordre occulte ne se justifiait que s'il avait des secrets à préserver, une doctrine hérétique à professer en toute confidentialité. S'il poursuivait un but autre que celui qu'il affichait publiquement, si ses objectifs étaient inavouables et menés par des personnes qui devaient se cacher, il était judicieux qu'une hiérarchie parallèle et secrète existât - car pourquoi donc se cacher si ce que l'on fait est parfaitement légal et honnête ?
Mais alors, à quelle mystérieuse activité le Temple se livrait-il, hormis la défense des routes et des pèlerins, la guerre contre les infidèles et les activités bancaires et maritimes ?
Nogaret aurait sans doute répondu : commercer avec le diable ! Nous avons précédemment envisagé que l'ordre pouvait avoir eu connaissance de l'existence de ce continent que nous appelons l'Amérique. Mais cette seule connaissance justifiait-elle la création en son sein d'une hiérarchie secrète ?
Découvrir l'Amérique n'était
pas un crime; même si une telle connaissance pouvait avoir des conséquences
politiques considérables sur la vie du monde occidental, elle ne justifiait
guère une telle dissimulation. L’ordre aurait au moins dû en informer le pape,
son chef naturel - sauf si ses dirigeants préféraient conserver l'information
pour l'ordre seul et envisageaient d'y bâtir un empire, comme les Teutoniques
en Prusse et, plus tard, les Jésuites au Paraguay. Mais cela n'explique pas les
étranges mœurs religieuses imposées aux frères.
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Jésus, un agitateur politique ?
Nous avons aussi supposé que le Temple aurait pu être en contact avec certains secrets perdus dans les premiers siècles du christianisme, qu'il aurait redécouverts en Terre sainte et selon lesquels Jésus n'aurait été en réalité qu'un simple chef politique juif, descendant des rois d'Israël, dont l'ambition était de chasser les Romains et de reconquérir le trône de Palestine en se faisant passer pour ce Messie que les juifs attendaient.
Dans ce cas, le reniement s'expliquerait bien et ce sont les véritables dignitaires, détenteurs de la vérité (ou du moins de leur vérité), qui auraient imposé ce reniement aux nouveaux membres.
Cela expliquerait bien pourquoi les frères ne comprirent jamais la raison de ce reniement, et aussi pourquoi ils le prononçaient de bouche et non de cœur : ils obéissaient à une sorte de formalité « administrative » imposée par la hiérarchie parallèle.
Mais ce reniement forcé n'avait aucune influence sur leurs propres convictions et n'altérait nullement leur combativité face aux infidèles. Les vrais maîtres savaient, eux, ce que cela signifiait : c'était une manière discrète de montrer et de rappeler leur présence aux dignitaires officiels qui faisaient prononcer ce reniement - ce qui permettait aussi de compromettre tous les frères et de mieux les tenir sous leur domination.
Malgré ces explications, que nous devons toutefois formuler au conditionnel tant les preuves matérielles font défaut, certaines pratiques restent mystérieuses.
L’autorisation de se livrer à la sodomie ne semble guère justifiée peut-être était-elle un moyen d'asservir ces hommes en tentant de les plonger dans le vice contre nature. Or nous avons vu que ce résultat ne fut jamais atteint : ce péché fut nié avec la dernière vigueur par tous les frères. Même ceux qui l'avouèrent sous la torture se rétractèrent par la suite devant la commission ou les conciles provinciaux malgré leur crainte d'être sanctionnés comme relaps.
Nous sommes convaincu que les Templiers ne se livrèrent jamais à ces excès coupables. La seule explication logique est que les dignitaires secrets pouvaient vouloir, par cette autorisation, mieux isoler les frères. « L’histoire des conjurations montre que la participation à un crime a toujours été jugée un ressort puissant pour s'attacher des conjurés », constate Grouvelle. Tite-Live rapporte que dans les mystères de Bacchus, que le Sénat romain proscrivit pour empêcher les complots qui s'y tissaient, on se servait aussi des amours infâmes et de tous les débordements pour lier les complices (Philippe Grouvelle)
Dans la société médiévale où les homosexuels étaient punis de mort, cette autorisation pouvait être une provocation secrète dirigée contre l'Église et la société chrétienne. En poussant les défenseurs de la chrétienté à sombrer dans le pire vice que le monde pouvait connaître, la hiérarchie secrète coupait l'ordre du reste de l'humanité et manifestait sa différence vis-à-vis de la société de l'époque.
Quoi qu'il en soit, l'existence d'un ordre invisible et d'une hiérarchie parallèle téléguidant le Temple ne s'expliquerait que par la poursuite d'un dessein inavouable. Quel était alors le but de la société secrète qui avait pris le masque respectable de l'ordre du Temple ?
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Extraits retrouvés de la Règle secrète
attribuée au maître Roncelin
· Article Premier : Le peuple qui marchait dans l'obscurité a vu une grande lumière et ceux qui étaient dans l'ombre de la mort ont vu cette lumière.
· Article 2 : Sachez que rois, papes, évêques, abbés et maîtres ont désiré voir et entendre ce que vous entendez et voyez, mais ils ne l'ont vu, ni l'ont entendu et ne le connaîtront jamais.
· Article 3 : Le temps est venu où l'on n'adorera le Père, ni à Jérusalem, ni à Rome. L’esprit est Dieu et si vous êtes de Dieu, vous l'adorerez en esprit et en vérité.
· Article 5 : Sachez que Dieu ne fait point de différence entre les personnes, chrétiens, Sarrasins, juifs, Grecs, Romains, Francs ou Bulgares, parce que tout homme qui prie Dieu est sauvé.
· Article 9 : L’ignorance étant la source de beaucoup d'erreurs, nul ne sera admis parmi les Élus s'il ne connaît au moins le Trivium et le Quadrivium.
· Article 11 : Il est expressément recommandé de s'entourer des plus grandes précautions vis-à-vis des moines, prêtres et évêques, abbés et docteurs de la science parce qu'ils agissent en traîtres afin de rouler plus librement dans la boue de leurs crimes. Ils seront acceptés sans qu'il ne leur soit rien révélé des statuts et coutumes de l'Ordre.
· Article 13 : Le nouveau frère est absous et délié de tous les commandements de l'Église au nom de Dieu qui n'est pas engendré et qui n'engendre pas, au nom du vrai Christ qui n'est pas mort et qui ne peut mourir.
· Article 16 : Les statuts secrets ne seront traduits dans aucune langue vulgaire et ne seront jamais mis entre les mains des frères.
· Article 20 : Parce que le Fils de Marie et de Joseph a été saint, libre de tout péché et crucifié, nous le vénérons en Dieu ; mais le bois de la croix, nous le tenons pour le signe de la bête dont il est question dans l'Apocalypse.
· Article 21 : Il est rigoureusement interdit de choisir pour grand maître un Consolé.
· Article 29 : Si un frère s'oublie, soit par légèreté, soit par bavardage, et fait connaître la plus petite partie des statuts secrets ou de ce qui se dit dans les chapitres nocturnes, qu'il soit puni selon la grandeur de sa faute. Si on vous interroge en justice sur les usages, lois, statuts et entreprises secrètes de l'Ordre, résistez à cette tyrannie en niant et en jurant votre ignorance (1)
1. Mertzdorff, Statuts secrets du Temple, Hambourg, 1877; Gérard de Sède, Les Templiers sont parmi nous, Paris, 1962 ; Jean Markale, Gisors et lénigme des Templiers, Paris, 1986.