Ivan
IV est sacré tsar de Russie
Ivan IV a trois ans quand il devient grand-prince de
Moscou, à la mort de son père. A seize ans, le 16 janvier 1547, il troque son titre
contre celui de tsar.
«Tsar» est une déformation de César (qui se retrouve aussi dans
l'allemand Kaiser). C'est le mot par lequel les Russes désignaient auparavant
l'empereur byzantin et le khan tartare.
Des débuts
prometteurs
Ivan
IV, lointain descendant d'Alexandre Nevski et Riurik, est
sacré tsar de Russie par son précepteur, Macaire, le métropolite orthodoxe de Moscou.
Le nouveau souverain est un jeune homme érudit et plein de talents. Il se présente comme
l'égal de l'empereur allemand et l'héritier des empereurs byzantins, disparus un siècle plus tôt.
Dans le même temps, les moines orthodoxes russes proclament la vocation de Moscou à
devenir sur le plan religieux la «Troisième Rome», c'est à dire l'ultime
rempart de la vraie foi chrétienne après la trahison du pape et la chute du patriarcat
byzantin.
Ivan IV veut sortir son pays, la Russie, du désespoir où l'a laissée une longue
occupation par les Mongols. Il ambitionne de la hisser au
niveau de l'Occident, alors en pleine Renaissance.
Il soumet les grands seigneurs féodaux, les boyards, en s'appuyant sur les
représentants du peuple et de la petite noblesse. Il réunit ceux-ci dans une Assemblée
de la Terre, le «zemski sobor», analogue aux états généraux de la
France.
Ivan IV vainc après d'âpres combats les Tatars établis sur la Volga, autour de Kazan et
Astrakhan. A Moscou, il ajoute au Kremlin la fameuse cathédrale Saint-Basile pour
célébrer la prise de Kazan.
Les victoires sur les lointains héritiers des Mongols donnent au tsar accès à l'immense
Sibérie.
Sous la conduite d'un chef prestigieux, l'hetman Ermak, une troupe de Cosaques
s'en va combattre le khan de Sibérie pour le compte d'Ivan IV.
Leurs succès ouvrent la voie à la colonisation par les paysans russes, à l'heure même
où les Occidentaux entament la colonisation de l'Amérique.
Vers le cauchemar
Ivan IV connaît cependant un grave échec face au khan tatar de Crimée.
Celui-ci n'aura de cesse de le menacer jusque dans sa capitale, Moscou.
Le tsar échoue aussi dans ses efforts pour ouvrir la Russie sur l'Occident et la mer
Baltique.
Il n'arrive pas à établir des relations durables avec les commerçants anglais même
s'il propose rien moins que d'épouser la reine d'Angleterre, Elizabeth
1ère.
Il doit faire face à l'union des Polonais et des Lituaniens, ainsi qu'aux Suédois. C'est
à ce moment qu'il éprouve la trahison de plusieurs boyards dont son favori, le prince
Andréi Kourbski.
Pour faire face à la montée des périls, le vieux tsar s'attribue un pouvoir sans
limites sur les terres les plus riches de la vieille Russie. Elles prennent le nom d'opritchnina,
du mot russe «opritch» qui signifie à part.
Il en élimine les boyards. 12000 familles nobles sont ainsi chassées de l'opritchnina
et l'administration de leurs terres est confiée aux hommes de main du tsar, les opritchniki.
Mais ceux-ci commettront tant d'excès que le tsar devra plus tard les remplacer par une
noblesse à son service.
Pour tenir les paysans dans la soumission, Ivan IV commence de restreindre leur liberté
de circulation. C'est ainsi que la paysannerie russe entre peu à peu dans le servage
(elle en est à peine sortie avec la fin du régime communiste).
La fin du règne est placée sous le signe d'une horrible répression, ce qui vaut au tsar
le surnom de «Terrible» ou «Redoutable» (en russe, Grozny).
Les boyards sont exterminés par milliers. Les habitants de la prestigieuse cité de
Novgorod, au nord de Moscou, sont noyés pour s'être révoltés.
Ivan IV, qui s'est marié 8 fois comme son contemporain, le roi d'Angleterre Henri VIII,
pousse la folie meurtrière jusqu'à tuer son fils aîné à coups de bâton.
Plusieurs décennies de troubles et d'anarchie s'annoncent
avec la mort du tsar à 55 ans, le 18 mars 1584.
Ivan IV aura forgé l'Etat russe mais échoué dans sa tentative de le hisser à marches
forcées au niveau de l'Occident. D'autres que lui connaîtront semblable échec: Pierre
le Grand, Alexandre II et également... Staline.
Le cinéaste soviétique Serguei Eisenstein a mis en images «Ivan le Terrible»
en 1943, afin d'exalter le nationalisme russe dans la guerre contre l'envahisseur
allemand.