Naissance de
la guerre froide
Pendant un demi-siècle, le monde a vécu sous la
menace d'une guerre entre les États-Unis et l'URSS.
Cette «guerre froide» a été inaugurée le 5 mars 1946 par un discours de
Winston Churchill à Fulton, dans le Missouri.
Le vieux lion avait quitté le pouvoir le 26 juillet 1945, moins de trois mois
après la capitulation de l'Allemagne qu'il avait rendue possible.
En votant contre le parti conservateur de Winston Churchill, les électeurs britanniques
avaient montré leur désir de tourner la page. Ils avaient reporté leurs suffrages sur
le travailliste Clement Attlee, riche de ses promesses de nationalisations et de réformes
sociales.
Avant d'abandonner ses fonctions de Premier ministre, Winston Churchill avait pu mesurer
la duplicité de Joseph Staline, le dictateur de l'URSS,
son allié dans la guerre contre Hitler.
Il avait lui-même été berné par Staline en lui concédant avec légèreté la mainmise
sur la Pologne et la Yougoslavie.
Dès le 12 mai 1945, un mois après la mort du
président américain Franklin Roosevelt et quelques jours après la capitulation de
l'Allemagne, il écrit à son successeur, l'ancien vice-président Harry Truman: «un
rideau de fer est tombé sur le front russe».
Mais le monde baigne encore dans l'allégresse de la victoire et nul ne souhaite s'en
inquiéter. Les vainqueurs du nazisme jettent ensemble à San Francisco les bases de l'ONU
(Organisation des Nations Unies).
Très vite cependant, les dissensions entre Staline et ses anciens alliés éclatent au
grand jour.
L'URSS rejette l'assistance économique des États-Unis pour mieux contrôler la vie
politique dans tous les pays où ses troupes sont présentes, jusqu'au coeur de
l'Allemagne.
Harry Truman se remémore l'avertissement de Churchill. Dans son désir de réarmer
l'Occident contre la nouvelle menace venue de l'Est, il invite l'ex-Premier ministre
britannique à prononcer avec lui un discours au collège de Westminster, à Fulton.
Winston Churchill n'est que trop heureux d'accepter et s'y prépare conscienceusement,
malgré l'âge (72 ans) et la maladie.
Dans son discours, le retraité retrouve sa verve d'orateur. Il s'exclame: «De
Stettin sur la Baltique à Trieste sur l'Adriatique, un rideau de fer s'est abattu sur le
continent (...). Quelles que soient les conclusions que l'on tire de ces faits, ce n'est
certainement pas là l'Europe libérée pour laquelle nous avons combattu; et ce n'est pas
non plus celle qui porte en elle les ferments d'une paix durable».
Churchill invite «les peuples de langue anglaise à s'unir d'urgence pour ôter toute
tentation à l'ambition ou à l'aventure».
Le discours est mal accueilli par la presse et par l'opinion occidentales, lassées de la
guerre et ne comprenant pas que l'on dénonce l'allié soviétique après en avoir dit
tant de bien!
Mais Churchill est habitué à affronter le scepticisme de ses contemporains. N'a-t-il pas
discouru en vain pendant sept ans sur le danger nazi?
Il dénonce maintenant le danger soviétique... ce qui ne l'empêche pas de conserver avec
Staline des liens amicaux qui remontent au temps de la deuxième guerre mondiale.
L'opinion publique finira par lui donner raison en 1948, lorsque les communistes
tchécoslovaques rejetteront le plan Marshall et s'empareront du pouvoir par le «coup
de Prague».
Les voeux de Churchill seront comblés l'année suivante avec la création d'une
alliance militaire occidentale: l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN). L'Union soviétique ripostera en créant en 1955, peu
après la mort de Staline, le Pacte de Varsovie.
L'équilibre de la terreur écartera le risque de guerre nucléaire pendant 50 ans, mais
au prix de nombreux conflits locaux.
Le monde tremblera pendant la guerre de Corée, la répression de Budapest et le blocus de Berlin.
Mais en 1962, la reculade de Nikita Khrouchtchev face à John Fitzgerald Kennedy dans la crise des fusées ouvrira une première faille dans la
guerre froide
Le Pacte de Varsovie est aujourd'hui dissous et l'URSS a implosé en une quinzaine
d'États démunis, dont la Russie. La guerre froide est finie.