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Le 8 mai 1945, le
jour même de la victoire alliée sur le nazisme, de violentes émeutes éclatent à
Sétif, en Algérie. C'est un lointain prélude à la guerre d'indépendance.
Les manifestants sont des Algériens de confession musulmane dont beaucoup se sont battus
dans les troupes françaises qui ont libéré l'Italie du fascisme. Ils souhaitent avoir
leur part dans le retour de la paix et la victoire des forces démocratiques.
Origines du drame
Le 7 mars 1944, le gouvernement provisoire d'Alger a publié en signe d'ouverture une
ordonnance qui octroie la citoyenneté française à 70.000 musulmans (1% du corps
électoral).
Mécontents de ce geste qu'ils jugent très insuffisant, les indépendantistes
du PPA (Parti Populaire Algérien) de Messali Hadj et de l'UDMA de Ferhat Abbas projettent
un congrès clandestin qui proclamerait l'indépendance. Ils se proposent de profiter de
la liesse de la victoire pour brandir leur drapeau.
Une première manifestation du PPA réunit 20.000 personnes à Alger, dans la rue d'Isly.
Elle se solde par 11 morts, l'arrestation de Messali Hadj... et un afflux d'adhésions.
Le matin du 8 mai, jour de la capitulation de l'Allemagne nazie, une manifestation se
reproduit à Sétif aux cris de «Istiqlal [indépendance], libérez
Messali». Le maire socialiste de la ville est abattu et 27 Européens sont
assassinés dans d'atroces conditions.
D'origine spontanée, les manifestations s'étendent à des villes voisines du
Constantinois: Guelma, Batna, Biskra et Kherrata, faisant en quelques jours 300 morts dans
la population européenne.
Mais dès le 9 mai, le sous-préfet, André Achiary, prend la décision imprudente
de créer une milice avec les Européens et de l'associer à la répression menée par les
forces régulières.
Cette répression est d'une extrême brutalité. Officiellement, elle fait 1.500 morts
parmi les indigènes, en réalité de 8.000 à 10.000. L'aviation elle-même est requise
pour bombarder les zones insurgées.
Le drame passe inaperçu de l'opinion métropolitaine du fait de la censure et des
événements qui se déroulent le même jour à Berlin (capitulation
de l'Allemagne).
Les communistes qui participent au gouvernement provisoire du général de Gaulle prétendent dans leur quotidien que les émeutiers
musulmans seraient des sympathisants de Hitler et des nazis!
Le général de Gaulle, dont le gouvernement n'a donné aucune directive à ses
représentants sur place, consacre en tout et pour tout une ligne au drame dans ses
volumineuses «Mémoires de guerre» en trois tomes.
Les émeutes de Sétif consacrent la rupture définitive entre les musulmans et les colons
d'Algérie et annoncent la guerre d'indépendance.
Réformes trop tardives
Il faut attendre 1947 pour qu'un statut soit accordé à l'Algérie. Celle-ci devient «un
groupe de départements dotés de la personnalité civile, de l'automonie financière et
d'une organisation particulière».
Une Assemblée algérienne est instituée avec un double collège qui reproduit la
division de la société.
Le premier collège représente les 950.000 Français du pays et quelques 45.000
musulmans. Le second, de même poids politique, représente les 8,5 millions d'autres
musulmans, dont le taux de natalité très élevé conduit à penser qu'ils occuperont une
place de plus en plus grande dans leur pays.
Comme si ces distorsions ne suffisaient pas, le travail de l'Assemblée algérienne est
compromis dès le départ par les irrégularités innombrables du scrutin.
Le conflit futur est en germe dans ces inégalités scandaleuses et irrattrappables à
court terme.
Cédant aux injonctions des grands propriétaires pieds-noirs, il étouffe les velléités
de réforme constitutionnelle. Ce faisant, ils poussent les modérés musulmans vers les
mouvements indépendantistes.
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