Répression sanglante à Sétif

Les heures noires de la guerre d'Algérie:

De la conquête romaine à la conquête française

10 février 1943: Ferhat Abbas veut l'autonomie

8 mai 1945: massacres de Sétif

1er novembre 1954: insurrection du FLN

7 janvier 1957: bataille d'Alger et torture

13 mai 1958: vrai-faux coup d'État

17 octobre 1961: nuit tragique à Paris

19 mars 1962: le cessez-le-feu et ses séquelles
 

Le 8 mai 1945, le jour même de la victoire alliée sur le nazisme, de violentes émeutes éclatent à Sétif, en Algérie. C'est un lointain prélude à la guerre d'indépendance.

Les manifestants sont des Algériens de confession musulmane dont beaucoup se sont battus dans les troupes françaises qui ont libéré l'Italie du fascisme. Ils souhaitent avoir leur part dans le retour de la paix et la victoire des forces démocratiques.

Origines du drame

Le 7 mars 1944, le gouvernement provisoire d'Alger a publié en signe d'ouverture une ordonnance qui octroie la citoyenneté française à 70.000 musulmans (1% du corps électoral).

Mécontents de ce geste qu'ils jugent très insuffisant, les indépendantistes du PPA (Parti Populaire Algérien) de Messali Hadj et de l'UDMA de Ferhat Abbas projettent un congrès clandestin qui proclamerait l'indépendance. Ils se proposent de profiter de la liesse de la victoire pour brandir leur drapeau.

Une première manifestation du PPA réunit 20.000 personnes à Alger, dans la rue d'Isly. Elle se solde par 11 morts, l'arrestation de Messali Hadj... et un afflux d'adhésions.

Le matin du 8 mai, jour de la capitulation de l'Allemagne nazie, une manifestation se reproduit à Sétif aux cris de «Istiqlal [indépendance], libérez Messali». Le maire socialiste de la ville est abattu et 27 Européens sont assassinés dans d'atroces conditions.

D'origine spontanée, les manifestations s'étendent à des villes voisines du Constantinois: Guelma, Batna, Biskra et Kherrata, faisant en quelques jours 300 morts dans la population européenne.

Mais dès le 9 mai, le sous-préfet, André Achiary, prend la décision imprudente de créer une milice avec les Européens et de l'associer à la répression menée par les forces régulières.

Cette répression est d'une extrême brutalité. Officiellement, elle fait 1.500 morts parmi les indigènes, en réalité de 8.000 à 10.000. L'aviation elle-même est requise pour bombarder les zones insurgées.

Le drame passe inaperçu de l'opinion métropolitaine du fait de la censure et des événements qui se déroulent le même jour à Berlin (capitulation de l'Allemagne).

Les communistes qui participent au gouvernement provisoire du général de Gaulle prétendent dans leur quotidien que les émeutiers musulmans seraient des sympathisants de Hitler et des nazis!

Le général de Gaulle, dont le gouvernement n'a donné aucune directive à ses représentants sur place, consacre en tout et pour tout une ligne au drame dans ses volumineuses «Mémoires de guerre» en trois tomes.

Les émeutes de Sétif consacrent la rupture définitive entre les musulmans et les colons d'Algérie et annoncent la guerre d'indépendance.

Réformes trop tardives

Il faut attendre 1947 pour qu'un statut soit accordé à l'Algérie. Celle-ci devient «un groupe de départements dotés de la personnalité civile, de l'automonie financière et d'une organisation particulière».

Une Assemblée algérienne est instituée avec un double collège qui reproduit la division de la société.

Le premier collège représente les 950.000 Français du pays et quelques 45.000 musulmans. Le second, de même poids politique, représente les 8,5 millions d'autres musulmans, dont le taux de natalité très élevé conduit à penser qu'ils occuperont une place de plus en plus grande dans leur pays.

Comme si ces distorsions ne suffisaient pas, le travail de l'Assemblée algérienne est compromis dès le départ par les irrégularités innombrables du scrutin.

Le conflit futur est en germe dans ces inégalités scandaleuses et irrattrappables à court terme. 

Cédant aux injonctions des grands propriétaires pieds-noirs, il étouffe les velléités de réforme constitutionnelle. Ce faisant, ils poussent les modérés musulmans vers les mouvements indépendantistes.

 

Mise à jour le 23 février 2003