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Le 13 mai 1888, la loi Aurea (ou loi d'or) met fin à l'esclavage au
Brésil.
L'empire du Brésil est ainsi le dernier État occidental à rompre
avec cette pratique honteuse.
L'empereur Dom Pedro II étant en déplacement à l'étranger, c'est à sa fille, la
princesse Isabel (Isabelle), qui exerce la régence, qu'il revient de promulguer ladite
loi.
La loi Aurea est l'aboutissement d'un long processus qui commence un siècle plus
tôt en Angleterre avec le mouvement antiesclavagiste.
Sous la pression des Anglais, le Portugal s'engage en 1810 à mettre un terme à la
traite des esclaves mais sa promesse reste sans effet et le trafic clandestin se poursuit
par-dessus les deux rives de l'Atlantique sud, entre les colonies portugaises d'Afrique et
le Brésil.
Le Brésil est alors le principal marché de la traite atlantique. On estime que 700.000
esclaves débarquent à Rio de Janeiro rien qu'entre 1790 et 1830.
A la veille de son indépendance, le pays compte 4 millions d'habitants (170 millions
aujourd'hui), dont une moitié d'esclaves. C'est à peine autant d'habitants qu'au moment
de la conquête européenne, trois siècles plus tôt.
En 1822, le Brésil s'émancipe du Portugal. Il devient un empire
et porte à sa tête Dom Pedro 1er, lui-même issu de la famille de Bragance qui règne au
Portugal.
Quelques années plus tard, en 1830, l'empereur renouvelle la promesse d'abolir la traite
en vue de s'attirer les bonnes grâces de l'Angleterre.
Le 4 septembre 1850, le Parlement brésilien, qui siège à Rio de Janeiro, réitère
l'interdiction de la traite.
Dans le même temps, d'innombrables immigrants italiens commencent à affluer au Brésil.
Cette main-d'oeuvre libre et dynamique bouleverse les rapports sociaux.
Elle concurrence la main-d'oeuvre servile dont les conditions de vie deviennent de plus en
plus précaires.
Dans les années 1860, les idées abolitionnistes se répandent dans la bourgeoisie
libérale de Rio avec la création de deux associations militantes: la «Sociedade
Brasilera contra a Escradidao» et l'«Associaçao Central Emncipacionista».
En 1866,
l'empereur Dom Pedro II signe plusieurs lettres de libération d'esclaves.
A l'ambassadeur français qui lui demande d'en finir avec l'esclavage, il répond que ce
n'est plus qu'une question de forme et d'opportunité.
Mais les grands propriétaires fonciers, qui vivent grassement en exploitant (mal)
d'immenses étendues de terres (latifundia), ne sont pas prêts à libérer leurs
esclaves.
En 1871 vient la «loi du ventre libre» qui octroie la liberté d'office à tous
les enfants à naître.
En 1884 enfin, plusieurs provinces du Brésil déclarent leur intention de ne plus
importer d'esclaves, autrement dit d'appliquer les engagements internationaux déjà vieux
de plus de 70 ans!
Nouveau pas avec la loi du 28 septembre 1885 qui déclare libres les esclaves de plus de
60 ans. En 1887, l'Église catholique se déclare publiquement désireuse d'en finir
avec l'esclavage.
Quelques mois plus tard, la princesse Isabel profite de l'ouverture de la session du
Parlement pour soumettre au vote la loi Aurea, sans prévoir de compensation
financière pour les propriétaires d'esclaves.
En reconnaissance de son action contre l'esclavage, Isabel reçoit du pape Léon XIII une Rose
d´Or.
Mais l'année suivante, les grands propriétaires fonciers irrités par l'abolition de
l'esclavage se joignent à l'opposition républicaine.
L'empire est aboli. Dom Pedro II s'installe à Paris tandis que sa fille se retire au
château d'Eu, en Normandie, propriété de son mari, Gaston d´Orléans, comte d´Eu et
petit-fils du roi Louis-Philipe 1er.
L'ex-empereur mourra de la gangrène le 5 décembre 1891, à 66 ans, et son pays
d'accueil, la France, lui accordera de somptueuses funérailles.
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