1er juin 1941

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Les baladins, par Pablo Picasso (Espagne et France 1881-1973), National Gallery of Art (Washington)
Ce jour-là...

Les Britanniques entrent à Bagdad

Par Gabriel Vital-Durand 

  Quelques clés pour comprendre le drame de l'Irak actuel:

De la Mésopotamie à l'Irak

14 septembre 786: Haroun al-Rachid devient calife

10 février 1258 : les Mongols détruisent Bagdad

1er juin 1941: les Britanniques entrent à Bagdad

31 juillet 1968: le Baas au pouvoir

22 septembre 1980: Saddam Hussein attaque l'Iran

17 janvier 1991: opération "Tempête du désert"


Le 1er juin 1941, sous une chaleur torride, un corps expéditionnaire britannique entre à Bagdad, capitale de l'Irak, et en chasse le gouvernement de Rachid Ali, un putschiste en cheville avec les Allemands.

Sympathies turco-allemandes

Du XVIe siècle au début du XXe siècle, l'Irak avait fait partie des possessions ottomanes.

A la veille de la Grande Guerre, l'Allemagne de Guillaume II s'était imposée comme protectrice de la Sublime Porte en proie à une dissolution inquiétante, mise en relief par le mouvement de contestation des «Jeunes Turcs».

Le chemin de fer Berlin-Istamboul fut prolongé par Damas jusqu'en Mésopotamie pour rejoindre Bagdad… Le général allemand von Sanders prit une place éminente à l'état-major ottoman et introduisit des réformes radicales qui allaient régénérer la vieille armée turque.

Dès le 2 novembre 1914, l'empire russe ne put se retenir de déclarer la guerre à son vieil ennemi, l'empire ottoman.

La solidification du front occidental et les revers russes en Prusse orientale amenèrent alors les stratèges des amirautés française et britannique à envisager des opérations en Orient.

L'image d'une Turquie en décomposition qu'il suffirait de cueillir s'était installée dans les esprits, et l'expression de «ventre mou» fit son apparition. Un corps expéditionnaire britannique débarqua à l'embouchure du Chott el Arab et s'empara de Bagdad le 11 mars 1917.

Le 25 avril 1920, après la dissolution de l'empire ottoman, la Grande-Bretagne se vit confier un mandat de la Société des Nations (ancêtre de l'ONU) pour administrer la Mésopotamie où l'émir Fayçal ibn Hussein prit le titre de roi.

Ce prince hachémite, de la dynastie régnant à la Mecque, était le frère du roi Abdallah de Jordanie, intronisé à la même époque. A vrai dire, il ne témoignait pas d'un attachement inébranlable pour son pays constitué par accident : «Le peupIe irakien n'existe pas, car la population consiste en masses invraisemblables dénuées de sens patriotique, imbues de traditions religieuses et d'idées absurdes, sans aucun lien commun, prêtes à tous les mauvais coups, portées à l'anarchie et à toutes les rébellions…»

Ce qui donnait du prix à ce territoire était l'étendue de ses réserves d'hydrocarbures entre les mains de l'Iraq Petroleum Co. Les revenus pétroliers assurèrent une relative stabilité au nouveau régime devenu indépendant en 1932, non sans avoir offert des garanties au Royaume-Uni.

Coup d'État à Bagdad

A la mort de Fayçal en 1933, son fils Ghazi lui succéda. Celui-ci rêvait de réaliser le mythique royaume des Arabes. Il prit en 1936 la tête du mouvement panarabe. Le roi mourut accidentellement en 1939 et son fils de trois ans, Fayçal II, monta sur le trône, assisté par un régent, l'émir Abd al Ilah.

Au printemps 1941, tandis qu'en Europe, seule l'Angleterre résistait encore à Hitler, un corps expéditionnaire allemand débarquait à Tripoli et s'avançait bientôt vers l'Egypte.

Instruite par l'expérience de la guerre précédente, la Turquie eut la sagesse de rester neutre, faisant ainsi pièce aux velléités allemandes au Moyen-Orient.

Le gouvernement de Vichy, qui possédait un mandat sur la Syrie et le Liban, se trouva dès lors en première ligne pour faciliter l'accès de la Luftwaffe jusqu'à Bagdad. La Perse témoignait aussi sa sympathie envers l'Allemagne victorieuse… Le Croissant Fertile et ses richesses pétrolières allaient-ils tomber aux mains de l'Axe ?

A Bagdad, le gouvernement était dirigé par un nationaliste arabe, Rachid Ali el Gaylani. Celui-ci fomenta un coup d'État le 3 avril 1941 et écarta le régent pour installer un régime républicain. Le représentant allemand, Grobba, promit aussitôt tout l'appui nécessaire et obtint une démonstration aérienne.

Le gouvernement de Londres se vit trahi, attaqué sur trois fronts, et il fallut toute l'énergie de Churchill pour ne pas se laisser dépasser par les événements.

Le Premier ministre anglais, contre l'avis du général en chef au Moyen-Orient, Sir Wavell, qu'il jugeait trop timoré, insista pour une intervention immédiate susceptible de prévenir l'arrivée des renforts allemands qui ne pouvaient tarder.

Une troupe hétéroclite (Habforce) fut rassemblée en Palestine et dirigée vers la Mésopotamie dans des conditions physiques extrêmement dures. Une opération combinée fut lancée sur Bassora, le grand port pétrolier de l'Irak, le 18 avril, tandis que près de Bagdad, la base aérienne de Habbaniya, restée aux mains des Britanniques, résistait avec succès au siège des forces irakiennes.

Les conditions physiques étaient inimaginables, la température atteignait couramment 50 ° C. Selon les souvenirs d'un participant, «Les tentes étaient balayées à travers le désert, les toits de tôle arrachés des murs et jetés à 100 mètres de là... La sueur ruisselait sur les visages, le long du dos, de la poitrine et des jambes. Le sable projeté sur ces surfaces humides se transformait instantanément en boue».

Retour de fortune

Le coup de force britannique obligea l'armée irakienne à intervenir avant d'avoir reçu les renforts attendus d'Allemagne.

Il est vrai que les contraintes logistiques étaient très lourdes pour l'état-major d'Hitler qui avait par ailleurs d'autres soucis. A Téhéran, le gouvernement de Bandar Shah hésita à fournir du ravitaillement aux Irakiens par crainte de représailles britanniques. Le roi Fayçal d'Arabie témoigna lui aussi ses réserves au nouvel homme fort de Bagdad.

Ainsi la résistance que pouvait opposer Rachid Ali n'était-elle pas à la hauteur et les Britanniques purent-ils entrer à Bagdad sans coup férir le 1er juin 1941 pour réinstaller le régent.

L'Irak offrit dès lors une voie d'accès précieuse vers le Caucase qui allait bientôt se trouver sur la ligne de front. Soviétiques et Britanniques firent taire leurs dissentiments et purent lancer le 25 août 1941 une attaque contre la Perse pour s'assurer de ses réserves pétrolières.

Le roi Fayçal II devait assumer officiellement le pouvoir à sa majorité en 1953, mais le mouvement panarabe avait suscité des émules et le général Kassem fomenta un coup d'état en 1958, instaurant la République.

Le 9 février 1963, Kassem est exécuté suite à un nouveau coup d'État.

Déchiré par les rébellions autonomistes des Kurdes, au nord, et des shi'ites, au sud, objet de toutes les convoitises occidentales du fait de ses ressources pétrolières, l'Irak va de coup d'État en coup d'État jusqu'à la prise de pouvoir du général Ahmed Hassan al-Bakr, le 31 juillet 1968.