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Quelques clés pour comprendre le
drame de l'Irak actuel:
De la Mésopotamie
à l'Irak
14
septembre 786: Haroun
al-Rachid devient calife
10 février 1258 : les Mongols
détruisent Bagdad
1er juin 1941: les Britanniques entrent
à Bagdad
31
juillet 1968: le Baas
au pouvoir
22 septembre 1980: Saddam
Hussein attaque l'Iran
17 janvier 1991: opération
"Tempête du
désert"

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Le 1er juin 1941, sous une chaleur
torride, un corps expéditionnaire britannique entre à Bagdad,
capitale de l'Irak, et en chasse le gouvernement de Rachid Ali, un
putschiste en cheville avec les Allemands.
Sympathies
turco-allemandes
Du XVIe
siècle au début du XXe siècle, l'Irak avait fait
partie des possessions ottomanes.
A la veille de la Grande
Guerre, l'Allemagne de Guillaume II s'était imposée comme
protectrice de la Sublime Porte en proie à une dissolution
inquiétante, mise en relief par le mouvement de contestation des
«Jeunes Turcs».
Le chemin de
fer Berlin-Istamboul fut prolongé par Damas jusqu'en Mésopotamie
pour rejoindre Bagdad… Le général allemand von Sanders prit une
place éminente à l'état-major ottoman et introduisit des réformes
radicales qui allaient régénérer la vieille armée turque.
Dès le 2 novembre 1914, l'empire russe ne put se retenir de
déclarer la guerre à son vieil ennemi, l'empire ottoman.
La
solidification du front occidental et les revers russes en Prusse
orientale amenèrent alors les stratèges des amirautés française et
britannique à envisager des opérations en Orient.
L'image
d'une Turquie en décomposition qu'il suffirait de cueillir s'était
installée dans les esprits, et l'expression de
«ventre mou» fit son apparition. Un
corps expéditionnaire britannique débarqua à l'embouchure du Chott
el Arab et s'empara de Bagdad le 11 mars 1917.
Le 25 avril
1920, après la dissolution de l'empire ottoman, la Grande-Bretagne
se vit confier un mandat de la Société des Nations (ancêtre de
l'ONU) pour administrer la Mésopotamie où l'émir Fayçal ibn Hussein
prit le titre de roi.
Ce prince hachémite, de la dynastie
régnant à la Mecque, était le frère du roi Abdallah de Jordanie,
intronisé à la même époque. A vrai dire, il ne témoignait pas d'un
attachement inébranlable pour son pays constitué par accident :
«Le peupIe irakien n'existe pas, car la
population consiste en masses invraisemblables dénuées de sens
patriotique, imbues de traditions religieuses et d'idées absurdes,
sans aucun lien commun, prêtes à tous les mauvais coups, portées à
l'anarchie et à toutes les rébellions…»
Ce qui
donnait du prix à ce territoire était l'étendue de ses réserves
d'hydrocarbures entre les mains de l'Iraq Petroleum Co. Les revenus
pétroliers assurèrent une relative stabilité au nouveau régime
devenu indépendant en 1932, non sans avoir offert des garanties au
Royaume-Uni.
Coup d'État à Bagdad
A la mort de Fayçal en 1933, son fils Ghazi lui
succéda. Celui-ci rêvait de réaliser le mythique royaume des Arabes.
Il prit en 1936 la tête du mouvement panarabe. Le roi mourut
accidentellement en 1939 et son fils de trois ans, Fayçal II, monta
sur le trône, assisté par un régent, l'émir Abd al Ilah.
Au
printemps 1941, tandis qu'en Europe, seule l'Angleterre résistait
encore à Hitler, un corps expéditionnaire allemand débarquait à
Tripoli et s'avançait bientôt vers l'Egypte.
Instruite par
l'expérience de la guerre précédente, la Turquie eut la sagesse de
rester neutre, faisant ainsi pièce aux velléités allemandes au
Moyen-Orient.
Le gouvernement de Vichy, qui possédait un
mandat sur la Syrie et le Liban, se trouva dès lors en première
ligne pour faciliter l'accès de la Luftwaffe jusqu'à Bagdad. La
Perse témoignait aussi sa sympathie envers l'Allemagne victorieuse…
Le Croissant Fertile et ses richesses pétrolières allaient-ils
tomber aux mains de l'Axe ?
A Bagdad, le gouvernement était
dirigé par un nationaliste arabe, Rachid Ali el Gaylani. Celui-ci
fomenta un coup d'État le 3 avril 1941 et écarta le régent pour
installer un régime républicain. Le représentant allemand, Grobba,
promit aussitôt tout l'appui nécessaire et obtint une démonstration
aérienne.
Le gouvernement de Londres se vit trahi, attaqué
sur trois fronts, et il fallut toute l'énergie de Churchill pour ne
pas se laisser dépasser par les événements.
Le Premier
ministre anglais, contre l'avis du général en chef au Moyen-Orient,
Sir Wavell, qu'il jugeait trop timoré, insista pour une intervention
immédiate susceptible de prévenir l'arrivée des renforts allemands
qui ne pouvaient tarder.
Une troupe hétéroclite
(Habforce) fut rassemblée en Palestine et dirigée vers la
Mésopotamie dans des conditions physiques extrêmement dures. Une
opération combinée fut lancée sur Bassora, le grand port pétrolier
de l'Irak, le 18 avril, tandis que près de Bagdad, la base aérienne
de Habbaniya, restée aux mains des Britanniques, résistait avec
succès au siège des forces irakiennes.
Les conditions
physiques étaient inimaginables, la température atteignait
couramment 50 ° C. Selon les souvenirs d'un participant,
«Les tentes étaient balayées à travers le désert,
les toits de tôle arrachés des murs et jetés à 100 mètres de là...
La sueur ruisselait sur les visages, le long du dos, de la poitrine
et des jambes. Le sable projeté sur ces surfaces humides se
transformait instantanément en boue».
Retour de fortune
Le coup de force britannique obligea l'armée
irakienne à intervenir avant d'avoir reçu les renforts attendus
d'Allemagne.
Il est vrai que les contraintes logistiques
étaient très lourdes pour l'état-major d'Hitler qui avait par
ailleurs d'autres soucis. A Téhéran, le gouvernement de Bandar Shah
hésita à fournir du ravitaillement aux Irakiens par crainte de
représailles britanniques. Le roi Fayçal d'Arabie témoigna lui aussi
ses réserves au nouvel homme fort de Bagdad.
Ainsi la
résistance que pouvait opposer Rachid Ali n'était-elle pas à la
hauteur et les Britanniques purent-ils entrer à Bagdad sans coup
férir le 1er juin 1941 pour réinstaller le régent.
L'Irak
offrit dès lors une voie d'accès précieuse vers le Caucase qui
allait bientôt se trouver sur la ligne de front. Soviétiques et
Britanniques firent taire leurs dissentiments et purent lancer le 25
août 1941 une attaque contre la Perse pour s'assurer de ses réserves
pétrolières.
Le roi Fayçal II devait assumer officiellement
le pouvoir à sa majorité en 1953, mais le mouvement panarabe avait
suscité des émules et le général Kassem fomenta un coup d'état en
1958, instaurant la République.
Le 9 février 1963, Kassem
est exécuté suite à un nouveau coup d'État.
Déchiré par les
rébellions autonomistes des Kurdes, au nord, et des shi'ites, au
sud, objet de toutes les convoitises occidentales du fait de ses
ressources pétrolières, l'Irak va de coup d'État en coup d'État
jusqu'à la prise de pouvoir du général Ahmed Hassan al-Bakr, le 31
juillet 1968.
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