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Le 24 octobre 1940, le maréchal Pétain
rencontre Hitler dans la petite gare de Montoire-sur-le-Loir, à l'instigation du
vice-président Pierre Laval.
Celui-ci croit comme beaucoup de ses contemporains à la victoire définitive de
l'Allemagne et juge bon de s'en accommoder.
La veille, le Führer a rencontré le caudillo Franco à Hendaye mais il
n'a pu convaincre le dictateur de l'Espagne de s'allier à lui dans la guerre contre
l'Angleterre.
Hitler n'a guère plus de succès avec Pétain. Par une poignée de main très
médiatisée, le vieux maréchal inaugure officiellement la «collaboration»
entre la France vaincue et l'Allemagne triomphante, mais il refuse de signer la paix et
d'entrer en guerre contre l'Angleterre, qui est, à ce moment-là, le seul pays au monde
à combattre les nazis.
Une collaboration de plus en plus active
Le gouvernement du maréchal Pétain et de Pierre Laval s'est engagé dans la voie de la
collaboration après la signature de l'armistice, le 22
juin 1940.
Le 1er juillet, sur une suggestion de Laval, les ministres et les pouvoirs publics
s'installent dans la zone dite «libre» (non occupée par les troupes
allemandes), à Vichy où de nombreux hôtels sont à même de les héberger.
Le 3 juillet, l'attaque anglaise contre la flotte stationnée dans la rade de
Mers-el-Kébir, en Algérie, fait 1.300 morts parmi les marins français.
L'événement réveille la vieille rivalité franco-anglaise et le gouvernement est à
deux doigts de se retourner contre son ancien allié.
Le 10 juillet, dans le Casino de la ville d'eau, la Chambre élue en 1936 sous les
couleurs du Front Populaire vote les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. C'est la fin de
la IIIe République et le début de ce qu'on appelle le «régime de Vichy».
Beaucoup de sommités se retrouvent aux côtés du vainqueur de Verdun avec l'espoir de
régénérer le pays grâce à une «Révolution nationale».
Parmi eux des représentants de l'ancienne Action française d'extrême-droite comme
Joseph Darnand, fondateur de la Milice de sinistre réputation.
Mais aussi des leaders socialistes et dreyfusards, mûs par des idées pacifistes, comme
Pierre Laval, Abel Hermant, Alphonse de Châteaubriant, le philosophe Alain ou encore
Marcel Déat, agrégé de philosophie et ancien ministre socialiste.
Pacifiste extrême, Marcel Déat est l'auteur d'un célèbre article paru en août 1939
dans l'Oeuvre sous le titre: «Faut-il mourir pour Dantzig?» (en d'autres
termes, faut-il déclarer la guerre à Hitler sous prétexte de l'empêcher d'annexer
Dantzig?).
Tout en se tenant à l'écart du gouvernement de Pétain, les communistes s'accommodent du
nouveau régime. Jacques Duclos approche les Allemands pour obtenir le droit de publier à
nouveau le quotidien L'Humanité (interdite depuis qu'en 1939 Hitler et Staline
avaient signé un pacte dirigé contre les démocraties).
Le Maréchal fait l'objet d'un véritable culte de la personnalité. De grands
écrivains comme Paul Claudel ou François Mauriac chantent ses louanges.
Pétain, qui conserve une certaine lucidité malgré son grand âge (84 ans en 1940),
tente de jouer un «double jeu» en s'accommodant des occupants et en menant des
tractations secrètes avec les Anglo-Saxons.
Repoussant les demandes de plus en plus pressantes de Laval en faveur d'une collaboration
active avec l'Allemagne, il révoque son vice-président et le fait arrêter le 13
décembre 1940, à la satisfaction de la très grande majorité des Français.
L'amiral François Darlan devient le successeur de Laval à la vice-présidence du
Conseil... et l'héritier présomptif du Maréchal.
Sitôt nommé, il présente au chef de l'État un gouvernement essentiellement composé de
techniciens «apolitiques» recrutés dans les milieux bancaires. «Mais
c'est toute la banque Worms», lance, surpris, le Maréchal.
À la fin de l'année 1941, les événements s'accélérent. Hitler attaque son ancienne
alliée, l'URSS, tandis que les États-Unis et le Japon entrent à leur tour en guerre.
Les Allemands imposent le retour au pouvoir de Pierre Laval le 17 avril 1942, dans le but
de mettre l'administration française et le pays au service de l'occupant.
Le maréchal Pétain est désormais réduit à l'état de potiche. La collaboration entre
dans sa phase la plus active avec des chefs brutaux comme Jacques Doriot, ancien leader
communiste et maire de Saint-Denis.
La Résistance intérieure prend quant à elle de la consistance. Par ses sabotages et son
travail de renseignement, elle va se révéler d'une très grande utilité aux Alliés,
lors des débarquements de 1944 en Normandie et en Provence. |
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