Les cités de Sumer,
Babylone et Bagdad ont rayonné tour à tour sur le monde civilisé
pendant trois millénaires.
Dans un paysage aujourd'hui aride
et désolé flottent les fantômes d'Abraham,
Hammourabi, Nabuchodonosor, Alexandre le
Grand, Haroun
al-Rachid, Saladin et Tamerlan.
Quelques clés
pour comprendre l'Irak actuel:
De Sumer à
Babylone
23
septembre -605: avènement de Nabuchodonosor
10 octobre
680: Kerbela
et le chi'isme musulman
14 septembre 786: Haroun
al-Rachid devient calife
10 février 1258 : les Mongols
détruisent Bagdad
11 mars 1917: les Britanniques entrent
à Bagdad
1er juin 1941: les Britanniques de
retour à Bagdad
31 juillet 1968:
le Baas
au pouvoir
22 septembre 1980: Saddam
Hussein attaque l'Iran
17 janvier 1991: opération
"Tempête du
désert"

Quelle "vengeance"
pour les victimes du 11 septembre?
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«L'Histoire commence à Sumer
» selon la formule célèbre de l'historien américain Samuel Noah
Kramer, plus précisément dans l'antique Mésopotamie (en
grec, «le pays d'entre les fleuves»).
Grâce au
Tigre et à l'Euphrate qui lui ont valu le surnom de «Croissant
fertile», cette région du Moyen-Orient a pu donner naissance à
l'agriculture
vers 7.000 avant JC.
Vers 3.300 avant JC, au sud de l'Irak
actuel, dans la région dite de Sumer, apparaissent de nombreuses
cités avec une organisation sociale hiérarchisée, dominée par un
roi-prêtre.
Cette société pratique le culte de la déesse de
la fécondité. Elle est aussi à l'origine de la division sexagésimale
du temps et du cercle. C'est à elle que nous devons par exemple la
division de l'année en douze mois.
La première écriture de
l'histoire humaine apparaît à cette époque-là dans la cité d'Ourouk.
Il s'agit de signes en forme de clous (d'où le qualificatif de
cunéiforme donné à cette première écriture) gravés avec la
pointe d'un roseau sur des tablettes d'argile.
Outre de
nombreuses tablettes d'argile recouvertes de caractères cunéiformes,
nous avons conservé de cette époque de nombreux cylindres-sceaux.
Ourouk, peuplée à son apogée de plusieurs dizaines de
milliers d'habitants, a engendré la légende épique du roi-héros
Gilgamesh.
Relativement tardive, la nécropole d'Our, une
cité-État d'où serait originaire Abraham,
témoigne à sa manière de la grandeur de la civilisation sumérienne.
Avec environ 2.000 tombes dont beaucoup richement meublées et
décorées, elle est contemporaine des pyramides d'Égypte (2700 à 2500
avant JC)...
A la lumière de toutes ces avancées
civilisatrices, on conçoit que les auteurs de la Bible aient situé
le paradis terrestre en Mésopotamie, sur le site actuel de...
Bagdad (1).
Querelles de clocher à
Sumer
Pendant le IIIe millénaire
avant JC, les cités-États de Sumer ne cessent de se combattre entre
elles un peu comme les républiques urbaines de l'Italie de la
Renaissance.
Vers 2300 avant JC, les rivalités entre cités
sumériennes se concluent provisoirement par la domination de Sargon
1er, roi d'Agadé, une ville située plus au nord, dans le pays
d'Akkad.
Les nouveaux maîtres de la région, les Akkadiens,
semblent être des Sémites venus de la péninsule arabe. Ils tirent
leur supériorité militaire de la maîtrise de l'arc.
Le déclin
rapide de la dynastie akkadienne entraîne une renaissance de Sumer
et la montée en puissance de la cité d'Our.
L'une de ses
principales rivales est Lagash, dont le prince le plus célèbre est
Goudéa. Nous en avons gardé de nombreuses représentations en
calcite.
Les cités sumériennes de cette époque se dotent de
ziggourats, monumentales tours à étages destinées au culte,
en simples briques de terre cuite comme toutes les constructions de
la région.
L'histoire biblique de la tour de Babel est sans
doute inspirée par ces ziggourats, témoignage de l'orgueil
humain.
Avènement de Babylone
Vers 2000 avant JC, l'effondrement des cités
sumériennes et d'Our en particulier ouvre la voie à de petits
royaumes indépendants.
L'un d'eux, organisé autour de la
cité de Babylone, va connaître un destin exceptionnel.
La
ville se situe à une centaine de kilomètres au sud de l'actuelle
Bagdad. Sa région, la Chaldée ou la Babylonie, occupe l'ancien pays
d'Akkad.
Ses habitants parlent l'akkadien (ou le chaldéen).
Comme toutes les langues de la famille sémitique, elle se reconnaît
à la racine El ou Bal qui désigne la divinité.
On en suit la trace de l'Arabie (Allah) à Carthage
(Hannibal) en passant par la Phénicie, la Palestine et bien
sûr la Chaldée. Babylone, dans la langue sémitique de l'époque,
signifie «porte des dieux».
Babylone atteint son
apogée sous le long règne d'Hammourabi (1792-1750 avant JC). Il
achève la conquête des pays de Sumer et d'Akkad et détruit le
royaume de Mari, dans la Syrie actuelle.
Ce conquérant est
aussi un grand législateur. Il a laissé un code célèbre de 282
articles dont une copie sur une stèle de basalte est conservée au
musée du Louvre.
Avec cette jurisprudence, Hammourabi
manifeste le désir d'homogénéiser le droit dans son vaste empire.
Le souverain a soin de placer aussi toutes les divinités
locales sous l'autorité d'un dieu suprême, Mardouk, le dieu de
Babylone. On peut y voir l'ébauche du monothéisme!
Le premier
empire babylonien est ruiné vers 1595 avant JC par les Hittites, un
peuple de langue indo-européenne établi dans la Turquie actuelle,
sous la conduite du roi Mursili.
Intermède assyrien
Abattus, les Babyloniens passent
sous la coupe des Kassites, un peuple venu de l'Est cependant que
monte au nord de la Mésopotamie l'étoile de l'Assyrie.
Les
Assyriens ont même culture que les Babyloniens et comme eux, parlent
l'akkadien, une langue sémitique.
Mais ils se montrent plus
brutaux et plus rustres. Leur capitale, Ninive, sur les ruines de
laquelle est construite l'actuelle Mossoul, se signale par des
palais simplement colossaux.
Les Hittites ayant détruit le
royaume du Mitanni qui leur faisait de l'ombre, les Assyriens se
réveillent avec le roi Salmanasar 1er, vers 1274 avant
JC.
Ils soumettent peu à peu tout le Moyen-Orient à leur loi.
C'est ainsi que le roi Sargon II envahit le royaume d'Israël en 721
avant JC.
Son fils et successeur, Sennachérib, déporte les
Hébreux d'Israël entre le Tigre et l'Euphrate.
Sous le règne
d'Assourbanipal, qui débute en 668 avant JC, la domination
assyrienne s'étend jusqu'en Égypte!
Mais à peine vingt ans
après la mort de ce grand roi, survenue en 630 avant JC, l'empire
assyrien s'effondre, victime d'une coalition des Mèdes et des
Babyloniens.
Babylone va retrouver sa grandeur pour plusieurs
siècles.
(1)
L'histoire de l'art
(Mésopotamie), Larousse, 1997, page 104 [retour]
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