3 janvier 1383

La révolte fiscale des Maillotins

Ce jour-là...

Les grandes étapes de la guerre de Cent Ans:

7 octobre 1337: début des hostilités

26 août 1346: bataille de Crécy

3 août 1347: capitulation de Calais

19 septembre 1356: bataille de Poitiers

22 février 1358: la révolution manquée d'Étienne Marcel

21 mai 1358: les paysans se révoltent contre la noblesse

16 mai 1364: Du Guesclin bat le Mauvais à Cocherel

3 janvier 1383: la révolte fiscale des Maillotins

23 novembre 1407: meurtre de Louis d'Orléans à Paris

25 octobre 1415: bataille d'Azincourt

10 septembre 1419: meurtre de Jean sans Peur à Montereau

21 mai 1420: traité de Troyes

25 février 1429: Jeanne d'Arc rencontre le Dauphin à Chinon

8 mai 1429: prise d'Orléans par Jeanne d'Arc

30 mai 1431: Jeanne d'Arc brûlée vive à Rouen

17 juillet 1453: bataille de Castillon et fin de la guerre de Cent Ans
 

Le roi Charles VI de Valois n'a pas tout à fait 12 ans quand il succède à son père, Charles V le Sage, le 16 septembre 1380. Il est sacré à Reims selon l'antique coutume le 4 novembre 1380.

Les habitants de la ville saluent le sacre par les cris de «Vive le roi de France ! Montjoie Saint Denis!» C'est qu'ils viennent d'apprendre, à leur grande satisfaction, qu'est confirmée la suppression des fouages décidée sous le règne précédent (les fouages sont un impôt extraordinaire perçu sur chaque feu ou foyer).

Embellie au royaume de France


À l'avènement de Charles VI, le royaume se remet d'un long conflit avec les Anglais et de troubles civils très graves: captivité de l'ancien roi Jean II le Bon, dissidence du prévôt des marchands parisiens Étienne Marcel, pillages des «Grandes Compagnies» de routiers qui, n'ayant plus à combattre l'Anglais, se sont jetés sur les malheureux paysans.

Mais la France a retrouvé la paix grâce à Charles V le Sage et à son connétable, le breton Bertrand Du Guesclin. Elle a été débarrassée des Anglais, qui ne tiennent plus que cinq ports: Calais, Cherbourg, Brest, Bordeaux et Bayonne, et des Grandes Compagnies, épuisées par la guerre en Espagne. C'est en France le début d'une longue embellie.

Le manuscrit des Très riches Heures du duc de Berry illustre l'art de cette époque. Ce chef-d'oeuvre a été conçu pour Jean de Berry, l'un des oncles du roi Charles VI. Il fait aujourd'hui la fierté du musée Condé, à Chantilly.

Le mois d'avril (Les Très riches heures du duc de Bery), Chantilly, Musée Condé © Giraudon

Reprise des troubles

Pendant la minorité de Charles VI, ce sont ses puissants oncles, Louis d'Anjou, Jean de Berry, Louis de Bourbon et Philippe de Bourgogne, qui assurent la régence.

Ils profitent de leur situation pour dilapider les ressources du royaume et instaurer de nouveaux impôts pour leur profit personnel.

Mécontents, les contribuables parisiens s'arment de maillets de plomb (d'où leur surnom de «Maillotins») et descendent dans la rue. Cette révolte fiscale prend fin le 3 janvier 1383 et débouche sur la loi martiale. La prévôté des marchands, l'équivalent de la mairie de Paris, est supprimée.

Charles VI reprend pour un temps les affaires du royaume en main. En 1388, il chasse ses oncles prévaricateurs et rappelle les sages conseillers de son père, que les princes surnomment avec mépris les «Marmousets». Le roi est alors appelé par ses sujets Charles VI le Bien-Aimé. 

Mais le 5 août 1392 survient un drame. Le roi (24 ans) entreprend une expédition contre le duc de Bretagne Jean IV, allié aux Anglais. Il traverse la forêt du Mans à la tête de ses troupes.

Un illuminé saisit la bride de son cheval et lui crie: «Arrête, noble roi, tu es trahi!» Peu après, la lance d'un soldat heurte un bouclier. Au bruit, le roi qui s'était assoupi sous l'effet de la chaleur, tire son épée et frappe ses compagnons. Six chevaliers sont tués avant qu'on ait pu le maîtriser!

Désormais les crises de folie ne vont plus quitter le jeune souverain. Ses puissants oncles en profitent pour revenir en force au pouvoir, pour le plus grand malheur du royaume.

Les accès de folie du malheureux roi vont donner libre cours à la rapacité des grands seigneurs et encourager les Anglais à reprendre les hostilités. La guerre reprendra pour de nombreuses décennies et l'on en parlera comme de la Guerre de Cent Ans.

Effervescence sociale


La révolte des Maillotins n'est pas un phénomène isolé en Europe. La brutale diminution de la population, après la Grande Peste de 1347, réduit la main-d'oeuvre disponible dans les champs et encourage les paysans et les ouvriers à faire valoir leurs revendications.

Dans le même temps, les très grosses dépenses dues à la guerre franco-anglaise poussent les nobles et les souverains à créer de nouvelles taxes.

Il s'ensuit de nombreuses révoltes sociales qui annoncent la fin du Moyen Âge.

En Angleterre, au même moment, les paysans se révoltent sous l'égide de Wat Tyler et menacent la monarchie. En Hongrie, sous le règne du roi Sigismond, les paysans se révoltent contre les grands féodaux. Battus, ils retournent au servage... et se vengent en refusant leur concours aux seigneurs lorsque la Hongrie est envahie par les Turcs.

 

Mise à jour le 24 février 2003