Tabligh
Mouvement piétiste fondé en 1927 dans le nord de l'Inde, le Tabligh n'a rien d'une succursale d'AlQaeda mais tient plutôt, selon les spécialistes, de la secte. L'initiation sous forme d'un stage provoque un repli à l'écart de la société. Le Tabligh, qui contrôle plus d'une centaine de lieux de culte en France, enseignait par exemple cette prescription avant que survienne le 11 septembre 2001 : « Le bon musulman doit parler peu pendant sa restauration, car s'il se tait il fait comme les juifs, et s'il parle trop il agit comme les Français. Il est important de se démarquer de ces deux communautés. »
Le groupe Tabligh (29 juin 2006, par L Rabah)
Le tabligh est un mouvement de da’wa ( appel, prosélytisme) et de réforme créé en Inde vers 1900 par cheikh Mohamed Ilyas Al-Kandahlaoui. Né en 1880 d’une famille d’intellectuels dans un village nommé Kandahla en Inde, cheikh Mohamed Ilyas apprit le Coran à l’âge de 10 ans puis les Hadiths et le Figh. Il s’est distingué dès son jeune âge par son attachement à Allah et à la pratique de l’ascétisme (Zuhd).
Il y avait dans la famille un institut de formation islamique. Cheikh Mohamed ILYAS s’est aperçu que l’école n’a que peu d’effets sur la société du fait qu’elle ne forme que les jeunes alors que ce sont les adultes qui ont besoin d’éducation. Il voulait trouver une méthode semblable à celle du Prophète (psl) pour changer la société. Il parvient à cette idée de Tabligh qui consiste à transmettre aux adultes l’appel de l’Islam.
Ainsi a été fondé le groupe du Tabligh ayant pour but d’enseigner les vertus de l’Islam en exigeant de chacun de ses membres de sacrifier une partie de son temps pour faire la da’wa loin des structures partisanes et des préoccupations politiques.
Principes, activités et objectifs du mouvement
Le fondateur a décidé d’asseoir son mouvement sur six principes :
1. La profession de foi
Il n’y a de Dieu qu’Allah ; Mohamed est le Messager d’Allah. Cela signifie que nul n’est digne d’adoration en dehors d’Allah. Ce qui implique que la certitude et la confiance doivent être placées uniquement en Allah à l’exclusion des choses et des créatures. Nous devons avoir la certitude que Mohamed est son Messager qui a transmis Sa Parole et tracé, balisé Son sentier et dont l’obéissance est une condition de la foi et de l’obéissance à Allah.
2. La prière
3. La science et l’évocation d’Allah (dhikr)
le but de la science est de parvenir à adorer Allah en toute situation et en connaissance de cause. La science comporte deux éléments : les vertus pour motiver et les questions du fiqh ou questions juridiques pour pratiquer. Le but du dhikr est de parvenir à la quiétude de l’âme en y faisant pénétrer la grandeur d’Allah. Le dhikr minimum recommandé est de réciter cent fois la formule ; “Sobhan Allah, Wal-hamdou lillah, wa la ilaha illa Allah, wa Allahou akbar, wa la hawla wa la qowata illa billah” cent fois la prière sur le prophète, cent demandes de pardon et un hizb de Coran1, matin et soir.
4. Le respect des musulmans
il faut aimer et honorer les musulmans à cause du fait qu’ils disent : “la ilaha illa Allah”.
5. La sincérité
les actions doivent être vouées exclusivement à Allah pour qu’elles soient acceptées.
6. Appeler à Allah et sortir pour la cause d’Allah.
Les sorties permettent de faire revivre l’effort du prophète (psl), de propager la religion, outre le fait qu’elles contribuent à l’éducation du membre.
1.1 - La sortie est la cheville ouvrière du mouvement Tabligh.
La sortie consiste à quitter sa résidence habituelle pour se rendre dans un lieu déterminé, une agglomération en vue de prêcher l’Islam et d’appeler à la voie d’Allah conformément à un programme préétabli. Un groupe de volontaires se dévoue pour faire la sortie dans la voie d’Allah. Ils prennent leurs bagages, généralement quelques habits simples, des provisions et le nécessaire pour le couchage ou une simple couverture, et ils se dirigent vers une ville ou un village pour faire la da’wa. Arrivés au lieu de destination, ils se répartissent les tâches. Certains s’occupent de l’entretien du lieu de séjour, du repas, d’autres font la tournée au quartier pour inviter les gens à assister au sermon ou communiqué (al-bayane).
Après l’écoute du sermon, on répartit l’auditoire en groupes ; chaque prédicateur s’occupe d’un groupe pour apprendre à ses membres les ablutions, la fatiha (chapitre fondamental du Coran), la prière, répondre éventuellement à leurs questions. Parfois, ce travail peut durer plusieurs jours puis avant la fin de leur séjour sur ce lieu, ils recrutent d’autres volontaires pour les accompagner, un jour, trois jours, une semaine ou un mois, dans d’autres sorties.
En principe, ils refusent les invitations aux repas afin que leur action soit vouée exclusivement à Allah et que rien ne les préoccupe en dehors du dhikr et de la da’wa.
Ils ne s’occupent pas de la politique, s’interdisent de s’en mêler et critiquent ceux qui font de la politique. Ils ne s’occupent pas non plus de l’interdiction du blâmable, estimant que cela constitue une entrave à la bonne marche de la da’wa. Ils considèrent que dans une première étape, il faut créer un cadre de vie islamique, en donnant la priorité à la foi et à la vertu, évitant tout ce qui peut repousser ou éloigner les gens de ‘‘notre appel’’. Ils pensent que le mal disparaîtra de lui-même s’ils parviennent à réformer les individus un à un.
1.2 - Le mouvement utilise en guise de principe sacré, le chiffre quatre comme procédé de repérage dans l’organisation de ses activités.
Il ramène à quatre actions l’effort du Prophète (p), à savoir : le prêche, la science, l’adoration, le travail. Or, les sorties pour la cause d’Allah, les activités dans la mosquée et la maison doivent couvrir ces quatre actions. « Si on sort de ces quatre actions, on sort de la Sunna du Prophète (p) et on se retrouve dans ce qu’il ne fallait pas faire ». Ces quatre actions doivent occuper tout le temps des membres du Tabligh. Ensuite chacune des quatre actions comporte quatre parties :
1 - Le prêche se divise en quatre parties
a) collectif : c’est-à-dire les discours dans la mosquée
b) individuel : chacun saisit individuellement toute occasion de prêcher
c) public : il s’agit de la tournée publique (Jawla) effectuée après la prière du Asr
d) privé : contacts et visites privés effectués par les membres du Tabligh.
2 - L’apprentissage collectif se divise en quatre.
Le Coran, les hadiths, les qualités des compagnons et les principes de la sortie. L’apprentissage individuel n’est pas limité quoiqu’on le situe dans le cadre des sciences de la religion.
3 - Les adorations se divisent en quatre : la prière, le Coran, l’évocation (dhikr) et l’invocation (dou’a).
4 - La prière se divise en quatre : les prières obligatoires, les prières de rattrapage, les sunna et les nafila.
5 - Le travail se divise en quatre
le service du groupe qui consiste en la cuisine quotidienne, et qui peut comporter d’autres tâches dans les centres ou les réunions ; le service de l’Emir qui consiste à lui obéir ; le service de la mosquée qui consiste à la garder propre et rangée ; le service de soi-même qui implique l’entretien de son corps et de ses habits. a ) Quatre choses à diminuer pour profiter au maximum des quatre actions : la nourriture, le sommeil, la discussion sur ce bas monde, la sortie de la mosquée sauf pour la nécessité. b) Quatre choses à éviter : le gaspillage, la convoitise des choses des autres, la demande des choses des autres, l’utilisation sans permission ou improprement des choses des autres. c) Quatre choses à délaisser : les maladies de la société, la politique, les divergences, la dispute. Ces questions ne doivent pas être abordées ni dans le discours ni dans les discussions durant la sortie, et ce conformément au Hadith : « il est des qualités du bon musulman d’abandonner ce qui ne le regarde pas ». d) Quatre choses à observer : l’obéissance à l’Emir, le respect des mosquées, la patience et l’endurance, la prière de nuit.
1.3 - Organisation du mouvement
Le mouvement obéit à une organisation pyramidale mondiale comprenant la planète ou le monde, les continents ou sous-continents, les pays, les régions, les villes ou zones, les mosquées. Au sommet, on trouve l’Emir du monde qui a son siège en Inde. Il s’agit d’une personnalité de la famille du fondateur, désigné à vie par le conseil de la Choura, sur cooptation de l’ancien Emir. A l’étage immédiatement inférieur, on trouve les groupes continentaux ou sous continentaux formés sur la base de critères à la fois culturels et géographiques. Par exemple, l’Europe occidentale forme une unité culturelle avec le Maghreb, alors que la Turquie n’est pas rattachée à cet ensemble.
Ensuite, les Emirs au niveau de chaque pays, chaque région et chaque ville désignés par des assemblées dirigeantes rotatives : cinq personnes environ désignent un Emir tournant. L’Emirat fonctionne sur la base de l’alternance. Ces assemblées exercent au sein des centres nationaux, régionaux et locaux appelés Markaz où des réunions publiques se tiennent chaque année.
1.4 - Évaluation des acquis et des insuffisances
1.4.1 - Mérites
1 - En matière d’éducation, le mouvement a engrangé des résultats positifs. Le Tabligh a été une école de formation qui a appris à des multitudes de jeunes musulmans non seulement la piété, la vertu et la morale islamique mais aussi et surtout l’esprit de dévouement et de sacrifice pour la cause d’Allah.
2 - Le mouvement Tabligh a opéré la délivrance d’une multitude de drogués et d’alcooliques. Allah les a sauvés grâce à l’appel du groupe Tabligh et ils sont devenus de bons musulmans et de bons chefs de famille.
3 - Le Tabligh a eu un impact positif en Occident. Il existe d’innombrables conversions en Europe et aux Etats-Unis occasionnées par l’appel du Tabligh. Il est un contrepoids nécessaire aux activités missionnaires gigantesques, même s’il n’a ni l’ampleur ni la puissance de celles-ci.
1.4.2 - Critiques
1. On reproche au mouvement d’évoluer en quantité et non en qualité.
2. D’appliquer une partie de l’islam et d’abandonner l’autre partie, ce qui est contraire à l’unité de l’islam et à son intégrité.
3. De fuir leur responsabilité et de s’écarter de la Sunna en esquivant les affaires politiques.
4. On lui reproche ses affinités avec les confréries soufies en ce sens qu’ils exagèrent l’amour et la vénération des Cheikhs.
En tout état de cause, le mouvement est conscient de certaines défaillances ; il tente de se corriger sur un certain nombre de points, comme il l’a fait depuis sa création. A propos de son caractère apolitique, il convient d’observer qu’on peut admettre une telle attitude en tant que spécialisation dans le cadre d’une répartition des tâches, autrement dit une division de travail entre les différents mouvements islamiques. Etant donné qu’un seul mouvement ne peut pas répondre à tous les impératifs de l’Islam. D’autre part, ce comportement peut participer d’une stratégie conforme à la volonté de Dieu, dans la mesure où, si le mouvement faisait de la politique, il n’aurait pas pu réaliser une telle avancée sur le terrain de la da’wa.
Il ne faut pas oublier que l’action politique ne se limite pas à la contestation ou à l’exercice du pouvoir, il y a mille et une façon de faire de la politique.
L’appel à l’islam est en soi une action politique.
Le fait de soustraire des gens à l’emprise de l’alcool et de la drogue, de les sauver de l’égarement, de les arracher à une société de consommation au profit d’une société austère, équilibrée, est le comble de la politique.
Quoi qu’on dise, le Tabligh est une bonne école de formation tant pratique que théorique pour les musulmans. C’est pourquoi les jeunes musulmans gagneraient beaucoup à y effectuer un stage de quelques sorties au moins une fois dans la vie. Sauf qu’ils ne doivent pas tenir compte des enseignements du mouvement concernant la non-interdiction du blâmable. Il s’agit d’une obligation d’origine coranique à laquelle on ne peut faillir.
ENQUÊTE. (Julien Dumond, Le Parisien , lundi 31 décembre 2001, p. 13)
Ces islamistes qui ont fait basculer le taliban français : Moussaoui, Beghal, Reid, Loiseau ont pour point commun d'être passés par le mouvement tabligh. Implantés notamment boulevard de Belleville, à Paris, ces missionnaires sont spécialisés dans l'embrigadement de nombreux jeunes en mal d'intégration.
POUR le père d'Hervé Djamel Loiseau, ce Français de 28 ans découvert mort de froid dans les montagnes proches de Tora Bora en Afghanistan, « ce sont les intégristes de Belleville qui ont lavé le cerveau de (son) fils ». « Loiseau a en effet basculé dans l'intégrisme en fréquentant assidûment la mosquée Abu Bakr du 39, boulevard de Belleville », confirme un policier parisien. L'endroit, où la police est descendue après l'annonce de la mort du taliban français qui avait été arrêté en 1998 et condamné par défaut en 2000 pour « association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste », est tenu par le mouvement tabligh (prononcer tablir) .
Interlocuteurs officiels du gouvernement dans le cadre de la consultation des musulmans de France, les tablighis n'incitent ni à la politique ni à la violence. Les policiers leur reconnaissent même une qualité, celle de combattre la délinquance dans certaines banlieues dites sensibles. Mais c'est au prix d'un prosélytisme hors du commun. « Ceux qui passent pour non-violents au début sont parfois les plus dangereux », résume Antoine Sfeir, directeur de la rédaction des « Cahiers de l'Orient » (lire ci-dessous) .
«
C'est
une
secte
!
»
Vêtus
de
longues
djellabas
blanches,
la
barbe
longue,
les
tablighis
arpentent
ainsi,
lors
de
leurs
«
sorties
»,
les
trottoirs
du
boulevard
de
Belleville
à
la
recherche
de
jeunes
un
peu
perdus
comme
l'était
Loiseau
à
l'époque
où
il
a
commencé
à
fréquenter
les
lieux.
«
C'est
une
secte
»,
lâche
un
musulman
du
quartier.
«
Ils
exercent
la
terreur
intellectuelle
»,
prévient
Abderrahmane
Dahmane,
président
du
cercle
des
démocrates
musulmans.
D'autres voient dans ce mouvement, créé en 1927 en Inde et implanté en France depuis 1982 à travers l'association Foi et pratique, un sas d'embrigadement vers un islam bien plus violent et radical.
Selon nos informations, Richard Reid, l'homme à la chaussure piégée du vol Paris-Miami, Zacarias Moussaoui, inculpé aux Etats-Unis, et Djamel Beghal, soupçonné d'être le cerveau du commando préparant un attentat sur l'ambassade américaine à Paris, ont eux aussi longtemps côtoyé le mouvement tabligh, implanté dans une centaine de pays. Et en Essonne par exemple, ces « missionnaires » seraient à l'origine de l'embrigadement d'environ 400 jeunes par an.
Le vendredi, les fidèles sont jusqu'à 300 dans les trois étages de la mosquée du boulevard de Belleville. « L'essentiel de leurs prières tourne autour des versets de Médine, les plus guerriers du Coran », raconte un expert de l'islam qui a pu s'introduire dans l'édifice et assister à plusieurs reprises aux prières. « Le discours est très radical : les imams tentent de victimiser au maximum leurs frères attaqués partout dans le monde. » Comme les fondamentalistes, ils insistent sur le choc avec l'Occident et sont contre l'intégration.
« Peut-on rester indifférent à ce qui se passe au Pakistan ou au Kosovo ? Peut-on rester indifférent à la mort d'enfants de 2 ou 3 ans en Palestine ? » martèle pour se défendre l'imam Mohammed Sherrif. Il est en poste depuis près de dix-huit ans mais dit ne pas connaître Hervé Djamel Loiseau. « Je ne suis pas responsable de chacune des personnes qui viennent ici », lâche l'homme au regard noir. « A force d'entendre qu'ils sont maltraités, certains veulent aller plus loin que le simple discours religieux », explique Antoine Sfeir. « Ils ont besoin d'action comme devant un jeu vidéo, confirme un tabligh sous couvert d'anonymat. Il y a parfois, c'est vrai, des prêches tendancieuses de gens qui savent très bien qui est réceptif à leur discours. » Des tablighis pakistanais viennent même souvent de Dewsbury (banlieue sud de Londres), où ils ont leur centre européen. Pour recruter ?
Hervé
Djamel
Loiseau,
lui,
a
en
tout
cas
passé
plusieurs
mois
là-bas
avant
de
s'envoler
pour
Lahore,
au
Pakistan,
où
le
mouvement
a
un
autre
centre
de
recrutement.
Définitivement
acquis
à
la
cause
de
l'islam
radical,
les
jeunes
sont
ensuite
pris
en
main
par
des
groupes
plus
violents
comme
les
salafites
et
conduits
vers
des
camps
militaires.