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L'HISTOIRE DU TEMPLE |
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"Jérusalem est la cité des cités,
la sainte parmi les saintes, la reine des peuples, la princesse des
provinces. Elle est située au centre du monde, au milieu de la terre, afin
que tous les hommes puissent se diriger vers elle." disait Jacques de
Vitry, évêque de Ptolemaïs au XIIIe siècle. Ce fut l'un des
plus éloquents historiens de la Croisade.
Un poète de la même
époque ajoutera dans un élan de fervente inspiration : "Elle doit
attirer les fidèles comme l'aimant attire le fer, comme la brebis attire
l'agneau par le lait de ses mamelles, comme la mer attire les fleuves
auxquels elle a donné naissance."

Jérusalem, d'après Auguste de Forbin, 1825, musée du Louvre.
Sous l'influence de telles convictions, on
comprend le puissant intérêt des chrétiens pour la Ville Sainte. Depuis la
conversion de Constantin 1er, Jérusalem avait eu à subir de
nombreuses profanations de la part des infidèles, et les Occidentaux
rencontraient de plus en plus d'obstacles pour visiter les Lieux Saints.
Le 7ème siècle vit la conquête de la Palestine par les
Arabes ou Sarrasins. Ce fut l'épreuve la plus pénible pour la chrétienté.
Les pèlerins à leur retour de Terre Sainte, relataient les vexations et
les sacrilèges dont ils avaient été témoins ou victimes. La population de
la Judée chrétienne était réduite à la servitude, frappée d'un lourd
tribu, bannie de ses temples transformés en mosquées et enfin obligée de
cacher et de faire disparaître les emblèmes extérieurs de son culte. Le
pape Sergius IV avait adressé une lettre au clergé et aux princes pour les
engager à secourir leurs frères d'Orient, et quelques années auparavant,
en 1002, Silvestre II s'était écrié : " Soldats du Christ, levez-vous !
Il faut combattre pour lui. " On voyait déjà poindre là, la première
idée des Croisades. Une expédition, composée de Pisans, de Génois et de
sujets d'un roi d'Arles, pris la mer et alla débarquer sur les côtes
Syriennes. Elle y causa quelques dommages, mais sans véritablement
s'avancer dans ce pays.
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Cette mini expédition, eut pour effet de
faire cesser les persécutions infligées aux pèlerins ainsi qu'aux
chrétiens d'Orient. |
Le Saint-Sépulcre |
De telles paroles ne pouvaient qu'allumer
dans le cœur des chrétiens que la foi et l'espérance, et près de 50 000
chrétiens firent vœu de suivre le successeur de Saint Pierre. Les luttes
politiques que Grégoire avait mené et le refus de l'empereur Henri IV (la
querelle des investitures) empêchèrent ce grand pape d'entreprendre
l'expédition qui devait être le couronnement de son œuvre apostolique.
Grégoire mourut en 1085. Victor III, qui lui succéda, continua à prêcher
la guerre Sainte contre les infidèles.
En 1095, soit une vingtaine
d'années plus tard, les envahisseurs furent chassés à leur tour. Jérusalem
fut reprise après un siège de 40 jours. La Judée retomba sous le joug des
califes d'Egypte. Pour les pèlerins, rien n'avait changé, ils restaient
exposés à toutes les servitudes et les portes de Ville Sainte ne
s'ouvraient que pour ceux qui pouvaient payer une pièce d'or. "
Dépouillés de leurs biens, courbés sous le joug le plus dur et le plus
humiliant, dit un chroniqueur contemporain, les chrétiens
éprouvèrent plus de maux qu'en aucun temps
".
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Pierre l'Ermite s'adresse aux peuples.(Francesco Hayez, 1791-1882, Milan) |
Pierre d'Acheris, plus connu sous le nom
de Pierre l'Ermite, entreprit en 1093 le voyage de Jérusalem. L'esprit
illuminé par la méditation et la pénitence, il eut un jour, alors qu'il
priait devant le Saint Sépulcre une révélation. Une voix lui dit :
"Pierre, lève-toi ! Cours annoncer à mon peuple la fin de l'oppression.
Que mes serviteurs viennent, et que ma terre soit délivrée !".
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Il parcourut la plus grande partie de l'Europe, voyageant sur une mule, un crucifix à la main, les pieds nus, la tête découverte, le corps ceint d'une corde, couvert d'un long froc et d'un manteau d'étoffe la plus grossière. Il communiqua à tous les cœurs, le zèle ardent qui le dévorait. Le peuple se pressait en foule sur les traces de ce prédicateur qui fut reçu comme un envoyé de Dieu.
Urbain II, encouragé par ces élans de foi
et par les sollicitations pressantes de l'empereur Alexis de Commène,
convoqua un concile le 14 novembre 1095 à Clermont. Le concile débuta le
18ème jour du même mois. L'appel d'Urbain II s'adressait
surtout aux hommes de guerre. Par contre, une foule de non combattants et
de pèlerins fut galvanisée par ce projet.
Pierre l'Ermite avec sa
fougue d'illuminé, parla en premier, il exposa les misères de l'Eglise
d'Orient. Après lui, le pape prit la parole et appuya son allocution
enflammée des arguments politiques et de la religion. Le pontife s'écria
alors " Dieu le veut ! Dieu le veut ! " (Diex le veult, en langue
d'oïl ; Deus le volt en langue d'oïl). Ces paroles allaient devenir
pendant près de deux siècles la devise des croisades.

Urbain II préside le concile de Clermont. Gravure de 1552.
Montrant également à la
foule le signe de la Rédemption, il reprit : " Que la croix brille sur
vos armes et vos étendards ! Portez-la sur vos épaules et sur votre
poitrine ; elle deviendra pour vous l'emblème de la victoire ou la palme
du martyre ; elle vous rappellera sans cesse que Jésus-Christ est mort
pour vous et que vous devez mourir pour lui ! ".
Un des
cardinaux, le futur pape Innocent III, récita les paroles du
Confiteor, et tous, se frappant la poitrine, obtinrent l'absolution
de leurs pêchés. Chacun mit la croix rouge à son épaule ; les étoffes, les
vêtements rouges furent mis en pièces et n'y suffirent pas. Il y en eut
même qui s'imprimèrent la croix avec un fer rouge. Alors tous, barons,
chevaliers, prélats, clercs, artisans et laboureurs attachèrent sur leurs
habits une croix rouge. De là le nom de Croisade que porta la guerre
sainte, et de Croisés, donné à ceux qui y prirent part.
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Le premier des princes qui se croisa fut
Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse. Il avait déjà conduit une
expédition contre les musulmans d'Espagne. " On vit, dit Michelet,
les hommes prendre subitement en dégoût tout ce qu'ils avaient aimé :
leurs riches châteaux, leurs épouses, leurs enfants, ils avaient hâte de
tout laisser là. Il n'était besoin de prédication, ils se prêchaient les
uns les autres. La plupart des croisés étaient pénétrés d'une foi sincère,
et obéissaient à un de ses élans irrésistibles. "
Tous les chefs qui l'entreprirent étaient renommés par leurs hauts faits. Ils commandaient des hommes aguerris et habitués à la discipline, bien équipés, pourvus de guides et de vivres. Ils étaient environs 100 000 cavaliers et 300 000 gens de pied. En y ajoutant les femmes, les enfants, les vieillards, les moines et les valets de toute sorte, cela faisait plus de 600 000 personnes qui s'élançaient vers Jérusalem. Alexis Comnène qui les avait appelés, s'effraya à leur vue. Au bout de plusieurs mois d'attente, en mars 1097 cette armée passa le Bosphore de Thrace et se dirigea vers Nicée. |
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