LES LAMENTATIONS DE JEREMIE

Le livre contient cinq lamentations funèbres sur Jérusalem, détruite par les armées babyloniennes, en 587/586 avant Jésus-Christ, après un siège long et rigoureux. L’auteur semble être un témoin oculaire de ces événements, avec leur cortège de misères : roi, prêtres, prophètes et gens du peuple outragés, massacrés (2.6,9-12,20), famine (1.11), cas de cannibalisme (2.20 ; 4.10), exil (1.3,18). Il exprime sa douleur (3.1-6) et son sentiment d’abandon de l’Eternel (3.7-9 ; 4.20). Mais il réfléchit aussi aux causes du malheur et reconnaît que, dans son jugement, Dieu a été juste (1.18), ce qui l’amène à se tourner vers l’Eternel pour exprimer sa foi : « Car les bontés de l’Eternel et ses tendresses ne sont pas épuisées » (3.22).

Les cinq lamentations adoptent une forme définie. Leur rythme se retrouve dans d’autres complaintes funèbres de l’Ancien Testament. En outre, les quatre premières d’entre elles sont alphabétiques : elles suivent l’ordre de l’alphabet hébreu (voir 1.1 ; 2.1 ; 3.1 ; 4.1 et notes). En adoptant cette forme, l’auteur a peut-être cherché à exprimer sa souffrance de A à Z ou à maîtriser son émotion due à la douleur qu’il ressentait.

Traditionnellement, on attribue ce recueil à Jérémie, témoin de la chute de Jérusalem et de la destruction de son Temple. Les Lamentations évoquent en effet les « confessions » qui jalonnent le livre du prophète, dans lesquelles celui-ci se plaint des difficultés de son ministère.

Les Lamentations de Jérémie

PREMIERE ELEGIE : JERUSALEM ABANDONNEE A SES ENNEMIS

Chapitre 1

La cité endeuillée[a]

Comme[b] elle reste solitaire

la cité qui, naguère, | était si populeuse !

Elle est comme une veuve !

Elle qui était importante | au milieu des nations,

princesse des provinces,

elle est astreinte à la corvée !

2 Tout au long de la nuit, | elle pleure, et ses larmes ruissellent sur ses joues.

De tous ceux qui l’aimaient,

aucun ne la console :

tous ses compagnons[c] l’ont trahie

et ils sont devenus ses ennemis.

3 Juda s’en est allé | dans un pays d’exil, | accablé de misère,

soumis à un dur esclavage.

Le voici qui habite | chez les nations

sans trouver la tranquillité.

Tous ceux qui le pourchassent | l’atteignent

au milieu des détresses.

4 Les chemins de *Sion | sont plongés dans le deuil

parce qu’il ne vient plus personne | pour célébrer la fête.

Ses portes sont en ruine,

ses prêtres se lamentent,

ses jeunes filles | sont affligées,

la ville est remplie d’amertume.

5 Ses ennemis triomphent,

ses adversaires sont heureux,

car l’Eternel l’a affligée

pour ses nombreux péchés,

ses petits enfants sont partis

dans la captivité, | poussés par l’oppresseur.

6 La communauté de Sion | a été dépouillée

de toute sa splendeur.

Ses ministres sont devenus | semblables à des cerfs

qui ne trouvent pas de pâture,

qui fuient à bout de forces

devant ceux qui les traquent.

7 Aux jours de son humiliation

et de sa vie errante,

Jérusalem | se souvient des trésors

qu’elle avait autrefois,

maintenant que son peuple | est, tout entier, tombé | aux mains de l’oppresseur

sans qu’il y ait personne | qui vienne à son secours.

Les ennemis la voient

et font des gorges chaudes | au sujet de sa destruction.

8 Voici : Jérusalem | a gravement péché,

c’est pourquoi elle est devenue | comme un déchet[d].

Tous ceux qui l’honoraient, | maintenant la méprisent,

car ils ont vu sa nudité.

Elle-même en gémit | et se détourne.

9 Sa souillure apparaît | sur les pans de sa robe.

Elle n’a pas songé | à ce qui s’ensuivrait.

Elle est tombée, | sa chute est étonnante

et nul ne la console.

« O Eternel, dit-elle, | vois mon humiliation,

car l’ennemi triomphe. »

10 L’ennemi a pillé

tous ses objets précieux,

elle a vu les nations

pénétrer dans son sanctuaire.

Pourtant, tu avais dit :

« Elles n’entreront pas | dans ta communauté. »

11 Tout son peuple gémit

en recherchant du pain.

Il donne ses trésors | contre des aliments

pour reprendre des forces.

« Vois, Eternel, dit-elle, | et considère

l’abjection où je suis. »

Les plaintes de Jérusalem

12 N’êtes-vous pas touchés,

ô vous tous qui passez ?

Regardez et voyez

s’il est une douleur | comparable à la mienne

qui me fait tant souffrir.

L’Eternel me l’a infligée

au jour de sa colère ardente.

13 D’en haut, il a lancé un feu

qui m’a pénétré jusqu’aux os,

il a tendu | un filet sous mes pieds :

il m’a fait reculer

et il a fait de moi | une femme esseulée,

accablée tout le jour.

14 Il a lié le joug | que composent mes crimes[e],

c’est sa main qui les a noués :

ils pèsent sur mon cou.

Il a sapé ma force.

Le Seigneur m’a livrée | au pouvoir d’hommes

auxquels je ne peux résister.

15 Oui, le Seigneur a repoussé[f] | tous les vaillants guerriers

qui étaient dans mes murs,

et il a fixé contre moi | un rendez-vous[g]

dans le but de briser | mes jeunes gens.

Le Seigneur a foulé | comme dans un pressoir

la population de Juda.

16 Pour tout cela, je pleure ;

j’éclate en longs sanglots,

car le consolateur | qui ranimerait mon courage

est loin de moi.

Mes fils sont tous plongés | dans la désolation,

car l’ennemi | a été le plus fort.

17 *Sion étend les mains,

mais nul ne la console.

L’Eternel a donné des ordres,

aux adversaires de Jacob, | de l’entourer de toutes parts.

Jérusalem est devenue

un déchet à leurs yeux.

18 Mais l’Eternel est juste,

car j’ai été rebelle | à ses commandements.

Ecoutez, je vous prie, | vous, tous les peuples,

et voyez ma douleur :

mes jeunes filles, | mes jeunes gens

sont partis en captivité.

19 J’ai fait appel à mes amants,

mais eux ils m’ont trahie.

Mes prêtres et mes dirigeants

ont péri dans la ville

en cherchant de la nourriture

pour reprendre des forces.

20 Regarde, ô Eternel, | je suis dans la détresse ;

tout mon être intérieur | est en bouillonnement.

Mon cœur chavire en moi

parce que je me suis | gravement révoltée.

Tandis qu’à l’extérieur | l’épée me prive | de mes enfants,

dans la maison | c’est comme chez la mort.

21 On entend mes soupirs,

mais nul ne me console

et tous mes ennemis, | apprenant mon malheur,

sont dans la joie | car c’est toi qui as fait cela.

Fais donc venir[h] le jour | que tu as annoncé,

et que mes ennemis | deviennent comme moi !

22 Oh oui, tiens compte | de leur méchanceté,

et traite-les

comme tu m’as traitée

pour punir mes forfaits,

car il n’y a de cesse | à mes gémissements,

mon cœur est affligé.

DEUXIEME ELEGIE : LA COLERE DE L’ETERNEL

Chapitre 2

Dieu a déversé sa colère sur Israël

Comment[i] ! Dans sa colère, | le Seigneur a couvert

par les ténèbres | la population de *Sion.

Il a précipité | du ciel jusque sur terre

la splendeur d’Israël.

Il a même oublié | l’escabeau de ses pieds[j]

au jour de sa colère.

2 Le Seigneur, sans pitié, | a englouti

toutes les maisons de Jacob.

Dans son indignation, | il a démantelé

les villes fortifiées | du peuple de Juda,

il a jeté à terre

et il a profané | le royaume et ses princes.

3 Dans sa colère ardente, | il a brisé entièrement

la force d’Israël.

Il lui a retiré | le secours de sa droite

quand venait l’ennemi.

Il a allumé en Jacob | comme un brasier ardent

qui consume tout à l’entour.

4 Il a bandé son arc | tout comme un ennemi.

Il a brandi sa droite | tout comme un assaillant

et il a massacré | tout ce qui charmait le regard.

Il a déversé son courroux | comme un feu sur la tente

dans laquelle vivait | la population de Sion.

5 Le Seigneur a agi | en ennemi.

Il a englouti Israël,

et englouti tous ses palais,

démoli ses remparts.

Et pour le peuple de Juda, | il a multiplié

les douleurs et les plaintes.

6 Il a forcé sa haie | tout comme celle d’un jardin ;

il a détruit le lieu de la Rencontre | qui lui appartenait.

En Sion, l’Eternel | a livré à l’oubli

les jours de fête et de sabbat,

et dans sa colère indignée,

il a méprisé les rois et les prêtres.

7 Le Seigneur a rejeté son autel,

et il a dédaigné | son sanctuaire.

Il a livré à l’ennemi

les murs de ses palais,

leurs voix ont retenti

dans le Temple de l’Eternel

comme en un jour de fête.

8 L’Eternel a résolu | d’abattre

les murs du peuple de Sion.

Il a étendu le cordeau, | il va la niveler,

il n’a pas retiré sa main | avant de les avoir détruits.

Il fait mener le deuil | au rempart et au mur :

ensemble, ils se sont délabrés.

9 Ses portes se sont effondrées, | enfouies sous les décombres.

Il a détruit tous leurs verrous, | il les a fracassés.

Son roi et ses ministres | sont exilés | chez les nations païennes.

Il n’y a plus de Loi,

et ses prophètes

ne reçoivent plus de révélations | de l’Eternel.

10 Les responsables | du peuple de Sion

sont assis sur le sol | et gardent le silence.

Ils ont revêtu des habits | faits de toile de sac,

et ils se sont jeté | de la poussière sur la tête[k].

Les jeunes filles de Jérusalem

courbent la tête jusqu’à terre.

11 Mes yeux s’épuisent à verser des larmes

et l’émotion me brûle ;

tout courage me quitte

à cause des malheurs | qui ont frappé | la communauté de mon peuple,

à cause des petits enfants | et des nourrissons qui défaillent

dans les rues de la ville.

12 Ils disent à leurs mères :

« Où y a-t-il du pain ? | Où y a-t-il du vin ? »

Les voilà qui défaillent | comme blessés à mort

dans les rues de la ville,

perdant leur dernier souffle

sur le sein de leurs mères.

13 Que te dirai-je ?

A qui te comparer, | ô peuple de Jérusalem ?

Oui, pour te consoler, | qui pourrais-je citer | qui te serait semblable ?

Communauté de Sion,

ton désastre est immense | comme la grande mer ;

qui donc te guérira ?

14 Tes prophètes ont eu pour toi

des révélations mensongères | et insipides,

ils n’ont pas dénoncé tes fautes

pour t’éviter l’exil[l].

Oui, ils ont eu pour toi

des révélations mensongères | et illusoires.

15 Les passants sur la route

battent des mains,

ils sifflent, | ils hochent la tête | en te voyant,

ô population de Jérusalem :

est-ce là cette ville | qu’on appelait jadis :

« Beauté parfaite », | « Joie de toute la terre » ?

16 Vois : tous tes ennemis

ont ouvert largement | leur bouche contre toi,

ils sifflent, ils grincent des dents

et ils s’exclament : | « Nous l’avons engloutie,

c’est le jour que nous attendions,

nous y sommes, le voici enfin ! »

17 L’Eternel a réalisé | tout ce qu’il avait résolu,

il a accompli la parole

qu’il avait prononcée | depuis des temps anciens[m].

Il a tout démoli | sans aucune pitié.

Il a réjoui tes ennemis | à tes dépens,

il a exalté leur puissance.

18 Le cœur du peuple crie vers le Seigneur.

Muraille de Sion,

laisse couler tes larmes | jour et nuit comme un fleuve !

Ne t’accorde aucune relâche.

Que ton œil n’ait pas de repos !

19 Debout, que tes supplications | s’élèvent dans la nuit

au début de toutes les veilles[n] !

Epanche ton cœur comme l’eau

devant la face du Seigneur !

Lève les mains vers lui

pour la vie de tes nourrissons

qui défaillent de faim

à tous les coins de rues.

20 Vois, Eternel, et considère :

qui as-tu traité de la sorte ?

Se peut-il que des femmes | dévorent les enfants | qu’elles ont mis au monde,

les bébés qu’elles ont choyés ?

Se peut-il que l’on tue | les prêtres, les prophètes

jusqu’au sein même | du sanctuaire du Seigneur ?

21 Les enfants, les vieillards

jonchent le sol des rues.

Mes jeunes filles et mes jeunes gens

sont tombés par l’épée.

Tu les as abattus au jour | où tu as fait éclater ta colère,

tu les as égorgés | sans aucune pitié.

22 Tu as convoqué de partout | des peuples redoutables[o].

comme en un jour de fête

Au jour où la colère | de l’Eternel a éclaté,

il n’y a eu ni rescapé | ni survivant.

Ceux que j’avais choyés, | que j’avais élevés,

mon ennemi les a exterminés.

TROISIEME ELEGIE : L’ESPOIR MALGRE LA DETRESSE

Chapitre 3

Profonde détresse du prophète

Moi, je suis l’homme | qui a vu la souffrance

sous les coups du bâton | de sa colère.

2 Il[p] m’a mené | et il m’a fait marcher

dans des ténèbres | sans aucune lumière.

3 C’est contre moi | qu’à longueur de journée

il tourne et retourne sa main.

4 Il a usé ma chair, ma peau,

il a brisé mes os.

5 Il a dressé contre moi[q] des remparts,

d’amertume et de peine.

6 Il m’a fait habiter | dans des lieux ténébreux

comme ceux qui sont morts | depuis longtemps.

7 Il m’a enclos d’un mur | afin que je ne sorte pas,

il m’a chargé | de lourdes chaînes.

8 J’ai beau crier et implorer :

il n’écoute pas ma prière.

9 Il a barré tous mes chemins | avec d’énormes pierres,

il rend ma route impraticable.

10 Il m’a épié | comme un ours aux aguets,

ou un lion en embuscade.

11 Il m’a fait sortir du chemin | et il m’a mis en pièces,

et il m’a transformé | en une terre dévastée.

12 Il a bandé son arc,

et il m’a pris pour cible.

13 Il m’a percé les reins avec les flèches

tirées de son carquois.

14 Pour tout mon peuple[r], | je suis devenu la risée,

et le sujet de ses chansons, | à longueur de journée[s].

15 Il m’a gavé d’herbes amères

et il m’a abreuvé d’absinthe.

16 Il m’a brisé les dents | en leur faisant écraser du gravier ;

il m’a couvert de cendre.

17 Tu m’as banni loin de la paix,

je ne sais plus | quel goût a le bonheur.

18 Alors j’ai dit : | C’en est fini | de tout mon avenir :

je n’espère plus rien | de l’Eternel.

L’Eternel est ma part

19 Oh ! souviens-toi | de ma misère, | de ma souffrance,

du poison, de l’absinthe | dont je suis abreuvé !

20 Sans cesse, | je m’en souviens,

et j’en suis abattu.

21 Mais voici la pensée | que je me rappelle à moi-même,

la raison pour laquelle | j’aurai de l’espérance :

22 car les bontés de l’Eternel | ne sont pas à leur terme

et ses tendresses | ne sont pas épuisées.

23 Chaque matin, | elles se renouvellent.

Oui, ta fidélité est grande !

24 J’ai dit : L’Eternel est mon bien,

c’est pourquoi je compte sur lui.

25 L’Eternel est plein de bonté | pour ceux qui ont confiance en lui,

pour ceux qui se tournent vers lui.

26 Il est bon d’attendre en silence

de l’Eternel la délivrance.

27 C’est une bonne chose,

pour l’homme, de porter | le joug dans sa jeunesse.

28 Qu’il se tienne à l’écart | et garde le silence

quand l’Eternel le lui impose !

29 Et qu’il s’incline, | le visage dans la poussière :

il y a peut-être un espoir.

30 Qu’il présente la joue | à celui qui le frappe[t],

qu’il se rassasie de mépris !

31 Car le Seigneur

ne le rejettera pas pour toujours.

32 Mais s’il afflige, | il aura aussi compassion

selon son grand amour.

33 Ce n’est pas de bon cœur | qu’il humilie

et qu’il afflige les humains.

34 Lorsque l’on foule aux pieds

tous les prisonniers du pays[u],

35 lorsque l’on viole | le droit d’un homme

sous les yeux mêmes du Très-Haut,

36 et lorsque l’on opprime | quelqu’un dans son procès,

le Seigneur ne le voit-il pas ?

37 Qui donc n’a qu’à parler | pour qu’une chose existe[v] ?

Et celui qui commande, | n’est-ce pas le Seigneur ?

38 Par sa parole, le Très-Haut | ne suscite-t-il pas

et le malheur et le bonheur ?

39 Pourquoi l’homme se plaindrait-il | alors qu’il reste en vie ?

Que chacun se plaigne de ses péchés[w].

Revenons à l’Eternel !

40 Considérons notre conduite | et examinons-la,

puis revenons à l’Eternel.

41 Elevons nos cœurs et nos mains

vers Dieu qui est au ciel.

42 Nous avons été infidèles | et nous nous sommes révoltés.

Tu ne nous as pas pardonné :

43 tu t’es drapé dans ta colère, | tu nous as poursuivis,

tu as massacré sans pitié.

44 Tu t’es couvert d’une nuée

pour que notre prière | ne parvienne pas jusqu’à toi.

45 Tu as fait de nous un rebut, | et un déchet,

parmi les peuples,

46 et tous nos ennemis

ouvrent la bouche contre nous.

47 Nous avons en partage | l’effroi, la fosse,

la destruction, la ruine.

Pleurs et plaintes

48 Je verse des torrents de larmes

à cause du désastre | qui a atteint | la communauté de mon peuple.

49 Mes yeux pleurent sans cesse,

ils n’ont aucun répit

50 jusqu’à ce qu’enfin l’Eternel,

du haut du ciel, regarde et voie.

51 Je suis bien malheureux

à la vue de ce qui arrive | aux filles de ma ville.

52 Ils m’ont donné la chasse | comme à un passereau,

ceux qui me haïssent sans cause.

53 Ils m’ont mis dans une citerne | dans le but de m’ôter la vie,

ils m’ont jeté des pierres.

54 L’eau montait plus haut que ma tête, | je me disais : Je suis perdu.

55 Mais du fond de la fosse,

ô Eternel, | j’ai fait appel à toi,

56 et tu m’as entendu.

Ne ferme pas l’oreille | à mes soupirs, | à mes cris de détresse !

Dieu répond

57 Au jour où je t’ai invoqué, | tu es venu auprès de moi,

tu m’as dit : « N’aie pas peur ! »

58 Seigneur, tu as plaidé ma cause,

tu m’as sauvé la vie.

59 Tu as vu, Eternel, | les maux dont on m’accable :

fais-moi justice !

60 Tu as été témoin | de leur soif de vengeance

et de leurs complots contre moi.

61 Tu entends leurs outrages, | ô Eternel,

tu connais les complots | qu’ils forgent contre moi,

62 leurs propos, leurs pensées

sont tournés contre moi | à longueur de journée.

63 Regarde-les : | qu’ils s’assoient, qu’ils se lèvent,

moi, je suis le sujet de leurs chansons.

64 Tu les rétribueras, | ô Eternel,

suivant ce qu’ils ont fait :

65 tu rendras leur cœur obstiné

et tu les frapperas | de ta malédiction.

66 Tu les harcèleras | dans ta colère ardente, | et tu les détruiras

de sous ton ciel, | ô Eternel.

QUATRIEME ELEGIE : LA DECHEANCE DE SION

Chapitre 4

Le peuple est brisé

Comment[x] ! L’or s’est terni !

L’or pur s’est altéré !

Les pierres saintes[y] | ont été dispersées

à tous les coins de rues !

2 Comment se fait-il donc | que les précieux fils de *Sion

estimés comme de l’or fin

soient maintenant considérés | comme des pots d’argile,

ouvrages d’un potier[z] ?

3 Regardez les chacals : | voyez comment les mères

nourrissent leurs petits | en tendant leur mamelle.

La communauté de mon peuple | est devenue aussi cruelle

que les autruches du désert[aa].

4 La langue du bébé

s’attache à son palais, | tellement il a soif.

Les tout petits enfants | réclament quelque nourriture

et nul ne leur en donne.

5 Ceux qui, auparavant, | mangeaient des mets exquis,

expirent dans les rues,

et ceux qui ont été | élevés dans la pourpre

se couchent maintenant | sur un tas de fumier.

6 La communauté de mon peuple | a commis un péché

plus grand que celui de Sodome[bb]

qui a été anéantie | en un instant,

et sans qu’un homme | porte la main contre elle[cc].

7 Les princes de Sion, | ils étaient plus purs que la neige

et plus blancs que du lait,

leurs corps étaient vermeils | bien plus que le corail,

leurs veines de saphir.

8 Leur aspect est plus sombre, | à présent, que la suie,

nul ne les reconnaît | maintenant dans les rues.

La peau leur colle aux os,

elle est devenue sèche | comme du bois.

9 Les victimes du glaive | sont plus heureuses

que les victimes | de la famine :

tenaillées par la faim, | elles s’épuisent

car les produits des champs | leur font défaut.

10 De tendres femmes, | de leurs mains ont fait cuire

la chair de leurs enfants

pour s’en nourrir,

à cause du désastre | qui a atteint | la communauté de mon peuple[dd].

Le juste jugement de Dieu

11 L’Eternel a assouvi son courroux.

Oui, il a déversé | son ardente colère,

il a allumé un feu dans Sion

qui en a consumé les fondations.

12 Aucun roi de la terre

ni aucun habitant du monde | n’a cru que l’adversaire,

que l’ennemi, | pourrait franchir

les portes de Jérusalem.

13 Cela est arrivé | à cause des péchés | de ses prophètes

et des fautes des prêtres

qui répandaient au milieu d’elle

le sang des innocents.

14 Mais maintenant, | ils errent dans les rues | tout comme des aveugles,

ils sont souillés de sang

si bien que l’on ne peut

toucher leurs vêtements.

15 « Allez-vous en, impurs, | voilà ce qu’on leur crie.

Hors d’ici, hors d’ici, | et ne nous touchez pas ! »

Et lorsqu’ils fuient ainsi | en errant çà et là, | les gens des nations disent :

« Qu’ils ne restent pas en ce lieu[ee] ! »

16 L’Eternel en personne | les a disséminés,

il ne veut plus les voir.

On n’a pas respecté les prêtres

ni eu d’égards | pour les responsables du peuple[ff].

L’heure de l’abandon

17 Nos yeux se consument encore

à implorer de l’aide, | mais c’est en vain.

De nos postes de guet | nous attendions une nation

qui ne nous a pas secourus[gg].

18 Nos ennemis épient | la trace de nos pas,

et nous ne pouvons plus | circuler dans nos rues,

notre fin est prochaine, | nos jours sont à leur terme.

Oui, notre fin arrive.

19 Ceux qui nous poursuivaient | ont été plus rapides

que l’aigle dans le ciel.

Ils nous ont pourchassés | sur les montagnes,

ils se sont embusqués | contre nous au désert.

20 Notre roi à qui l’Eternel | a conféré l’onction[hh], | lui dont dépendait notre vie,

a été capturé | grâce à leurs pièges,

alors que nous disions :

« Nous vivrons sous sa protection | au milieu des nations. »

21 Tu peux être ravie, | communauté d’Edom, | et exulter[ii],

toi qui habites | au pays d’Outs[jj] :

à toi aussi, | on passera la coupe,

tu seras enivrée | et tu te mettras toute nue.

22 Ton châtiment aura sa fin, | ô communauté de Sion,

Dieu ne te déportera plus.

Communauté d’Edom, | il rétribue tes fautes,

il fait paraître | tes péchés au grand jour.

CINQUIEME ELEGIE : PRIERE

Chapitre 5

Souviens-toi, Eternel !

N’oublie pas, Eternel, | tout ce qui nous est arrivé !

Regarde et vois | l’opprobre que nous subissons !

2 Notre *patrimoine est passé | aux mains des étrangers,

et nos habitations à d’autres.

3 Nous sommes devenus | des orphelins de père,

nos mères sont comme des veuves.

4 Nous devons payer même | pour l’eau que nous buvons.

Nous rentrons notre bois | à prix d’argent.

5 Nous sommes pourchassés | par nos persécuteurs | qui sont sur notre dos,

nous sommes épuisés. | Pas de répit pour nous !

6 Nous tendons les mains vers l’Egypte,

vers l’Assyrie, | pour avoir à manger.

7 Ce sont nos ancêtres qui ont péché, | mais ils ont disparu,

et c’est nous qui portons | la peine de leurs fautes.

8 Nous sommes dominés | par des esclaves

et il n’y a personne | pour nous en délivrer.

9 Notre pain, nous le rapportons | en risquant notre vie,

en affrontant l’épée | des brigands du désert[kk].

10 Notre peau est brûlante | comme si on l’avait | passée dans la fournaise,

tant la faim nous consume.

11 Ils ont déshonoré | des femmes dans Sion,

des jeunes filles dans les villes | du pays de Juda.

12 Ils ont pendu de leurs mains des ministres

et ils n’ont eu aucun égard | pour les responsables du peuple[ll].

13 Des jeunes gens | portent la meule,

et des enfants trébuchent | sous les fardeaux de bois[mm].

14 Les responsables ont cessé | de siéger à la porte[nn]

et les adolescents | ont délaissé leurs chants.

15 La joie a disparu | de notre cœur,

le deuil a remplacé nos danses.

16 La couronne est tombée | de notre tête.

Malheur à nous, | car nous avons péché.

17 Oui, si notre cœur souffre,

si nos yeux sont plongés | dans les ténèbres,

18 c’est parce que le mont Sion | a été dévasté

et les renards y rôdent.

Ramène-nous à toi !

19 Toi, Eternel, | tu règnes pour toujours

et ton trône subsiste | à travers tous les âges.

20 Pourquoi donc nous oublierais-tu | perpétuellement ?

Pourquoi nous délaisserais-tu | aussi longtemps ?

21 Ah ! fais-nous revenir à toi, | ô Eternel,

pour que nous revenions !

Renouvelle pour nous | les jours des anciens temps[oo] !

22 Nous rejetterais-tu | définitivement ?

Serais-tu irrité | contre nous à l’excès[pp] ?



[a] 1.1 Les chapitres 1 à 4 forment chacun un poème alphabétique (dont les strophes ou les vers débutent par l’une des lettres de l’alphabet hébreu, dans l’ordre alphabétique).

[b] 1.1 Autre traduction : hélas !

[c] 1.2 C’est-à-dire les alliés dans lesquels elle avait placé sa confiance (voir 2 R 24.2).

[d] 1.8 Autre traduction : un objet de dégoût.

[e] 1.14 Selon le texte hébreu traditionnel. L’ancienne version grecque a : il a fixé son attention sur mes crimes.

[f] 1.15 Autre traduction : écrasé.

[g] 1.15 Autre traduction : il a convoqué une armée contre moi.

[h] 1.21 D’après la version syriaque. Le texte hébreu traditionnel a : tu as fait venir.

[i] 2.1 Autre traduction : hélas !

[j] 2.1 Voir Ps 99.5 ; Mt 5.35.

[k] 2.10 Gestes habituels du deuil ou de la tristesse (Ps 30.12 ; Jr 7.29).

[l] 2.14 Voir Jr 2.8 ; 5.31 ; 23.9-40 ; Ez 13.

[m] 2.17 C’est-à-dire les menaces consignées déjà dans la Loi en cas de désobéissance (Ex 20.5 ; Dt 28.1s.).

[n] 2.19 Les Juifs partageaient la nuit en trois veilles.

[o] 2.22 des peuples redoutables. Autre traduction : la terreur pour moi. Cette expression rappelle, en hébreu, celle de Jérémie : « de toutes parts, c’est la terreur » (Jr 6.25 ; 20.3,10 ; 46.5 ; 49.29).

[p] 3.2 C’est-à-dire Dieu que Jérémie ne veut pas nommer (voir v.18).

[q] 3.5 Lors des sièges, l’assaillant dressait des terrasses, des sortes de contre-remparts contre les remparts de la ville pour pouvoir y pénétrer.

[r] 3.14 Selon le texte hébreu traditionnel. De nombreux manuscrits hébreux et la version syriaque ont : tous les peuples.

[s] 3.14 Voir Jr 20.7.

[t] 3.30 Voir Mt 5.39.

[u] 3.34 Comme l’ont fait les Babyloniens à Jérusalem en 586 av. J.-C.

[v] 3.37 Voir Ps 33.9.

[w] 3.39 Autre traduction : alors qu’il reste en vie malgré ses péchés ?

[x] 4.1 Autre traduction : hélas !

[y] 4.1 Selon certains, des pierres précieuses qui avaient fait partie du trésor du Temple. Pour d’autres, un symbole du peuple de Dieu (voir v.2).

[z] 4.2 Voir Jr 18 et 19.

[aa] 4.3 Sur l’autruche cruelle, voir Jb 39.14-16.

[bb] 4.6 Sur Sodome, voir Gn 19.24-25 et Jr 23.14 ; 49.18 ; 50.40.

[cc] 4.6 Autre traduction : sans que quelqu’un se donne la peine de la secourir.

[dd] 4.10 Voir 2 R 6.28-29.

[ee] 4.15 Voir Lv 13.45.

[ff] 4.16 Autre traduction : les vieillards.

[gg] 4.17 Probablement l’Egypte (voir Jr 29.16 ; 37.5-10).

[hh] 4.20 Il s’agit de Sédécias (2 R 25.1-6 ; Jr 39.4-7 ; 52.6-11).

[ii] 4.21 Lorsque Jérusalem est tombé, les Edomites ont participé à son pillage (Ez 25.12-14).

[jj] 4.21 Outs : pays à l’est du Jourdain, peut-être Edom, au sud-est de la mer Morte (Gn 36.28 ; voir Jb 1.1 et note).

[kk] 5.9 Les bandes de pillards vivant dans le désert faisaient des razzias comme au temps de Gédéon (Jg 6 et 7).

[ll] 5.12 les responsables du peuple : voir 4.16 et note.

[mm] 5.13 Deux tâches imposées aux prisonniers de guerre, trop dures pour les enfants et les jeunes (voir Ex 11.5 ; Jg 16.21).

[nn] 5.14 Le lieu habituel des réunions et des délibérations (Ps 9.14-15 ; Jb 5.4).

[oo] 5.21 Voir Jr 31.18.

[pp] 5.22 Autre traduction : tu es irrité contre nous à l’excès !