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Saint Ephrem
docteur de l'église catholique 306 - 373
Quelques écrits de Saint Ephrem :
Diatessaron de Saint Ephrem ou commentaire de l'Evangile concordant de Tatien
Confessions
Homélie sur la femme pécheresse
Lettre
Malheur à nous pécheurs
Perle évangélique
Prière à la vierge
Six hymnes sur la virginité
Discours sur l'enfantement de la Vierge
Sur Jonas et Ninive
Homélie sur la divine transfiguration
Sur la résurrection et le jugement
Tout est vanité et affliction d'esprit
Vice et vertu
Biographie
La biographie de Saint Ephrem a été écrite peu de temps après sa mort survenue le 9 juin 373, Source (1). , car Grégoire de Nysse et Palladius la connaissent déjà. Nous n'en possédons plus la rédaction primitive, mais des recensions postérieures surchargées d'anecdotes miraculeuses, Source (2) Le peu de renseignements historiques que fournit cette biographie s'explique par la vie retirée que mena Saint Ephrem.
Écrivain d'une rare fécondité, Éphrem imprima au genre poétique, créé par Bardesane, le caractère que ce genre conserva pendant les siècles suivants. Ses hymnes et ses homélies métriques restèrent comme le modèle que les auteurs postérieurs imitèrent; elles devinrent même célèbres en Occident, où elles furent de bonne heure traduites en grec. Une partie de ces poésies fut composée pour combattre les différents systèmes gnostiques qui avaient de nombreux adhérents en Syrie et en Mésopotamie. L'histoire y trouve malheureusement peu à glaner; la forme poétique ne convient pas aux controverses, et saint Éphrem était un polémiste ardent et non pas un critique impartial. Esprit étroit mais d'une rectitude parfaite, il travailla à enraciner la foi sans se préoccuper de rendre justice à ses adversaires. D'autres hymnes et homélies ont été écrites en vue des principales fêtes de l'année et pour les chœurs de vierges. qui, sous sa direction, prenaient part à la célébration des offices, Source (3).
Au physique, saint Éphrem était d'un aspect peu avenant : " Depuis son entrée dans la vie monastique, rapporte son biographe, Source (4), jusqu'à la fin de sa vie, il ne mangea que du pain d'orge et des légumes secs, quelquefois des légumes verts. Il ne -buvait que de l'eau; son corps était desséché sur ses os, semblable à un tesson d'argile. Son vêtement était formé de nombreux morceaux, couleur de fumier. Il était petit de taille; son visage était toujours sévère; jamais il ne riait; il était chauve et imberbe, Source (5). " On vantait sa charité dont il donna de touchants exemples pendant une famine à Édesse.
Saint Éphrem naquit à Nisibe au commencement du IVe siècle, d'un père qui était prêtre d'une idole appelée Abnil (var. Abizal). Dès sa naissance il se crut prédestiné à travailler pour le culte du vrai Dieu. Il s'attacha, comme disciple, à saint Jacques, évêque de Nisibe, mais il est douteux qu'il ait accompagné cet évêque au concile de Nicée. C'est par ses miracles, dit-on, que Sapor fut obligé en 338 de lever le siège qu'il avait mis devant Nisibe, Source (6). Lorsque cette ville fut cédée au roi perse en 363, saint Éphrem s'expatria avec les notables; il se retira à Édesse après avoir passé par Beit-Garbaya et Amid; il pouvait avoir alors cinquante-sept ans, Source (7). Pendant-son séjour à Nisibe, Éphrem s'était fait connaître par des hymnes sur les sièges subis par cette ville et, sur les évêques qui l'administrèrent, Jacques, Babou et Vologèse. Ces hymnes sont conservées dans un recueil qui est intitulé " Tome des hymnes de Nisibe composées par le Bienheureux Mar Éphrem ". Le titre n'est pas très exact, car des soixante-dix-sept hymnes de ce volume les vingt-une premières seules Éurent écrites à Nisibe, les autres le furent à Édesse, Source (8).
Éphrem vécut dix ans à Édesse, et ces dix années furent consacrées aux publications qui forment la majeure partie de ses oeuvres. Ses premiers travaux dans la capitale de l'Osrhoène semblent être les commentaires bibliques qui lui valurent une chaire à l'École des Perses, où il eut de nombreux disciples, dont quelques uns sont connus. Il est même admissible que saint Ephrem et les docteurs qui l'accompagnèrent en quittant Nisibe, furent les fondateurs de la célèbre école d'Édesse. Le nom sous lequel cette école est désignée (École des Perses), favorise cette conjecture, car les Syriens occidentaux désignaient sous le nom de Perses leurs coreligionnaires dans l'empire des Sassanides. L'enseignement de ce.Père comprenait, outre l'exégèse biblique, l'explication des dogmes, et c'est à l'occasion de cet enseignement qu'il fit paraître ses hymnes contre les hérétiques et les sceptiques, Source (9).
Les commentaires de Saint Ephrem (mort en 373) sur l'Ancien et le Nouveau Testament sont les plus anciens que nous connaissions. Ephrem les avaient sans doute écrits en vue de son enseignement à l'École des Perses. Le commentaire sur l'A.T. ne nous est parvenu dans sa forme originale que pour la Genèse et la majeur partie de l'Exode, dans le ms. du Vatican 110 du VIè siècle; pour les autres livres, il existe d'une manière abrégée, dans une Catena Patrum composée en 861 par Sévère, un moine d'Antioche. L'épitomé de Sévère, comparé avec le ms. 110 du Vatican, montre que le commentaire de Saint Ephrem, dont se servait le moine d'Antioche pour la Genèse, différait de celui de ce manuscrits. Ce commentaire est basé sur la Peschitta, mais il a subi des interpolations; il y trouve des citations des Septante que saint Ephrem, ignorant le grec, ne pouvait utiliser.
En ce qui concerne le Nouveau Testament, le commentaire que saint Ephrem avait fait du Diatessaron ne s'est conservé qu'en arménien. C'est également en arménien seulement que se trouve son commentaire sur les Epitres paulines.
En dehors de ses commentaires, saint Ephrem écrivit des homélies exégétiques et des interprétations, sur différents versets bibliques.
Si grande que fût l'activité intellectuelle de saint Éphrem, ses oeuvres suffisent amplement à remplir les dix années que ce fécond auteur passa à Édesse. On doit considérer comme controuvés ses voyages en Égypte, où il aurait séjourné huit ans, et à Césarée de Cappadoce, où il aurait visité saint Basile. La légende de sa prédication en Égypte contre les Ariens est peut-être née d'une confusion avec Éphrem l'Égyptien; celle de la visite à saint Basile a pu être occasionnée par les passages des écrits de ce Père grec où il est fait mention du Syrien, Source (10).
Erronée est aussi la notice des Actes concernant la relation faite par Éphrem de l'invasion des Huns, Source (11) laquelle eut lieu au mois de juillet 396, vingt-trois ans après la mort de ce Père. Fausse encore l'attribution à Éphrem d'une poésie sur les persécutions de Valens et l'exil de l'évêque d'Édesse, Barsès; cet exil eut lieu au mois de septembre 373, trois mois après la mort d'Éphrem, Source (12). Apocryphe également le panégyrique de saint Basile par saint Éphrem; celui-ci précéda dans la tombe l'évêque de Césarée, Source (13).
Saint Éphrem écrivit peu en prose : quelques discours exégétiques, Source (14), en dehors de ses commentaires bibliques. Nombreuses, au contraire, sont ses poésies qui comprennent plusieurs genres, Source (15). Mais toutes les homélies et hymnes mises sous le nom de ce célèbre auteur ne sont pas sorties de sa plume; il en est qu'on peut revendiquer pour Isaac d'Antioche et Narsès.
Le poème sur Joseph, fils de Jacob, appartient vraisemblablement à l'École d'Édesse, mais non à saint Éphrem lui-même, Source (16).
On a beaucoup discuté sur l'authenticité
du Testament de saint Éphrem. L'édition critique que nous en avons donnée
(Journal asiatique, septembre-octobre 1901, p 234 et suiv.) a établi que ce
Testament était pour le fond l'œuvre de l'illustre Père, mais qu'il nous était
parvenu fortement interpolé. Cette édition nous dispense de rappeler les travaux
précédents relatifs au Testament d'Éphrem.
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Source (1) : Sur cette date voir LAMY, S. Ephraemi syri hymni et sermones, Malines, 1882-1902, II, Proleg. p. VIII.
Source (2) : Il en existe deux recensions provenant d'un même original et renfermant des variantes importantes : la première dans un manuscrit du Vatican publiée en grande partie par J.S. Assémani, B.O., I, 26 et suivantes et in extenso par Evode Assemani S. Ephraemi opera syr.; la deuxième, généralement préférable, dans un manuscrit de Paris, que M. BICKELL a fait connaître, Conspectus rei Syrorum litterariae, p.26, et Zeitschr. der deut. morg. Gessell., XXVII, 600-604; publiée par M. LAMY, S. Ephraemi syri hymni et sermones, II, 5-90; réimprimée par BEDJAN, Acta martyr et sanct., III, 621. Deux courts résumés de la vie de S. Ephrem : l'un au Vatican, B.O., I, 25 et l'autre à Berlin, LAMY, Prolegomena, VIII. EVODE ASSEMANI a publié, dans la partie grecque de son édition, S. Ephraemi opera graece et latine, I, XIX-XLIV, les textes des auteurs grecs relatifs à la vie de Saint Ephrem. Cf. aussi LAMY, S. Ephraemi syri hymni et sermones, IV, p.XL.
Source (3) : Voir ci-dessus, p.14-15.
Source (4) : Dans la recension du ma. de Paris, voir la note 2 de la page précédente.
Source (5) : L'auteur du portrait de saint Éphrem, gravé en tète de l'édition romaine, ne s'est pas Inspiré de cette description; il a représenté un personnage de haute stature avec une longue barbe et vêtu d'une longue robe irréprochable.
Source (6) : THÉODORET, Hist. eccl., 11, 26; BARHEBRAEUS, Chron. syr., éd. BRUNS, p. 66; éd. Bedjan, p. 61.
Source (7) : L'anecdote de saint Éphrem arrivant à Édesse et des laveuses sur le bord du Daiçan se trouvait dans la rédaction primitive des Actes. Elle est rapportée, d'après ces Actes, par Grégoire de Nysse, Sozomène et métaphraste.
Source (8) : Ce recueil a été édité, de la manière la plus digne d'éloges, par BICKELL, S. Ephraemi syri carmina Nisibena, Leipzig, 1866. Il y a une lacune pour les hymnes 22-24 qui manquent.
Source (9) : Un recueil de cinquante-six hymnes contre les hérétiques dans le second volume de l'éd. romaine, p. 437-559; et, au commencement du troisième volume, quatre-vingt-sept hymnes. contre les sceptiques.
Source (10) : Le passage des Actes relatif à la Doxologie se trouve dans le De Spiritu sancto de Basile, XXXIX, 74; pour Genèse, I, 2, où saint Basile aurait appris d'un Syrien à remplacer le mot planait, par couvait, voir la deuxième homélie de l'Hexaméron de Basile. Le voyage d'Éphrem à Césarée est relaté par Grégoire de Nysse, Sozomène et Métaphraste.
Source (11) : L'homélie, mise sous le nom d'Éphrem, sur la- fin des temps et où il est question des Huns, est publiée dans l'éd. Lamy, lit, 187; M. NOELDEKE, Beiträge zur Geschichte des Alexanderromans, p. 31, a montré que la composition de cette homélie est postérieure à la conquête arabe.
Source (12) : Éphrem écrivit des hymnes sur les persécutions de Valens et des Ariens, antérieurement à l'exil de Barsès. Ces hymnes sont conservées dans le recueil des Carmina Nisibena, édité par BICKELL. Sur le récit auquel se réfère la poésie en question, voir SOCRATE, IV, 48; SOZOMÈNE, VI, 18; THEODORET, IV, 14 et 15. Sous l'influence du Roman de Julien 1'Apostat, la persécution est rapportée dans le manuscrit du Vatican non pas à Valens, mais à Julien, et la poésie y est citée avec de nombreuses variantes.
Source (13) : Ce panégyrique existe en grec, éd. romaine, Op. graece et latine, II, 289.
Source (14) : Publiés dans l'éd. rom., t. II, à.la suite de différentes homélies métriques.
Source (15) : Les oeuvres de saint Éphrem ne peuvent,être ici citées en détail; elles ont été publiées à différentes époques et il suffira de rappeler ces publications. La grande édition de Rome, Ephraemus syrus, opera omnia, 1737-1743, comprend en six volumes les textes conservés dans des manuscrits du Vatican; trois volumes renferment les textes syriaques, et les trois autres volumes, les textes traduits en grec; commencée par PIERRE MOBARAK ou BENEDICTUS, de la Société de Jésus, elle fut achevée Par ÉTIENNE ÉVODE ASSEMANI. En 1865, M. OVERBECK a édité de nouveaux textes à Oxford, d'après des manuscrits du Musée britannique, S. Ephraemi syri... opera selecta, Oxford, 1865. En 1866, M. BICKELL a fait connaître le recueil intitulé Carmina Nisibena, mentionné ci-dessus. Les précédentes éditions ont êté complétées par M. LAMY d'après les manuscrits de Londres, d'Oxford et de Paris, S.Ephraemi syri hymni et sermones, t. I-IV, Malines, 1882-1902, Comp. NOELDEKE, Göttingische Gelehrte Anzeigen, 1882, n° 48; 1887, n°3; Wiener Zeitschrift, 1891, p. 245. Quelques hymnes et homélies ont été éditées ou rééditées dans la chrestomathie de HAHN et SIEFFERT, dans la chrestomathie de UHLEMANN, dans les tomes I et II des Monumenta Syriaca du P. ZINGERLE. De ZINGERLE aussi S.Ephraemi syri duo carmina, Brixen, 1867; Ephraemi syri sermone duo, Brixen, 1871; des extraits dans sa Chrestomathie, Rome, 1871. Cf. encore BEDJAN, S. Martyrii, qui et Sahdona, quae supersunt omnia, Paris, 1902, p. 866-868. Le recueil des homélies pour les Rogations a été imprimé par M. BEDJAN à la fin du premier volume de son Breviarorum Chaldaicum, Paris, 1886-1887; réirnprimé dans le troisième volume de l'éd. LAMY, et dans le Bessarione, sér. II, vol. 4, Par IGNATIUS EPHRAEM II RAHMANI, qui a aussi publié quelques morceaux poétiques sous le nom d'Éphrem dans ses Studia syriaca, Mont Liban, 1904. Deux poésies dans le Directorium spirituale d'ÉLIAS MILLOS, Rome, 1868. Une homélie dans Journal of theol. Studies, V, 546, publiée par DUNCAN JONES. L'homélie sur l'exil, c'est-àdire sur la vie ici-bas, a été rééditée par M. HAFFNER, en 1896, dans les Sitzungsberichte de l'Académie des Sciences de Vienne, t. XXXV, n°IX, Die Homilie des heiligen Ephräm von Syrien über das Pilgerleben; elle avait déjà été imprimée dans le III° vol. de l'éd. romaine. Il a été fait des traductions spéciales de plusieurs poésies, qu'il est inutile de rappeler ici.
Source (16) : SALOMON DE BASSORA, dans son livre de L'Abeille, éd. BUDGE, p. 47, attribue ce poème à Saint Éphrem. Un ms. du Musée britannique, du VIè siècle, qui renferme les chants I et VIII, édités par OVERBECK, S. Ephraemi... op. sel., p. 270-330, indique Balai comme auteur de l'ouvrage. Cette épopée, une des meilleures compositions de ce genre, comprend douze chants; et elle est suivie d'une homélie sur la translation des reliques de Joseph à Constantinople, composée par un certain Bani. Elle a été éditée par M. BEDJAN, Histoire complète de Joseph, Paris, 1891. En 1887, M. BEDJAN avait fait une première édition d'après un autre ms. qui ne renfermait que les dix premiers chants; ces dix chants ont été réimprimés et traduits par M. LAMY, S. Ephraemi syri hymni et sermones, t. III.
