Se restaurer au XIXe siècle

Etoile

 

Le musée d'Orsay, à Paris, nous a présenté en février 2002  une charmante et instructive exposition: "A table au XIXe siècle".

Ce fut l'occasion pour les Parisiens et les touristes de passage de découvrir ce musée consacré à l'art du XIXe siècle, où il est très plaisant de se promener et de se perdre. L'un des rares musées où les enfants ne baillent pas... Comme les autres musées nationaux de France, il est gratuit les premiers dimanches du mois.



Les éditoriaux d'Hérodote:

Avril 2003: l'Europe... en miettes

Mars 2003: Jacques Chirac et l'Histoire

Février 2003: Jacques, frère de Jésus... Un ossuaire troublant

Décembre 2002: La Turquie, l'Europe et l'Union

Octobre 2002: Hugo, Dumas, le Vél d'Hiv,... Napoléon

Septembre 2002: L'illusion régionale

Avril 2002: scrutin du 21 avril, les mauvais tours de l'Histoire

Février 2002: une équipe européenne aux Jeux Olympiques

Janvier 2002: l'Europe en attente de symboles

Décembre 2001: se restaurer au XIXe siècle

Septembre 2001: quelle vengeance pour les victimes du World Trade Center?
 

 

L'exposition du musée d'Orsay consacrée à la manière de se restaurer au XIXe siècle valait assurément le détour.

Il ne s'agi
ssait pas d'une exposition majeure mais elle avait l'avantage d'être bien structurée, avec un parcours simple,  des commentaires limpides et pittoresques, et surtout d'offrir un point de vue  complet et inattendu sur la restauration au siècle bourgeois.

Disons  tout de suite que  le XIXe siècle ne se signale pas par de grandes révolutions dans l'alimentation et la gastronomie.

On peut seulement retenir que c'est en 1795, sous la Révolution, que Nicolas Appert invente le moyen de conserver les légumes en les chauffant sous vide. Son  procédé sera longtemps connu comme l'appertisation. Aujourd'hui, on parle simplement de conservation. La réfrigération sera quant à elle inventée en 1875.

Les boîtes de sardines à l'huile apparaissent timidement sur les tables, notamment sous la marque Saupiquet, et jusqu'au début du XXe siècle, la réclame les présente comme un plat de luxe réservé à l'élite!

Au XIXe siècle, les changements concernent principalement l'art de la table, le mode de restauration et l'ordonnancement des repas. De ce point de vue, l'exposition du musée d'Orsay nous révèle un siècle étonnamment moderne et proche de nous.

Les restaurants tels que nous les connaissons sont nés en... 1766 (sous le règne de Louis XV!), à l'initiative de Roze de Chantoizeau, qui crée le premier établissement du monde où l'on mange à son heure en choisissant ses plats sur une carte (à la différence des gargottes et auberges traditionnelles).

La Révolution, en ruinant les nobles, oblige beaucoup de grands  cuisiniers à se reconvertir  dans la restauration publique. C'est  ainsi qu'émerge l'un des plus grands cuisiniers-pâtissiers de tous les temps: Antonin  Carême.

C'est à cet artiste que l'on  doit l'introduction en France du service à la russe, qui  remplace le buffet habituel. Désormais, les plats se succèdent selon l'ordre que nous connaissons: entrée, poisson, viande, dessert.

Comme il se doit dans le pays qui a donné au monde le plus nombre d'écrivains qui soit, la gastronomie donne  naissance en France à une littérature spécialisée avec Grimod de la Reynière et surtout Brillat-Savarin, un digne conseiller à la Cour de Cassation, célibataire et amateur de repas fins, dont le nom survivra pour l'éternité avec un seul livre: «Physiologie du goût».

A noter une dédicace de Grimod de la Reynière à une célébrissime courtisane du temps de Louis XIV, Ninon de Lenclos: «Ninon quelquefois infidèle aux amants mais toujours fidèle aux gourmands»:-)

L'exposition du musée d'Orsay présente des documents très riches de sens, à savoir les menus de quelques restaurants.

Ainsi ai-je relevé celui de la Maison Egalité, à Paris, en 1795 (on est alors à la fin de la Révolution). Le Clos Vougeot, le Champagne et le Bordeaux y sont proposés au même prix: 30 francs, la blanquette de veau aux champignons à 10 francs,... Les convives peuvent finir avec un café et un digestif (porto,...).  Autant   dire que nous ne serions pas dépaysés dans cet établissement!

Un siècle plus tard, vers 1895, le restaurant populaire Aux trois faisans, à Dijon, propose pour  5 francs un repas complet avec soles frites, filet aux pommes, pain et gâteau.

Sous le Second Empire, en 1854, tandis que se développe la Révolution industrielle et que se multiplient à Paris les ouvriers et les employés, un homme du nom de Duval crée dans la rue de la Monnaie un restaurant d'un nouveau  type, le bouillon. Cette première forme de restauration rapide aura un grand succès au fil du siècle.

Il reste quelques bouillons à Paris, le plus célèbre, très prisé des jeunes touristes étrangers, étant Chartier, rue du faubourg Saint-Denis.

Dans un genre  différent, on peut apprécier au musée d'Orsay la présentation de la table de réception du duc de Morny, demi-frère de Napoléon III, avec ses 36 couverts signés Christofle, Baccarat et Limoges.

André Larané

 
 


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