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Le musée d'Orsay, à Paris, nous a présenté
en février 2002 une charmante et instructive exposition: "A
table au XIXe siècle".
Ce fut l'occasion pour les
Parisiens et les touristes de passage de découvrir ce musée consacré
à l'art du XIXe siècle, où il est très plaisant de se promener et de
se perdre. L'un des rares musées où les enfants ne baillent pas...
Comme les autres musées nationaux de France, il est gratuit les
premiers dimanches du mois.
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L'exposition du musée d'Orsay
consacrée à la manière de se restaurer au XIXe siècle valait
assurément le détour.
Il ne s'agissait
pas d'une exposition
majeure mais elle avait
l'avantage d'être bien structurée, avec un
parcours simple, des commentaires limpides et pittoresques, et
surtout d'offrir un point de vue complet et inattendu sur la
restauration au siècle bourgeois.
Disons tout de suite
que le XIXe siècle ne se signale pas par de grandes
révolutions dans l'alimentation et la gastronomie.
On peut
seulement retenir que c'est en 1795, sous la Révolution, que Nicolas
Appert invente le moyen de conserver les légumes en les chauffant
sous vide. Son procédé sera longtemps connu comme
l'appertisation. Aujourd'hui, on parle simplement de
conservation. La réfrigération sera quant à elle inventée en
1875.
Les boîtes de sardines à l'huile apparaissent
timidement sur les tables, notamment sous la marque Saupiquet, et
jusqu'au début du XXe siècle, la réclame les présente comme un plat
de luxe réservé à l'élite!
Au XIXe siècle, les changements
concernent principalement l'art de la table, le mode de restauration
et l'ordonnancement des repas. De ce point de vue, l'exposition du
musée d'Orsay nous révèle un siècle étonnamment moderne et proche de
nous.
Les restaurants tels que nous les connaissons sont nés
en... 1766 (sous le règne de Louis XV!), à l'initiative de Roze de
Chantoizeau, qui crée le premier établissement du monde où l'on
mange à son heure en choisissant ses plats sur une carte (à la
différence des gargottes et auberges traditionnelles).
La
Révolution, en ruinant les nobles, oblige beaucoup de grands
cuisiniers à se reconvertir dans la restauration publique.
C'est ainsi qu'émerge l'un des plus grands
cuisiniers-pâtissiers de tous les temps: Antonin
Carême.
C'est à cet artiste que l'on doit
l'introduction en France du service à la russe, qui remplace
le buffet habituel. Désormais, les plats se succèdent selon l'ordre
que nous connaissons: entrée, poisson, viande, dessert.
Comme
il se doit dans le pays qui a donné au monde le plus nombre
d'écrivains qui soit, la gastronomie donne naissance en France
à une littérature spécialisée avec Grimod de la Reynière et surtout
Brillat-Savarin, un digne conseiller à la Cour de Cassation,
célibataire et amateur de repas fins, dont le nom survivra pour
l'éternité avec un seul livre: «Physiologie du
goût».
A noter une dédicace de Grimod de la Reynière à
une célébrissime courtisane du temps de Louis XIV, Ninon de Lenclos:
«Ninon quelquefois infidèle aux amants mais toujours fidèle aux
gourmands»:-)
L'exposition du musée d'Orsay présente des
documents très riches de sens, à savoir les menus de quelques
restaurants.
Ainsi ai-je relevé celui de la Maison
Egalité, à Paris, en 1795 (on est alors à la fin de la
Révolution). Le Clos Vougeot, le Champagne et le Bordeaux y sont
proposés au même prix: 30 francs, la blanquette de veau aux
champignons à 10 francs,... Les convives peuvent finir avec un café
et un digestif (porto,...). Autant dire que nous ne
serions pas dépaysés dans cet établissement!
Un siècle plus
tard, vers 1895, le restaurant populaire Aux trois faisans,
à Dijon, propose pour 5 francs un repas complet avec soles
frites, filet aux pommes, pain et gâteau.
Sous le Second
Empire, en 1854, tandis que se développe la Révolution industrielle
et que se multiplient à Paris les ouvriers et les employés, un homme
du nom de Duval crée dans la rue de la Monnaie un restaurant d'un
nouveau type, le bouillon. Cette première forme de
restauration rapide aura un grand succès au fil du siècle.
Il
reste quelques bouillons à Paris, le plus célèbre, très prisé des
jeunes touristes étrangers, étant Chartier, rue du faubourg
Saint-Denis.
Dans un genre différent, on peut apprécier
au musée d'Orsay la présentation de la table de réception du duc de
Morny, demi-frère de Napoléon III, avec ses 36 couverts signés
Christofle, Baccarat et Limoges.
André Larané |
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