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Octobre 2002
Commémorer Victor
Hugo? Alexandre Dumas? Pourquoi pas si cela peut promouvoir la
lecture de leurs œuvres?
Fallait-il aussi tirer Bonaparte de
son mausolée? Nous voilà submergés par un spectacle
(distrayant) de Robert Hossein, un téléfilm (consternant) sur la
chaîne France 2 et pour couronner le tout, plusieurs magazines
hors-série dédiés à l'empereur.
Passons sur les repentances
relatives à l'Occupation, aux responsabilités de Vichy dans les
rafles de juifs, aux méfaits de la guerre d'Algérie...
On
peut s'interroger sur cette extraordinaire propension de la France
et des élites françaises à se tourner vers le passé, pour s'en
glorifier ou s'en repentir.
Qu'il s'agisse d'exalter les
succès de la Révolution ou de se frapper la poitrine en expiation de
fautes plus récentes, ces retours en arrière ne sont pas innocents.
Ils concourent à l'oubli du présent et nous détournent des défis à
venir.
Avec l'épopée napoléonienne, nous oublions que notre
armée manque cruellement des crédits et des moyens logistiques qui
lui permettraient de tenir son rang.
Victor Hugo
nous rappelle le temps où la littérature et la langue françaises
rayonnaient sur le monde entier de même que les idéaux de
fraternité, de tolérance et de laïcité... Pauvres idéaux aujourd'hui
mis à l'épreuve par l'étiolement des liens sociaux et la percée de
l'intégrisme religieux.
Le 30 novembre 2002, en conduisant au
Panthéon Alexandre Dumas, le plus français des romanciers,
petit-fils d'une esclave noire, les responsables de ce pays, toutes
tendances confondues, essaieront une nouvelle fois d'occulter les
ratages de l'intégration des nouveaux immigrants.
Quand,
enfin, nous nous penchons sur le comportement de nos parents,
grand-parents et arrière grand-parents pendant l'Occupation et la
guerre d'Algérie, que ne songeons-nous un instant à ce que la
postérité retiendra de nos propres comportements face aux exactions
de Yougoslavie et du Rwanda, deux pays proches de la France à divers
titres?
L'Histoire
alibi?
Le fabuliste
Ésope disait de la langue qu'elle était la meilleure et la pire des
choses selon l'usage qu'on en faisait. En irait-il de même de
l'Histoire?
En approfondissant l'étude du passé, nous
découvrons combien nos ancêtres sont proches de nous. À mesure que
nous pénétrons leurs sentiments et leurs motivations, nous en venons
à les considérer comme nos contemporains. C'est ainsi que Jules
César ou encore Robespierre peuvent nous apparaître au moins
aussi proches que l'actuel Premier ministre chinois.
En mesurant les difficultés et les faiblesses de nos
prédécesseurs, nous sommes amenés à faire preuve d'une plus grande
mansuétude à l'égard de nos vrais contemporains. Et à regarder
l'avenir avec plus de décontraction.
Toute autre est
l'attitude qui consiste à chercher dans une analyse superficielle de
l'Histoire la solution à nos angoisses et la réponse à nos préjugés.
Dans cette attitude qui prédomine lors des commémorations,
l'Histoire n'est plus un outil au service de l'action ou de la
compréhension du monde mais un refuge face aux incertitudes du
présent et de l'avenir.
André Larané
C'était Bonaparte
Le nouveau
spectacle de Robert Hossein au Palais des Sports de Paris
présente une succession de tableaux vivants selon une recette
inaugurée au Puy-du-Fou, en Vendée. Rien à reprocher à la mise
à scène, colorée et vivante.
Le
contenu historique est conforme quant à lui à nos manuels
scolaires... à trois réserves près: rien n'est dit du conflit
religieux qui est à l'origine de la Terreur et que Bonaparte a
habilement conclu en signant le Concordat;
on découvre par contre avec stupeur un général Bonaparte
prêt à se convertir à l'islam! -complaisance
«politiquement correcte»?-; enfin, c'est une
mystification que de présenter Napoléon comme le «père de
l'Europe», lui qui détruisit l'ancien équilibre européen
et encouragea l'éveil des nationalismes sur tout le
continent. |