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Le 11 novembre 1918, à 11 heures,
dans toute la France, les cloches sonnent à la volée.
Au front, les clairons bondissent sur les parapets et sonnent
le «Cessez-le-Feu», «Levez-vous», «Au
Drapeau».
La «Marseillaise» jaillit à pleins poumons des tranchées.
Même soulagement en face, dans le camp allemand.
Pour la première fois depuis quatre ans, Français et Allemands
peuvent se regarder sans s'entretuer.
L'armistice laisse derrière lui huit millions de morts et six
millions de mutilés. Les survivants veulent croire que cette
guerre qui s'achève restera
la dernière de l'Histoire, la «der des der»...
Défaite
précipitée
Après l'échec de leur contre-offensive de juillet 1918, et devant
l'arrivée en masse des troupes américaines, les Allemands ont
compris qu'ils n'avaient plus d'espoir de vaincre.
Dès le 28 septembre 1918, le quartier-maître général («Generalquartiermeister») Erich Ludendorff, chef des armées allemandes et véritable
maître du pays, confie que l'armistice est devenue inévitable.
Mais il tarde à révéler au gouvernement civil la réalité
de la défaite militaire.
L'un après l'autre, les alliés de l'Allemagne cessent les combats
et signent des armistices.
Le 29 septembre, la Bulgarie signe un armistice avec les Alliés;
le 30 octobre, c'est le tour de la Turquie à Moudros;
le 3 novembre, l'Autriche-Hongrie signe à Villa Giusti
un armistice avec l'Italie.
Une révolte ouvrière dans le port de Kiel, le 3 novembre, fait
craindre une Révolution d'inspiration communiste dans l'ensemble
du pays.
Acculé, l'empereur Guillaume II abdique le 9 novembre et cède
la place au gouvernement républicain du chancelier Max de Bade.
Les militaires s'étant défaussés, c'est à un civil, Matthias
Erzberger, que revient la pénible tâche de demander l'armistice
(cela lui vaudra d'être assassiné par les nationalistes allemands
le 26 août 1921).
En France, la demande fait débat. Le président de la République
Raymon Poincaré et le général Philippe Pétain voudraient profiter
de l'avantage militaire pour chasser les Allemands de Belgique,
envahir l'Allemagne elle-même et signifier à celle-ci l'étendue
de sa défaite.
Mais le généralissime des troupes alliées, Ferdinand Foch, et
le chef du gouvernement Georges Clemenceau,
qui a montré une extrême détermination dans la guerre à outrance,
ne l'entendent pas de cette oreille.
Ils ne croient pas l'armée française capable de se battre encore
longtemps et souhaitent en finir au plus vite. Ils craignent
aussi qu'à trop tarder, l'Allemagne ne devienne comme la Russie
la proie des révolutionnaires bolchéviks.
Hésitant
à un jour près sur la date
d'entrée en vigueur de l'armistice, les Français
optent pour le 11 novembre, qui est la fête traditionnelle
de leur saint patron, Martin.
L'armistice est signé dans le wagon spécial du généralissime
Foch, au carrefour de Rethondes, au milieu de la forêt de Compiègne.
En France, l'anniversaire de l'armistice ne tarde pas
à devenir une commémoration essentielle de la vie nationale,
avec dépôt de gerbes devant les monuments aux morts de chaque
village et sur la tombe du Soldat inconnu, sous l'Arc de Triomphe
de la place de l'Étoile, à Paris.
Amertume
des vaincus
Rien de tel en Allemagne où les citoyens notent avec consternation
que leur pays n'a pas été envahi et que leurs armées ne se sont
pas effondrées.
La demande d'armistice étant venue des représentants civils
et non militaires de l'Allemagne, ces derniers échappent à l'infâmie
de la défaite.
À Berlin, les représentants de la jeune République accueillent
les combattants en ces termes: «Soldats qui revenez invaincus,…»
Dans les mois qui suivent l'armistice, Ludendorff et Hindenburg
attribuent avec aplomb la défaite militaire à un «coup de
poignard dans le dos» de la part des politiciens et des
bourgeois cosmopolites.
L'expression est reprise avec ferveur par les Allemands meurtris
et humiliés. Elle va faire le lit des partis ultranationalistes,
dont le parti nazi.
Les
séquelles du conflit
Avec la Grande Guerre, pour la première fois dans l'Histoire
de l'humanité, des peuples entiers sont entraînés au combat
par des généraux peu soucieux du sang versé.
52 mois de guerre totale se soldent par un bilan humain catastrophique
pour l'Europe et en particulier la France.
La Grande Guerre aura mobilisé un total de 65 millions
d'hommes et fait plus de 8 millions de morts au combat, dont
1,8 millions d'Allemands, 1,7 millions de Russes, 1,4 millions
de Français, 1,2 million d'Austro-Hongrois, 908.000 Britanniques,
650.000 Italiens, 335.000 Roumains, 325.000 Turcs, 117.000 Étatsuniens,
88.000 Bulgares, 45.000 Serbes,...
À cela s'ajoutent 6,6 millions de victimes civiles et plus de
20 millions de blessés.
La France du nord et de l'Est, où s'étaient déroulées les principales
batailles, était ravagée et allait se remettre difficilement
de ses ruines.
Beaucoup de villages, dans toutes les régions du pays, n'allaient
quant à eux jamais se remettre de la mort au combat de nombre
de leurs garçons et de la condamnation au célibat de nombreuses
jeunes filles (les «veuves blanches»).
À noter les progrès de l'armement avec l'apparition des chars
blindés et de l'aviation de guerre, ainsi que les progrès de
la chirurgie réparatrice, mise au défi de soulager les «gueules
cassées» (les mutilés du visage, au nombre de 15.000
en France).
L'incorporation des hommes valides avait amené beaucoup de femmes
à occuper les postes vacants dans les usines, favorisant de
ce fait leur émancipation.
Grippe
espagnole
Les réjouissances
consécutives à l'arrêt des combats furent, dans d'innombrables
foyers, contrariées par une épidémie surprenante et très
mortelle.
Pendant deux ans, en 1918 et 1919, un virus mystérieux
se répandit en Asie d'abord puis dans le reste du monde.
C'est ainsi que des poilus rescapés des tranchées furent
tout d'un coup frappés par une fièvre sans raison apparente
et s'alitèrent pour ne plus se relever. Des familles
entières furent décimées...
L'épidémie provoqua au total pas moins de... 21 millions
de morts, soit deux fois plus que la Grande Guerre; les
trois quarts des victimes se situant en Asie.
Appelé «influenza» par les Anglo-Saxons et «grippe
espagnole» par les Français, le virus n'a été
identifié qu'à la fin du XXe siècle
comme étant une variante particulièrement
agressive du virus de la grippe.
La grippe espagnole se solda par une addition de drames
individuels sans répercussions notables sur la vie politique
et sociale.
L'une des victimes les plus célèbres en
fut le poète Guillaume Apollinaire, mort le 9 novembre
1918, à 38 ans. Deux ans plus tôt, dans les
tranchées, il avait été gravement
blessé à la tempe.
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