11 novembre 1918

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Les baladins, par Pablo Picasso (Espagne et France 1881-1973), National Gallery of Art (Washington)
Ce jour-là...

Un armistice met fin à la Grande Guerre

Le déroulement de la Grande Guerre:

Origines du conflit

28/06/1914: attentat de Sarajevo

01/08/1914: mobilisation générale

30/08/1914: bataille de Tannenberg

26/04/1915: traité secret de Londres

07/05/1915: un sous-marin coule le Lusitania

24/04/1915: génocide des Arméniens

21/02/1916: bataille de Verdun

01/07/1916: offensive de la Somme

17/11/1917: Poincaré appelle Clemenceau

11/11/1918: armistice et arrêt des combats

28/06/1919 : traité de Versailles

Les séquelles du conflit
 

Le 11 novembre 1918, à 11 heures, dans toute la France, les cloches sonnent à la volée.

Au front, les clairons bondissent sur les parapets et sonnent le «Cessez-le-Feu», «Levez-vous», «Au Drapeau».

La «Marseillaise» jaillit à pleins poumons des tranchées. Même soulagement en face, dans le camp allemand.

Pour la première fois depuis quatre ans, Français et Allemands peuvent se regarder sans s'entretuer.

L'armistice laisse derrière lui huit millions de morts et six millions de mutilés. Les survivants veulent croire que cette guerre qui s'achève restera la dernière de l'Histoire, la «der des der»...

Défaite précipitée

Après l'échec de leur contre-offensive de juillet 1918, et devant l'arrivée en masse des troupes américaines, les Allemands ont compris qu'ils n'avaient plus d'espoir de vaincre.

Dès le 28 septembre 1918, le quartier-maître général («Generalquartiermeister») Erich Ludendorff, chef des armées allemandes et véritable maître du pays, confie que l'armistice est devenue inévitable.

Mais il tarde à révéler au gouvernement civil la réalité  de la défaite militaire.

L'un après l'autre, les alliés de l'Allemagne cessent les combats et signent des armistices.

Le 29 septembre, la Bulgarie signe un armistice avec les Alliés; le 30 octobre, c'est le tour de la Turquie à Moudros; le 3 novembre, l'Autriche-Hongrie signe à Villa Giusti un armistice avec l'Italie.

Une révolte ouvrière dans le port de Kiel, le 3 novembre, fait craindre une Révolution d'inspiration communiste dans l'ensemble du pays.

Acculé, l'empereur Guillaume II abdique le 9 novembre et cède la place au gouvernement républicain du chancelier Max de Bade.

Les militaires s'étant défaussés, c'est à un civil, Matthias Erzberger, que revient la pénible tâche de demander l'armistice (cela lui vaudra d'être assassiné par les nationalistes allemands le 26 août 1921).

En France, la demande fait débat. Le président de la République Raymon Poincaré et le général Philippe Pétain voudraient profiter de l'avantage militaire pour chasser les Allemands de Belgique, envahir l'Allemagne elle-même et signifier à celle-ci l'étendue de sa défaite.

Mais le généralissime des troupes alliées, Ferdinand Foch, et le chef du gouvernement Georges Clemenceau, qui a montré une extrême détermination dans la guerre à outrance, ne l'entendent pas de cette oreille.

Ils ne croient pas l'armée française capable de se battre encore longtemps et souhaitent en  finir au plus vite. Ils craignent aussi qu'à trop tarder, l'Allemagne ne devienne comme la Russie la proie des révolutionnaires bolchéviks.

Les signataires de l'armistice devant le wagon de RethondesHésitant à un jour près sur la date d'entrée en vigueur de l'armistice, les Français optent pour le 11 novembre, qui est la fête traditionnelle de leur saint patron, Martin.

L'armistice est signé dans le wagon spécial du généralissime Foch, au carrefour de Rethondes, au milieu de la forêt de Compiègne.

En France, l'anniversaire de l'armistice  ne tarde pas à devenir une commémoration essentielle de la vie nationale, avec dépôt de gerbes devant les monuments aux morts de chaque village et sur la tombe du Soldat inconnu, sous l'Arc de Triomphe de la place de l'Étoile, à Paris.

Amertume des vaincus

Rien de tel en Allemagne où les citoyens notent avec consternation que leur pays n'a pas été envahi et que leurs armées ne se sont pas effondrées.

La demande d'armistice étant venue des représentants civils et non militaires de l'Allemagne, ces derniers échappent à l'infâmie de la défaite.

À Berlin, les représentants de la jeune République accueillent les combattants en ces termes: «Soldats qui revenez invaincus,…»

Dans les mois qui suivent l'armistice, Ludendorff et Hindenburg attribuent avec aplomb la défaite militaire à un «coup de poignard dans le dos» de la part des politiciens et des bourgeois cosmopolites.

L'expression est reprise avec ferveur par les Allemands meurtris et humiliés. Elle va faire le lit des partis ultranationalistes, dont le parti nazi.

Les séquelles du conflit

Avec la Grande Guerre, pour la première fois dans l'Histoire de l'humanité, des peuples entiers sont entraînés au combat par des généraux peu soucieux du sang versé.

52 mois de guerre totale se soldent par un bilan humain catastrophique pour l'Europe et en particulier la France.

La Grande Guerre aura mobilisé un total de 65 millions d'hommes et fait plus de 8 millions de morts au combat, dont 1,8 millions d'Allemands, 1,7 millions de Russes, 1,4 millions de Français, 1,2 million d'Austro-Hongrois, 908.000 Britanniques, 650.000 Italiens, 335.000 Roumains, 325.000 Turcs, 117.000 Étatsuniens, 88.000 Bulgares, 45.000 Serbes,...

À cela s'ajoutent 6,6 millions de victimes civiles et plus de 20 millions de blessés.

La France du nord et de l'Est, où s'étaient déroulées les principales batailles, était ravagée et allait se remettre difficilement de ses ruines.

Beaucoup de villages, dans toutes les régions du pays, n'allaient quant à eux jamais se remettre de la mort au combat de nombre de leurs garçons et de la condamnation au célibat de nombreuses jeunes filles (les «veuves blanches»).

À noter les progrès de l'armement avec l'apparition des chars blindés et de l'aviation de guerre, ainsi que les progrès de la chirurgie réparatrice, mise au défi de soulager les «gueules cassées» (les mutilés du visage, au nombre de 15.000 en France).

L'incorporation des hommes valides avait amené beaucoup de femmes à occuper les postes vacants dans les usines, favorisant de ce fait leur émancipation.

Grippe espagnole

Les réjouissances consécutives à l'arrêt des combats furent, dans d'innombrables foyers, contrariées par une épidémie surprenante et très mortelle.

Pendant deux ans, en 1918 et 1919, un virus mystérieux se répandit en Asie d'abord puis dans le reste du monde.

C'est ainsi que des poilus rescapés des tranchées furent tout d'un coup frappés par une fièvre sans raison apparente et s'alitèrent pour ne plus se relever. Des familles entières furent décimées...

L'épidémie provoqua au total pas moins de... 21 millions de morts, soit deux fois plus que la Grande Guerre; les trois quarts des victimes se situant en Asie.

Appelé «influenza» par les Anglo-Saxons et «grippe espagnole» par les Français, le virus n'a été identifié qu'à la fin du XXe siècle comme étant une variante particulièrement agressive du virus de la grippe.

La grippe espagnole se solda par une addition de drames individuels sans répercussions notables sur la vie politique et sociale.

L'une des victimes les plus célèbres en fut le poète Guillaume Apollinaire, mort le 9 novembre 1918, à 38 ans. Deux ans plus tôt, dans les tranchées, il avait été gravement blessé à la tempe.

 

Mise à jour le 22 février 2003