14 avril 1865

Abraham Lincoln assassiné
Mort d'un Juste

Avec l'aimable collaboration de James Day (University of South Carolina)

Ce jour-là...

Photographie du président Abraham Lincoln

Les États-Unis d'Abraham Lincoln

2 mars 1820: compromis du Missouri

20 décembre 1860: sécession de la Caroline du Sud

8 février 1861: début de la guerre de Sécession

9 avril 1865: fin de la guerre de Sécession

14 avril 1865: assassinat d'Abraham Lincoln

18 décembre 1865: adoption du 13e amendement
  

Ce soir du 14 avril 1865, le président américain manifeste le désir d'un moment de détente. Il se rend avec sa femme au Ford's Theatre de Washington.

La guerre de Sécession, qui avait déchiré les États-Unis pendant 4 ans, venait de se terminer le 9 avril avec la reddition du général sudiste Lee.

Au théâtre, un acteur fanatique attend son heure. John Wilkes Booth se glissa dans la loge du président et tue celui-ci d'un coup de pistolet dans la nuque.

Le lendemain, 15 avril 1865, le monde pleure en apprenant la mort d'Abraham Lincoln.

L'ancien président est inhumé au cimetière d'Oak Ridge (Tennessee) le 4 mai au terme de grandioses funérailles.

Si la postérité ne devait conserver du XIXe siècle que le souvenir d'un seul homme, il serait juste que ce soit celui-là.

Au contraire de Lénine, Hitler ou... Napoléon, Lincoln n'eût jamais le souci d'embellir sa vie et ses actes. Les faits parlent d'eux-mêmes.

Une vie de droiture


Abraham Lincoln naquit au Kentucky, en 1809, dans la cabane d'un ménage de bûcherons illettrés. Grand et vigoureux, il mania très tôt la hache.

Malgré les difficultés et les malheurs familiaux, il trouva moyen d'apprendre à lire et de satisfaire son goût irrépressible pour l'étude et le droit.

A 20 ans, sur un bateau du Mississipi qui le mène à La Nouvelle-Orléans, il voit pour la première fois des esclaves.

Il s'établit à Springfield, une petite ville de l'Illinois, et il y devient le modèle de l'avocat intègre et compatissant.

Plutôt laid de visage mais doté d'une voix envoûtante, Abraham Lincoln s’exprime avec des mots compréhensibles de tous et un raisonnement d’une très haute tenue. Cela lui vaut d'être élu le 4 août 1834 au Congrès de l’Illinois et le 3 août 1846 au Congrès fédéral de Washington.

Il manifeste courageusement ses réticences à l’égard de la guerre injuste menée contre le Mexique en 1847. Désavoué par ses électeurs, il est battu aux élections suivantes et revient à ses occupations d'avocat.

Cependant, la publication en 1851-1852 du roman Uncle Tom's Cabin (La Case de l’Oncle Tom) relance le débat sur l'esclavage aux États-Unis. 

Le 30 mai 1854, le bill Kansas-Nebraska du sénateur démocrate Stephen Douglas autorise les électeurs de ces États à choisir leur statut d’État libre ou esclavagiste. 

La décision contrevient au «compromis» du Missouri de 1820 qui avait établi que les nouveaux États seraient obligatoirement libres au nord de la Mason & Dixon Line et esclavagistes au sud.

Il s'ensuit une scission du parti whig et la naissance du parti républicain, partisan de contenir l’esclavagisme. 

Le 6 mars 1857, l’arrêt Dred Scott autorise la poursuite des esclaves en fuite jusque dans les États libres.

Lincoln se présente sans succès au Sénat contre Douglas, mais, par une interpellation habile («Malgré l’arrêt Dred Scott, un État peut-il interdire l’esclavage?»), il grille celui-ci auprès des Sudistes.

Pour l’élection présidentielle de 1860, les démocrates se divisent (d’un côté les partisans du droit des États à choisir leur régime, de l’autre les esclavagistes durs). Les républicains choisissent Lincoln, qui est élu le 6 novembre avec seulement 40% des voix.

La Caroline du sud décide dès le 20 décembre de faire sécession. Elle est imitée par dix autres États qui veulent préserver l'esclavage et plus encore leur civilisation agraire et aristocratique que menace l'affairisme des industriels du nord.

Abraham Lincoln veut plus que tout préserver l'unité du pays. Dans son discours d'investiture, il propose au Sud de conserver l'esclavage sous certaines conditions. Mais son ouverture est rejetée. La guerre entre le Nord et le Sud devient dès lors quasiment inévitable.

L'action du président trouve un aboutissement posthume avec le vote du XIIIe amendement à la Constitution des États-Unis le 18 décembre 1865. Il abolit l'esclavage qui déshonorait le pays.

Abraham Lincoln ne serait pas un homme s'il n'avait des faiblesses. La plus grave qu'on lui connaisse fut d'offrir à son fils une planque à l'état-major du général Grant en lui épargnant le risque de se faire tuer sur le front.

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Gettysburg's Address

Tout comme les écoliers français apprennent par coeur des fables de La Fontaine, bon nombre de jeunes Étasuniens apprennent au collège le discours que Lincoln prononça à Gettysburg le 19 novembre 1863 (The Gettysburg Address).
 

 
Four score and seven years ago our fathers brought forth on this continent, a new nation, conceived in Liberty, and dedicated to the proposition that all men are created equal. Now we are engaged in a great civil war, testing whether that nation, or any nation so conceived and so dedicated, can long endure (...).

Abraham Lincoln

 
Il y a quatre-vingt sept ans, nos pères ont donné naissance sur ce continent à une nation nouvelle, conçue dans un esprit de Liberté et fondé sur le principe de l’Egalité de tous les citoyens. Nous voici engagés dans une guerre civile majeure, destinée à prouver qu’une nation bâtie sur de tels prémices doit perdurer (...).

 
Bibliographie

Je recommande la petite biographie illustrée de Louis de Villefosse: Lincoln (Seuil). Hélas, la première édition date de 1965 et il n'est pas sûr que le livre soit encore disponible.

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O Captain! My Captain!

La mort tragique de Lincoln a inspiré à Walt Whitman un poème célèbre, «O Captain! My Captain!»
Le film «Le cercle des poètes disparus», avec Robin Williams dans le rôle principal, en a transmis l'écho à toute la planète.
 

 
O Captain! My Captain!

O Captain! My Captain! our fearful trip is done,
The ship has weather'd every rack, the prize we sought is won,
The port is near, the bells I hear, the people all exulting,
While follow eyes the steady keel, the vessel grim and daring;
But O heart! heart! heart!
O the bleeding drops of red,
Where on the deck my Captain lies,
Fallen cold and dead.


O Captain! my Captain! rise up and hear the bells;
Rise up-for you the flag is flung-for you the bugle trills,
For you bouquets and ribbon'd wreaths- for you the shores a-crowding,
For you they call, the swaying mass, the eager faces turning;
Here Captain! dear father!
The arm beneath your head!
It is some dream that on the deck,
You've fallen cold and dead.


My Captain does not answer, his lips are pale and still,
My father does not feel my arm, he has no pulse nor will,
The ship is anchor'd safe and sound, its voyage closed and done,
From fearful trip the victor ship comes in with object won;


Exult O shores, and ring O bells!
But I with mournful tread,
Walk the deck my Captain lies,
Fallen cold and dead.

Traduction du poème en français, d'après l'édition définitive du recueil Feuilles d'herbe, par Léon Bazalgette; 2 vol. Mercure de France (1922).

 
O Capitaine! Mon Capitaine!

O Capitaine! mon Capitaine! fini notre effrayant voyage,
Le bateau a tous écueils franchis, le prix que nous quêtions est gagné,
Proche est le port, j'entends les cloches, tout le monde qui exulte,
En suivant des yeux la ferme carène, l'audacieux et farouche navire ;

Mais ô coeur! coeur! coeur!
Oh ! les gouttes rouges qui lentement tombent
Sur le pont où gît mon Capitaine,
Etendu mort et glacé.

O Capitaine! mon Capitaine! lève-toi et entends les cloches!
Lève-toi - c'est pour toi le drapeau hissé - pour toi le clairon vibrant,
Pour toi bouquets et couronnes enrubannés - pour toi les rives noires de monde,
Toi qu'appelle leur masse mouvante aux faces ardentes tournées vers toi;

Tiens, Capitaine! père chéri!
Je passe mon bras sous ta tête!
C'est quelque rêve que sur le pont,
Tu es étendu mort et glacé.

Mon Capitaine ne répond pas, pâles et immobiles sont ses lèvres,
Mon père ne sent pas mon bras, il n'a ni pulsation ni vouloir,
Le bateau sain et sauf est à l'ancre, sa traversée conclue et finie,
De l'effrayant voyage le bateau rentre vainqueur, but gagné;

O rives, Exultez, et sonnez, ô cloches !
Mais moi d'un pas accablé,
Je foule le pont où gît mon Capitaine,
Etendu mort et glacé.

 

Mise à jour le 24 février 2003