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Le treizième
amendement à la Constitution des États-Unis prend effet le 18
décembre 1865.
«Ni esclavage, ni aucune forme de servitude involontaire ne
pourront exister aux États-Unis, ni en aucun lieu soumis à leur
juridiction», énonce-t-il.
La Guerre de Sécession (ou Civil War) est à peine terminée
que le Congrès tranche sur ce qui en fut la cause directe: l'esclavage
dans les plantations de coton du Sud.
Le 1er janvier 1863, en pleine guerre, le président Abraham Lincoln
avait proclamé l'émancipation des esclaves dans les États insurgés.
Mais il n'avait pu inscrire l'abolition de l'esclavage dans la
Constitution faute d'une majorité suffisante au Congrès.
Le président est assassiné en avril
1865, quelques jours après la fin de la guerre.
Le vice-président Andrew Johnson lui succède et promulgue
une amnistie le 29 mai dont les termes sont moins généreux que
ceux envisagés par Lincoln.
Enfin, le parti républicain au pouvoir arrive à réunir les deux
tiers des représentants autour du 13e amendement et très vite,
la plupart des États sudistes retrouvent leur place au sein de
l’Union.
Quelques mois après l'adoption du 13e amendement , un 14e
garantit aux Noirs le droit de vote et l'égalité avec les Blancs
devant la loi.
Cependant, ces principes vont longtemps rester lettre morte.
«Reconstruction Period»
Lors de l’élection présidentielle de 1868, Johnson, jugé
incompétent et dépourvu de charisme, cède la place à un prétorien,
l’ancien général Ulysses Simpson Grant.
Sous sa présidence, le Sud est littéralement envahi par des profiteurs
sans scrupules, les «carpetbaggers», sans autre fortune
qu'une valise (d'où leur surnom: porteurs de valises).
On les surnomme aussi scalawags (propres à rien).
Ces «Yankees» dressent les Noirs contre les Blancs. Ils
exploitent la naïveté des anciens esclaves et font élire des hommes
de paille noirs à leur dévotion.
Tirant parti de l’occupation militaire, ils s’installent
aux commandes des États du Sud, rachetant les propriétés dévaluées
et volant l’argent public.
On voit par réaction fleurir des sociétés secrètes animées par
d'anciens combattants confédérés. La plus tristement célèbre est
le Ku Klux Klan, à laquelle on attribue le
lynchage et la mort de 4.000 Noirs entre 1866 et 1914.
Le Ku Klux Klan a été fondé en décembre 1865
par des soldats confédérés. Bien qu'interdit en 1869, il réunit
jusqu'à un demi million de sympathisants.
Ces derniers brutalisent ou tuent les anciens esclaves pour les
empêcher de faire usage de leurs droits civiques. Ils utilisent
aussi toutes les ressources de la loi pour établir un régime de
ségrégation raciale.
Il faudra près d'un siècle et plusieurs autres amendements à la
Constitution avant que les droits civiques des descendants d'esclaves
soient partout reconnus.
Nostalgie
A partir des années 1870, l’ancienne classe des planteurs
dépossédés se font à nouveau plébisciter par la multitude des
petits blancs sur un programme populiste qui ne cessera d’imprégner
la tradition sudiste jusqu’à nos jours.
En 1936, le roman de Margaret Mitchell, Gone with the Wind
(Autant en emporte le vent), met en scène avec beaucoup
de sensibilité la détresse d’une société disparue.
Il vaut le Prix Pulitzer à son auteur, un triomphe au cinéma et
d’innombrables imitations (comme La bicyclette bleue
de Régine Deforges).
Sans cette conflagration majeure, les États-Unis se seraient sans
doute constitués en une fédération sensiblement plus lâche que
celle que nous connaissons.
La réticence des Américains à s’engager dans les conflits
du XXe siècle doit beaucoup au souvenir des pertes immenses subies
au cours de la guerre de Sécession, ou Guerre civile («Civil
War»).
L’élection du président républicain George W. Bush Junior
en 2000, malgré un scrutin douteux en Floride, consacre après
140 ans l’épuisement du crédit démocrate dans le Sud.
Dans cette région qui a gardé le souvenir de la
guerre de Sécession, jusqu'à cette date, le parti
républicain était tenu pour responsable des déconvenues
confédérées et objet de rancœur pour bien des nostalgiques.
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