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L'aviation
française, lancée à la poursuite de fellaghas algériens, bombarde le village
tunisien de Sakhiet, le 8 février 1958. L'attaque fait 70 morts dans la population
civile.
En guise de représailles, le président tunisien Habib Bourguiba bloque la base
française de Bizerte et en appelle à l'ONU.
Le gouvernement de Félix Gaillard suggère de faire appel à une mission de bons offices
anglo-américaine. L'Assemblée désavoue alors son initiative et il doit démissionner.
Sabotage d'une solution
politique
Pierre Pfimlin est pressenti pour remplacer Félix Gaillard à la présidence du Conseil.
Mais il est soupçonné de vouloir négocier un cessez-le-feu avec les rebelles du FLN qui
luttent pour l'indépendance de l'Algérie.
L'armée française d'Algérie a mauvaise presse. Une campagne d'opinion dénonce les
tortures exercées par les parachutistes u général Massu dans la région d'Alger.
Dans ce contexte troublé, les gaullistes qui militent corps et âme pour le retour du général de Gaulle au pouvoir encouragent les pieds-noirs à la sédition.
Ils laissent entendre que le Général est la personnalité la mieux placée pour
maintenir les départements algériens au sein de la République.
Les gaullistes les plus en vue sont le sénateur et polémiste Michel Debré, qui publie Le
Courrier de la colère pour défendre l'Algérie française, et le député et
anthropologue Jacques Soustelle, partisan d'octroyer aux musulmans les mêmes droits
qu'aux autres habitants du pays.
Le 10 mai 1958, Alain de Sérigny, directeur de l'Echo d'Alger, publie un
éditorial où il en appelle à de Gaulle pour sauver l'Algérie française que les partis
traditionnels et le prochain gouvernement s'apprêtent à lâcher: «Je vous en
conjure, parlez, parlez vite, mon général...»
Vrai-faux coup d'État
Le 13 mai 1958 est le jour de l’investiture de Pierre Pfimlin. A Alger a lieu une
manifestation d'anciens combattants à la mémoire de trois militaires du contingent faits
prisonniers par les fellaghas et fusillés en Tunisie.
Profitant de la manifestation, les partisans de l'Algérie française donnent
l’assaut au bâtiment du gouvernement général sous la conduite de Pierre
Lagaillarde, un leader étudiant.
Après la mise à sac du gouvernement général, les émeutiers nomment un Comité de
salut public.
Le général Jacques Massu, qui a reçu de Félix Gaillard les pleins pouvoirs civils et
militaires à Alger, en accepte la présidence. Il envoie à Paris un télégramme: «...
exigeons création à Paris d'un gouvernement de salut public, seul capable de
conserver l'Algérie partie intégrante de la métropole».
Les députés, qui n'apprécient pas cette intrusion, investissent comme prévu Pierre
Pflimlin. C'est la rupture avec Alger.
Le 14 mai, à 5 heures du matin, Massu lance un nouvel appel: «Le comité de
salut public supplie le général de Gaulle de bien vouloir rompre le silence en vue
de la constitution d'un gouvernement de salut public qui seul peut sauver l'Algérie de
l'abandon».
Le lendemain, le général Raoul Salan, qui commande l'armée en Algérie, prononce une
allocution devant le comité de salut public, à l'intérieur du Gouvernement général
d’Alger: «Vive la France, vive l'Algérie française, vive le général de
Gaulle!»
Puis il se rend sur le balcon et lance à la foule rassemblée sur le Forum: «Vive de
Gaulle!»
C'est un appel déguisé au Général, éjecté de l'activité politique en 1947 mais
toujours très désireux de donner à la France des institutions plus stables que la IVe
République.
De sa retraite de Colombey-les-deux-Églises, de Gaulle fait répondre le jour même qu'il
se tient prêt à «assumer les pouvoirs de la République».
Le 19 mai, il donne une conférence de presse pour dire qu'il refuse de recevoir le
pouvoir des factieux d'Alger.
Mais, plus que jamais, les parlementaires rejettent la perspective de confier la
République à de Gaulle.
C'est sans compter avec les rebelles d'Alger et les manoeuvriers gaullistes.
Le 24 mai, des parachutistes venus d’Algérie sautent sur la Corse. L'affaire se
passe sans mal et les militaires sont aimablement reçus par la sous-préfète de Corte.
Les rebelles utilisent habilement la radio pour faire planer sur la métropole la menace
d'un débarquement militaire et d'une guerre civile (N'est-ce pas en Corse qu'a débuté
la Libération du territoire en 1943?).
Le 27 mai, de Gaulle affirme dans un communiqué qu'il entame le processus régulier pour «l'établissement
d'un gouvernement républicain».
Pour dénouer la situation, René Coty, le président de la République, se résout le 1er
juin à en appeler au «plus illustre des Français».
Le 4 juin, devant la foule rassemblée sur le Forum d'Alger, le général proclame une
formule fameuse: «Je vous ai compris. Je sais ce qui s'est passé ici. Je vois ce
que vous avez voulu faire. Je vois que la route que vous avez ouverte en Algérie, c'est
celle de la rénovation...»
L'évocation dans le même discours des dix millions de Français d'Algérie suscite
des flottements chez les membres du comité de salut public qui se demandent si le
général ne veut pas saborder leur projet en promettant une intégration impossible
de tous les musulmans (1).
Mais le 6 juin, l'enthousiasme des pieds-noirs est à son comble quand ils entendent à
Mostaganem le général de Gaulle: «Vive Mostaganem! Vive l'Algérie
française! Vive la République! Vive la France!».
Investi de la présidence du Conseil, le général Charles de Gaulle s’attelle à la
mise sur pied d’une nouvelle Constitution. Elle est approuvée par référendum le 28
septembre 1948 avec 79,2% de Oui et toujours en vigueur.
Le général annonce en octobre 1958, à Constantine, un vaste plan de développement
économique pour conserver l'Algérie à la France. Mais il ne tarde pas à comprendre
l'irréalisme de ce projet.
Le 23 octobre 1958, il promet une «paix des braves» à l'ennemi. Le 16
septembre 1959, il garantit le «droit des Algériens à l'autodétermination».
Ses anciens partisans pieds-noirs, dépités, s'insurgent à Alger au cours de la
meurtrière semaine des Barricades.
Le 14 juin 1960, le président de la République fait un pas de plus et annonce une «Algérie
algérienne liée à la France». Il suscite une tentative de putsch à Alger de la
part d'un «quarteron de généraux en retraite» (Salan, Challe, Zeller et
Jouhaud).
Le putsch échoue piteusement cependant que se poursuivent à Melun puis Évian des
négociations secrètes entre le gouvernement français et les représentants du GPRA
(Gouvernement Provisoire de la République Algérienne).
Séquelles du 13 mai
Le retour au pouvoir du général de Gaulle, à l'appel des partisans de l'«Algérie
française», va prolonger de quatre longues années la guerre d'Algérie, avant que
celle-ci ne se termine sur les accords d'Évian, par
l'abandon de l'Algérie et du Sahara à la faction la plus dure du FLN, la fuite brutale
des Pieds-Noirs, le massacre de plusieurs dizaines de milliers de harkis ou supplétifs de l'armée française
restés sur place, sans compter les fractures dramatiques
au sein de l'armée française et parmi les partisans floués de l'«Algérie
française».
En février 1961, à Madrid, est créée l'OAS (Organisation de l'Armée
Secrète), en révolte contre le lâchage de l'Algérie. Cette organisation terroriste
d'un millier d'activistes multiplie les attentats aveugles après le cessez-le-feu du 19 mars 1962.
Elle suscite en réaction la création de réseaux secrets par les services français de
contre-espionnage. Ces réseaux, caricaturés sous le terme de barbouzes,
sont restés très actifs dans la décennie suivante. Ainsi du SAC (Service d'Action
Civique) dont certains dirigeants ont poursuivi longtemps après la guerre une carrière
éminente.
Sur le coup d'État du 13 mai 1958, on peut retenir la conclusion du grand
penseur Raymond Aron: «J'écris au mois de mars 1962. Il y a trois ans et demi une
République était abattue parce qu'elle était incapable de garder l'Algérie à la
France. Les fondateurs de la République suivante ont obstinément poursuivi la politique
dont ils accusaient les hommes d'hier de nourrir la velléité. Mais s'il fallait crier
"Algérie française" pour ramener le général de Gaulle au pouvoir
et si ce retour à l'Élysée du solitaire de Colombey était indispensable au bien
public, ceux qui ont abusé leurs fidèles et trompé le peuple sur leurs objectifs,
n'ont-ils pas finalement déshonoré leur nom et servi l'État?» (2).
(1) Paul Marie de la
Gorce, De Gaulle, Perrin, 1999 [retour]
(2) Raymond Aron, Le Prince (Machiavel), préface, Le Livre de
Poche, 1972, page VIII [retour]
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