4 décembre 771

 Joyeuse, l'épée du sacre des rois de France

 

Le futur Charlemagne seul roi des Francs

Ce jour-là...

Chronologie succincte de l'empire carolingien:

Les Francs refont leur unité à Néry le 14 octobre 719

Charles Martel vainc les Arabes à Poitiers le 25 octobre 732

Pépin le Bref, fils de Charles Martel, est sacré roi des Francs le 27 juillet 754

Charles et Carloman, fils de Pépin, deviennent rois des Francs le 24 septembre 768

Le futur Charlemagne devient seul roi des Francs le 4 décembre 771

L'arrière-garde de l'armée de Charlemagne est attaquée au col de Roncevaux le 15 août 778

Charlemagne est sacré empereur à Rome le 25 décembre 800

Charlemagne meurt à Aix-la-Chapelle le 28 janvier 814, à 71 ans

Les petits-fils de Charlemagne jurent les serments de Strasbourg le 14 février 842

Louis le Germanique et Charles le Chauve se partagent la Lotharingie le 9 août 870

Eudes devient le premier roi français le 29 février 888

Conrad est élu roi d'Allemagne le 24 septembre 911

Henri 1er de Saxe roi de Germanie le 23 décembre 918

Fin de l'empire carolingien en 924, à la mort de Bérenger de Frioul

Les Hongrois battus au Lechfeld par Otton 1er, fils de Henri 1er, le 10 août 955

Otton le Grand est couronné empereur à Rome le 2 février 962

An Mil: naissance de l'Europe moderne
  

Le 4 décembre 771 meurt Carloman, le fils cadet de Pépin le Bref, roi des Francs, et de Berthe au grand pied, petit-fils de Charles Martel.

Trois ans plus tôt, à la mort de Pépin, le royaume des Francs, hérité des Mérovingiens, avait été partagé entre Carloman et son frère aîné, Charles, selon la coutume germanique.

Charles, plus actif que son frère, supportait mal de n'avoir reçu que la part la plus pauvre de ce royaume immense qui s'étendait de part et d'autre du Rhin.

La mort inopinée de son frère lui permet à 29 ans de régner désormais sans partage sur l'ensemble du royaume.

Le jeune roi est un Barbare illettré qui ne parle que le francique, la langue des Francs.

Intelligent et énergique, il n'a de cesse de s'instruire et d'apprendre le latin auprès des meilleurs clercs de son temps, dont le plus connu est le moine anglais Alcuin.

Il établit sa résidence principale à Aix-la-Chapelle, en Rhénanie, au coeur de son royaume, mais n'a de cesse de voyager pour inspecter ses représentants et combattre ses ennemis.

Charles restaure un semblant d'administration dans l'Occident européen ravagé par les guerres intestines.

C'est ainsi qu'il divise son royaume en comtés, sous l'autorité d'un compagnon du roi (du latin, comes, comitis , dont nous avons fait comte) et en 250 entités de base du nom de «pagi», d'après le mot latin pagus qui désigne une circonscription rurale (en France, beaucoup de ces pagi sont devenus à la Révolution des départements).

Les habitants des pagi, surtout des travailleurs de la terre, sont désignés sous le terme pagenses, dont nous vient le mot paysan.

Pour éviter les abus de pouvoir des seigneurs locaux, Charles délègue fréquemment ses proches dans les pagi.

Ces représentants, ou missi dominici (en latin, envoyés de la cour) vont deux par deux et se surveillent l'un l'autre! L'un est un comte et l'autre un évêque.

Attentif aux affaires religieuses, Charles constitue aussi une quinzaine d'archevêchés pour favoriser l'évangélisation de l'Occident.

Le règne personnel de Charles 1er, très long (42 ans), est une suite incessante de guerres, en premier lieu contre les fils de Carloman et leurs partisans, en second lieu contre les Saxons païens de Germanie, les musulmans d'Espagne et les Lombards qui menacent le pape.

Sacre romain

Les services rendus à la papauté valent au roi des Francs de recevoir du pape Léon III, à la Noël 800, le titre inédit d'«Empereur des Romains».

La cérémonie se déroule à la Noël 800, dans la basilique Saint-Pierre de Rome, en présence d'une nombreuse délégation de Francs.

Par son sacre dans la Ville éternelle, Charles se démarque de son père, sacré à Saint-Denis. Il se présente de façon symbolique en continuateur lointain de l'empire romain et rompt de la sorte avec la lignée de Clovis, qui a unifié trois siècles plus tôt les territoires francs des deux côtés du Rhin.

Avec le sacre de Charles le Grand, le monde romain de l'Antiquité se trouve désormais partagé entre trois empires rivaux: l'empire byzantin (capitale: Constantinople), l'empire arabe (capitale: Bagdad) et l'empire carolingien (capitale: Aix-la-Chapelle).

Ce partage en trois zones culturelles distinctes et souvent ennemies va perdurer jusqu'à nous.
 

Charlemagne, père de l'Europe?

Les clercs de la cour de Charles 1er prennent rapidement l'habitude de désigner l'empereur du qualificatif latin de Carolus Magnus (en français, Charles le Grand, en allemand, Karl der Grosse), devenu «Charlemagne» dans la langue populaire.

Portrait imaginaire de Charlemagne, par Albert Dürer (XVIe siècle)

En France et en Allemagne, à la fin du Moyen Âge, les chroniqueurs tentent chacun de leur côté de «naturaliser» à leur profit l'empereur.

Ils enrichissent son hagiographie, évoquant même en termes poétiques et quelque peu curieux «l'empereur à la barbe fleurie».

En prêtant à l'empereur une barbe alors qu'il était vraisemblablement imberbe, ils veulent souligner son autorité virile. Quand au qualificatif de fleurie, il s'agit d'une mauvaise traduction de «flori», qui signifie blanc en vieux français.

Le mythe de Charlemagne, père de l'Europe, redevient en vogue au XIXe siècle à l'initiative de Victor Hugo (La légende des siècles).

Après la Seconde Guerre mondiale, les fondateurs de la Communauté européenne tentent de le relancer. Il est à noter que l'empire carolingien coïncide assez exactement avec les six pays signataires du traité de Rome: Allemagne, Belgique, France, Hollande, Italie et Luxembourg.
 

En dépit des apparences, c’est un nouveau monde qui naît dans la douleur et succède à l’ancien empire méditerranéen de Rome. Ce dernier tirait sa prospérité des relations maritimes entre l'Occident et l'Orient.

Selon la thèse célèbre de l'historien Henri Pirenne (1), l'antagonisme entre les religions chrétienne et musulmane, à partir du VIIe siècle, aurait rendu très périlleuse la navigation en Méditerranée et limité les échanges commerciaux.

C'est ainsi que l'empire de Charlemagne se recentra sur les pays rhénans; Charles étendant lui-même les possessions reçues de son père jusqu'à l'Elbe, à l'est, et jusqu'à l'Ebre, au sud des Pyrénées.

Les activités se concentrèrent autour d'un axe vital constitué par les régions situées entre Rhin et Meuse, tout en conservant des liens avec l'Italie.

(1) Henri Pirenne, Mahomet et Charlemagne, PUF, 1963 [retour]

 

Mise à jour le 25 février 2003