La vérité sur les bateaux de
Colomb
avec l'aimable collaboration
de Jean Christian Goguet
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Le succès de Christophe Colomb
a été rendu possible par les progrès de la marine, notamment
l'apparition en Europe du nord, dès le XIIe siècle, du gouvernail
d'étambot, robuste et approprié au manœuvres.
Très utiles lui furent aussi l'astrolabe, inventée par les Arabes
au Xe siècle et destinée à reconnaître la position des étoiles,
les premières cartes marines, désignées sous le nom de «portulans»,
la boussole, enfin, qui permet de se situer par rapport à l'étoile
polaire.
Au XVe siècle, les navires de mer dérivent pour la plupart des
caraques arabes, appelées «navos» ou «naos»
par les Portugais.
Les caravelles désignent une autre catégorie de
navires développée par les Portugais.
Rien ne permet d'affirmer que Christophe Colomb ait utilisé
trois caravelles plutôt que des caraques pour son premier
voyage et la plus grande incertitude règne sur le nom
de ses trois bateaux...

Les caravelles désignent de petits voiliers de 40 à 60
tonneaux (mesure de capacité), avec 2 ou 3 voiles latines
(triangulaires) qui facilitent les manœuvres.
Ces navires, dont le nom viendrait du bas latin carabus,
dérivent d'un navire de charge de la côte de l’Algarve,
au sud du Portugal, qui remontait bien au vent grâce à
ses trois voiles triangulaires dites «latines».
Les Portugais améliorent peu à peu ce navire dès
le XIIe siècle en lui ajoutant les voiles du mât
de misaine (à l'avant) et les voiles du grand mât, de
forme carrée, ainsi que la voile d’artimon, toujours
triangulaire. Ils le rendent ainsi plus propice à
la navigation hauturière (de haute mer).
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Le
texte ci-contre est tiré de la Revue de la Société Haïtienne
d'Histoire et de Géographie (nº 173 Septembre 1992).
Son auteur, Jean Christian
Goguet, est membre de la Société de Géographie de Paris. Il a
participé à la rédaction du Guide Gallimard sur Haïti. Nous le
remercions d'avoir bien voulu nous confier le fruit de sa recherche |
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Le bateau de Christophe Colomb était
une caraque nommée la «Gallega»
Qui ne connaît la Santa Maria? Le bateau de Christophe
Colomb est à la fois le plus célèbre voilier du Monde et le
plus méconnu, car le mythe s’est emparé de l’Histoire
et l’on n’a pas pour autant modifié les manuels scolaires.
Le Journal de bord de Christophe
Colomb nous est connu grâce au chroniqueur Bartolomeo de Las Casas.
Celui-ci ne cite jamais le nom de son bâtiment.
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(1) Appellation a posteriori de Las Casas car Colomb n’avait
pas encore été nommé amiral. |
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Il désigne toujours le navire par les vocables de
«Nef» ou de «Vaisseau amiral»
(1).
Extraits:
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| (2) Ce passage cite le gréement complet du navire, tel
que jamais il n’a été représenté sur aucune gravure, à savoir
avec ses bonnettes de grand voile et la voile du château de poupe,
qui nécessite un petit mât à l’arrière jamais dessiné. |
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24
octobre 1492: Colomb fait mettre sur la nef la grand voile et
ses deux bonnettes, la trinquette, la civadière, la mi-saine,
l’artimon et celle du château de poupe (2).
4 décembre 1492: il parle de caraque.
18 décembre 1492: «il ordonna de pavoiser la nef et la caravelle
d’armoiries et d’étendards pour la fête de Sainte Marie
d’O et de l’Annonciation.» Il montra au cacique
«les bannières royales et celles de la croix».
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(3) «Historia de Las Indias» (Bartholomé de Las
Casas, 1474-1566).
(4) «Les grands navigateurs» (Richard Humble, Time-Life,
1979). |
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Le
chroniqueur note aussi : «...una carabela, que tenia nombre
la Pinta, que era la mas ligera y velera..., en la otra, que llamaban
la Niña,... , en la tercera, que era la nao algo mayor que todas,
quiso ir el, y asi aquella fue la Capitana.»
Las Casas désigne parfois le navire sous le nom de la Capitana
(3) et
le plus souvent sous celui de «nao», d'après le
nom que donnent les Portugais aux caraques (4)
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(5) «La Historia Général de las Indias» (Gonzalo
Fernandez d'Oviedo, livre 1, chap. 5).
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Voici
d'autre part comment l'historien Oviedo raconte le départ des
bateaux: «Sortant donc du port de Palos par la rivière de
Saltes, il entra en la mer Océane avec trois navires, armés et
bien munis, donnant commencement au premier voyage et découvrement
de ces Indes, le vendredi troisième d'Août 1492, et il commença
à mettre en effet cette chose si mémorable et inspirée de Dieu,
de laquelle il voulait faire cet homme arbitre et ministre. Or
de ces trois navires, la Galléga était le maître, en lequel était
Colomb. Et l'un des deux autres s'appelait la Pinta, de laquelle
Martin Alphonse Pinzon était capitaine, et l'autre se nommait
la Niña, de laquelle était le capitaine François Martin Pinzon,
avec lequel était Vincent Yanez Pinzon. Les trois capitaines et
pilotes étaient frères, tous natifs de Palos, comme la plupart
de ceux qui constituaient cette armée.» (5)
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| (6) «La vie et les voyages de Christophe Colomb»
(1538, «La découverte du nouveau monde», Albin Michel,
Paris, 1966). |
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Naissance du mythe
En dépit de ces récits troublants, l’histoire
officielle n’a voulu retenir depuis le XVIe siècle que la
version du fils de Christophe Colomb, Fernando (6). «La caravelle capitaine que devait monter l’Amiral,
se nommait la Santa Maria, la seconde qui avait pour commandant
Martin Alonzo Pinzon, s’appelait la Pinta, enfin la troisième,
Niña qui était gréée selon le mode latin...»
Depuis lors, tous les livres scolaires d’histoire du monde
écrivent faussement: «Les trois caravelles de Christophe
Colomb: la Pinta, la Niña, et la Santa Maria»!
Fernando Colomb était né en 1488 des amours de Colomb avec Beatriz
Enriquez. Il fit partie du dernier voyage de Colomb en 1502. A
la mort de son père, il hérita d’une fortune qui lui permit
de vivre fastueusement, s’intéressant aux œuvres d’art
et aux beaux livres.
En 1538, il rédigea une biographie de son père dont on n’a
retrouvé qu’une traduction italienne. L’historien Harisse,
qui a beaucoup cherché et écrit sur Colomb, en a une piètre opinion.
Il considère que cette biographie «est l'œuvre d’un
rhéteur, d’un polémiste, farcie d’additions maladroites
et d’interpolations.»
Il convient donc d’utiliser ses informations avec circonspection.
Il semble qu’il y ait eu confusion dans les notes de Fernando
Colomb entre les bateaux du premier voyage et ceux du second.
Comment s'appelaient donc les bateaux
du premier voyage de Christophe Colomb?
La tradition gênoise aurait pu pousser
Colomb à appeler son bateau amiral Santa Maria: «Dans
ces années 1460-1470, toutes les nefs gênoises, sans exception,
se placent sous l'invocation du christianisme et s'affirment des
vaisseaux de la foi. Alors que les Vénitiens, les Florentins et
les Espagnols, à la même époque, donnent à leurs bâtiments des
noms variés qui rappellent celui de leur patron armateur ou de
leur pays d'origine, des noms qui évoquent parfois telle ou telle
vertu, qui exaltent celles d'un animal valeureux, plus ou moins
totémique, au même moment, ces vaisseaux de Gênes portent exclusivement
le nom de Santa Maria, complété évidemment, pour les distinguer,
par celui d'un ou plusieurs saints.» (8)
Rien ne permet d'accréditer cette éventualité...
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(7) «La découverte de l’Amérique» (Michel
Lequenne, Maspéro, 1980).
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Le
préfacier de l’édition française (7) du Journal évoque la gaillardise des marins et pense que
les trois bateaux de Colomb avaient des noms de femmes de petite
vertu :
La «Pinta» serait la «Peinte» dans le sens de
la «maquillée», autrement dit la «fière putain».
La «Niña» serait la «Petite» dans le sens de
la fille légère.
Le vaisseau amiral aurait été la «Marie Galante».
Mais cette hypothèse paraît osée pour les navires d’une
expédition patronnée par Isabelle la Catholique!
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| (8) «… la Marie-Galante, surnom familier que
les marins avaient donné à leur navire amiral, la Santa Maria.»
(«Christophe Colomb», Jacques Hers, Hachette, Paris,
1981). |
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Notons que les bateaux du premier
voyage ont failli être construits dans un port appelé Santa Maria.
En effet, Colomb s’était adressé pour financer son entreprise
à don Luis de la Cerda, duc de Medina-Celi, seigneur de Cogolludo,
de sang royal et apparenté en France où il était comte de Clermont
et de Talmont. Ses revenus étaient considérables et il possédait
le port de Santa Maria.
Medina-Celi mit trois mille ducats à la disposition de Colomb
et la construction de trois caravelles fut commencée, mais, écrit
Las Casas: «La Divine Providence avait arrêté dans ses décrets
que ces terres fertiles seraient découvertes par la bonne fortune
de nos excellents rois et non par la faveur et l’aide de
leurs sujets. Leurs Altesses, et notamment la sérénissime Isabelle,
qui s’intéressait plus particulièrement à cela, ayant pris
connaissance de la requête du duc qui demandait et réclamait comme
une faveur, le soin d’équiper cette modeste flottille, l’illustre
Reine dis-je, comprenant que cette affaire pouvait amener quelque
chose de grand et de glorieux.... fit écrire au dit duc, qu’elle
tenait sa proposition et son projet comme important service et
qu’elle se réjouissait d’avoir, dans son royaume, un
homme assez généreux et assez riche pour entreprendre une œuvre
aussi considérable, car la grandeur et la magnificence des vassaux
rehaussent la gloire et l’autorité des princes suzerains,
mais qu’elle le priait de trouver bon qu’elle dirigea
elle même cette affaire, que sa volonté était de s’en occuper
efficacement, d’en faire les frais sur sa cassette, attendu
qu’une pareille entreprise ne pouvait être que de la compétence
des souverains.»
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(9) En 1897 Celso Garcia de la Reiga consacrait un livre
au sujet: «La Gallega» nave capitana de Colón.
(10) «Rectificaciones al Bosquejo historico del Descubrimiento
y Conquista de Santo Domingo S.D» (LCdA, S.D., 20 décembre
1914, repris dans le BAGN Nº 59 de 1948).
(11) Au départ de Palos, la Niña était en caravelle classique
et fut transformée aux Canaries, alors que la Pinta est
partie déjà gréée de la sorte. L'une et l'autre n’avaient
pas de gaillard d’avant comme les caraques. |
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En
définitive, la caraque de l'Amiral fut construite en Gallicie,
la province atlantique espagnole située au nord du Portugal. Son
propriétaire l'appela la Gallega (la Gallicienne) (9). On estime qu'elle faisait 26 mètres de long et jaugeait
une centaine de tonneaux.
«La conversion de la Gallega
en la Santa Maria est improbable. La Gallega n’est pas la
Santa Maria.» écrit Apolinar Tejera (10). Autrement dit, il n'y
a peut-être jamais eu de Santa Maria!
On est mieux informé sur la Niña. C'était
une caravelle redonda (11)
construite à Moguer, qui avait pris le nom de la patronne de cette
cité: Santa Clara. Quand elle appartint à Juan Niño, armateur
de Moguer, les marins l’appelèrent Niña. Elle faisait
23 mètres de long et 55 tonneaux.
Quant à la Pinta, il est aussi possible qu'elle
ait eu un autre nom (Certains ont avancé Santana). Elle
faisait 23 mètres de long et jaugeait 60 tonneaux.
Jean Christian Goguet
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Mise
à jour le 24 février 2003
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