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Le
15 janvier 1790, l'Assemblée constituante établit la carte des départements français
et fixe leur nombre à 83.
L'assemblée, qui gouverne la France depuis les débuts de
la Révolution, a pris un décret le 22 décembre précédent pour réformer
l'organisation du royaume.
Celui-ci comptait sous l'Ancien Régime 34 généralités ou provinces, 40 gouvernements
militaires, 135 diocèses, 13 parlements judiciaires etc.
Les députés décident de mettre fin à cette confusion administrative héritée d'un
millénaire d'histoire.
Ils projettent dans un premier temps de créer des circonscriptions géométriques, à
l'image des nouveaux États américains.
Le sage Mirabeau s'y oppose avec véhémence: «Je demande une division qui ne
paraisse pas, en quelque sorte, une trop grande nouveauté; qui, si j'ose le dire,
permette de composer avec les préjugés et même avec les erreurs, qui soit également
désirée par toutes les provinces et fondée sur des rapports déjà connus.»
Ses voeux sont pleinement exaucés par le «Comité de division» chargé de
redessiner la carte de France.
Les nouvelles divisions sont baptisées «départements», d'un vieux mot
français qui appartient au vocabulaire administratif depuis François 1er.
Ces départements sont dirigés par un conseil de 28 membres, assisté d'un directoire de
8 membres et d'un procureur général syndic chargé de faire appliquer les lois.
Conseillers et procureurs sont élus par les citoyens. Ils ne sont pas nommés par le
gouvernement central comme les intendants des généralités de l'Ancien Régime.
Les limites des départements respectent les anciennes provinces. C'est ainsi que la
Bretagne et la Normandie sont divisées en cinq départements chacune.
La taille des départements est telle que chaque citoyen puisse accéder à son chef-lieu
en une journée de cheval au maximum.
Sans le savoir, les députés recréent de la sorte les anciens pays... de la Gaule
d'avant les Romains.
La preuve en est dans la coïncidence entre le nom de nombreux chefs-lieux de département
et celui des tribus d'origine de l'endroit.
Vannes évoque les Vénètes comme Tarbes les Tarbelles, Poitiers
les Pictones, Reims les Rèmes, Nantes les Namnètes, Cahors
les Cadurques, et... Paris les Parisii.
De la sorte, le département est la circonscription la mieux enracinée dans l'Histoire de
France, en concurrence avec la commune, héritière des anciennes paroisses.
Au fond d'eux-mêmes, les Français restent aujourd'hui très attachés à cette
circonscription héritée de la monarchie et de la Révolution.
Après deux siècles d'existence, le département demeure envers
et contre tout la principale circonscription de référence (administrations de
proximité, plaques minéralogiques, statistiques,...).
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