Les atteintes à la laïcité
- la France critiquée par la Fédération Internationnale Helsinki des Droits de l'Homme pour discrimination religieuse.
Dans une conférence de l'OSCE à Vienne en mars 1999, la FIHDH a accusé la France de discrimination religieuse suite au rapport parlementaire Guyard de 1996 qui classe 172 cultes comme dangereux. La FIHDH a déclaré que "depuis 1996 un accroissement de l'intolérance et de la discrimination contre les «nouvelles religions» a été observé en France". En particulier, les Témoins de Jéhovah font figures de victimes innocentes, la FIHDH parle même d'un harcèlement financier à leur sujet. Elle y voit "une intolérance croissante de la société civile vers des gens ordinaires à cause de leurs croyances personnelles". Les pratiques attardées de ces groupes (comme le refus des transfusions sanguines chez les Témoins de Jéhovah) n'ont évidemment pas été abordées. Il est utile de rappeler que la FIHDH s'est basée sur un rapport de l'association belge Droits de l'Homme Sans Frontières, proche de l'Eglise de Scientologie (Réseau Voltaire, 15 avril 1999 - http://www.reseauvoltaire.net/arch198.html#anchor850979).
- le Département d'Etat Américain critique la France pour ses activités anti-sectes (septembre 1999)
- La participation du gouvernement français à des cérémonies religieuses suite aux attentats aux USA et à l'explosion d'une usine à Toulouse (septembre 2001)
- L'enseignement des religions à l'école: Régis Debray y est favorable (Marianne 12 novembre 2001)
Dans un débat avec le jésuite Henri Madelin, le médiologue autoproclamé Régis Debray affirme, avec le calme mélangé de distance qui lui est coutumier, que la République a tout intérêt à organiser l'étude des religions à l'école: "A vouloir chasser l'étude du religieux de l'école publique, il se trouve confisqué par des écoles agressivement confessionnelles, c'est à dire identitaires. Le danger inverse est d'importer dans le champ de l'espace public les divisions de la société civile. Il semble impossible que soit dévolu aux religieux l'enseignement de la religion. Il doit revenir aux professeurs d'histoire, voire de philosophie. Mais si des religieux (curés, rabbins ou imams) satisfont aux conditions scientifiques de rigueur réclamées par la laïcité, pourquoi les exclure, a priori, des lycées et collèges? Ce ne serait toutefois pas en tant que curés, rabbins ou imams, mais en tant que spécialiste de tel ou tel domaine de connaissance". Que cette opinion soit populaire dans une part de l'intelligentsia n'est pas vraiment surprenante, plus grave est le fait que son auteur se réclame de l'idéal laïque. La laïcité est menacée en son sein même par cette classe de faiseurs d'opinion se réclamant souvent de la gauche comme ce fut le cas pour la signature de la pétition de Témoignage chrétien par 70 personnalités fin 2000. Cette pétition s'opposait à la décision du Premier ministre français Lionel Jospin de remplacer héritage "religieux" par "spirituel" dans la Charte des droits fondamentaux de l'Europe.
- Jack Lang et Régis Debray contre la laïcité (décembre 2001)
Dans l'entretien accordé à l'hebdomadaire Marianne le 12 novembre 2001, Régis Debray avait exprimé son souhait de voir l'instauration de cours de religion à l'école. Le Nouvel Observateur confirme dans son numéro 1936 (début décembre 2001): ''Régis Debray a été chargé d'une mission de réflexion sur l'enseignement des religions dans les écoles laïques par le ministre de l'éducation nationale, Jack Lang. Le philosophe doit faire des propositions sur les programmes et la formation des enseignants''. Depuis des années, Jack Lang détruit la laïcité mieux qu'aucun clérical de droite n'aurait osé le faire.
- Le rapport de Régis Debray L'enseignement du fait religieux dans l'école laïque, Editions Odile Jacob, 2002
Simulant sans cesse un exercice d'équilibriste entre "laïcards" et cléricaux, Régis Debray propose un saupoudrage d'enseignement du fait religieux dans plusieurs disciplines plutôt que la constitution d'un enseignement nouveau à part entière. Art, littérature, histoire, philosophie devraient recevoir, selon ses conseils repris naturellement par l'ex-ministre Jack Lang, une plus forte imprégnation de présence religieuse. L'objectif de tout cela? L'accès à la pleine compréhension du patrimoine culturel qui est constellé de peintures, sculptures, musiques et littératures d'inspiration ou de thème religieux. Les enseignements scientifiques ne sont pas évoqués, bien sûr. Régis Debray préfère taire que la laïcité revendique aussi le droit à la libre critique des religions et de leurs dogmes obscurantistes. Et en guise d'ultime insulte, Debray laisse ouverte la possibilité de recourir à des théologiens de tous les cultes pour des interventions en milieu scolaire.
- Jack Lang décide de l'enseignement des religions à l'école (14 mars 2002)
Jack Lang peut être satisfait: le philosophe Régis Debray lui a rendu le rapport tant espéré qui lui donne maintenant la caution universitaire qui manquait à son entreprise de cléricalisation de l'enseignement. Debray y propose que soit enseigné le "fait religieux" à l'école afin de combler les lacunes des écoliers en matière religieuse. Il serait donc nécessaire de savoir qu'une secte bimillénaire fonde toujours son pouvoir sur l'existence illusoire d'un gourou qui marchait sur l'eau? Il serait tout aussi utile de s'ébahir devant la sagesse d'un prophète qui répandit sa religion à la force du sabre? Il conviendra naturellement de taire la pédophilie de Mahomet et le caractère fondamentalement raciste de la Bible. Lang et Debray parviennent, au nom d'un détournement frauduleux des notions de culture et de savoir, à introduire à l'école les éléments d'un obscurantisme destructeur de la faculté de penser par soi-même, principale mission de l'école. Jack Lang a annoncé ses mesures pour "l'enseignement du fait religieux dans l'école laïque" le 14 mars 2002. On y apprend que les fêtes religieuses procureront des occasions d'aborder des thèmes religieux et qu'un institut en science des religions sera créé à Paris en relation avec l'Ecole pratique des hautes études. A quoi il faut ajouter de nouvelles formations pour les enseignants. Il n'est pas précisé si la laïcité sera enseignée dans la catégorie des utopies obsolètes.
- L'enseignement de l'histoire des religions à l'école
Dans un entretien à la revue musulmane La Medina (mai - juin 2002), Patrick Braouzec, maire PCF de Saint Denis près de Paris, a déclaré qu'il est "favorable à l'enseignement de l'histoire des religions à l'école laïque". Ne nous leurrons pas: sous le vocable d'histoire des religions il n'est pas question dans l'esprit des cléricaux d'évoquer les guerres de religions, l'Inquisition ou les croisades. En fait, comme ces thèmes sont déjà abordés à l'école il s'agit plutôt de procéder à des ajouts dits "culturels".
- Les candidats à la présidence de la République Française se bousculent aux portes des confessionnaux et des mosquées (Témoignage Chrétien mars 2002)
- "En refusant de participer à la formation des imams, l'Etat laisse l'Arabie Saoudite le faire et instiller le poison de l'intégrisme."
- "Les religions doivent avoir des créneaux d'expression sur le service public."
- "Les grandes religions n'ont pas pour but d'avilir l'homme, mais de participer à son épanouissement."
- "Moi, je ne me suis jamais caché d'être chrétien. On ne peut pas faire d'action politique, avec tout ce que cela demande comme sacrifice, dévouement et disponibilité, sans un brin de spiritualité. Sinon, on n'est que des bêtes."
- Question: Etes-vous favorable à l'enseignement de l'histoire des religions à l'école, dès le primaire?
- Réponse: "C'est une évidence et il est dangereux de ne pas le faire."
Robert Hue:
- "La religion catholique, avec son humanisme, a été un élément important, une source de résistance."
- "Je considère que la participation des structures religieuses dans le débat politique est une intervention citoyenne."
- "Ceux [les textes des évêques] consacrés à la crise de la politique sont remarquables de lucidité. Ils apportent des réponses qui doivent être celles de toute la société."
La revue Témoignage Chrétien a publié des entrevues édifiantes avec Noël Mamère (Les Verts) le 7 mars 2002 et Robert Hue (Parti Communiste Français) le 14 mars 2002. Les meilleurs extraits:
Noël Mamère:
Europe
- "En refusant de participer à la formation des imams, l'Etat laisse l'Arabie Saoudite le faire et instiller le poison de l'intégrisme."
- la laïcité aux Pays Bas
- Aggravation de la législation sur le blasphème en Angleterre (American Atheists 17octobre 2001).
Le gouvernement britannique innove dans la lutte antiterroriste: une mesure propose de rendre illégal tout "propos haineux" à l'encontre des religions. Le ministre David Blunkett se justifie en prétendant que cette loi permettra de faire respecter un équilibre entre les libertés fondamentales et la garantie qu'elles ne seront pas exploitées à d'autres fins. Une peine jusqu'à sept années de prison pourrait être encourue par ceux estimant que les religions ne sont pas exclues du droit à être critiquées ou moquées. Plusieurs organisations ont manifesté leur opposition à cette atteinte à la liberté d'expression. Le comédien Rowan Atkinson ("Mr Bean" à la télévision) a alerté l'opinion publique dans une lettre publiée le 17 octobre dans le Times de Londres exprimant que ce genre de mesure est toujours la première étape vers une limitation incontrolable de la liberté d'expression. En rappelant que le film La vie de Brian des Monty Python avait été jugé anti chrétien à sa sortie, R. Atkinson se déclare consterné par l'ingérence du gouvernement anglais dans la détermination de ce dont on peut rire. Il n'est en outre pas anodin de noter qu'un responsable de l'Association des musulmans d'Angleterre, Ahmed Sheikh Mohamed, s'est déclaré très satisfait de cette proposition de loi qui "aidera à renforcer nos droits dans ce pays" a-t-il estimé. La Chambre des Lords a rejeté par 240 voix contre 141 cette atteinte à la liberté d'expression le 10 décembre 2001. Mais ce projet britannique avait déjà connu un précédent en France il y a quelques années: le ministre, visionnaire, Jacques Toubon avait envisagé, et abandonné, de punir les propos antireligieux par l'invention de l'arme implacable du "racisme antireligieux".
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