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Edimbourg Register House

Ou manuscrit d’Edimbourg

Découvert en 1930, ce manuscrit intitulé en première page  "Quelques questions concernant le mot du maçon 1696 est connu sous le nom d'Edimbourg Register House, lieu où il est conservé.

Publié pour la première fois en 1932 (A.Q. C. vol. XLVIII), il est le premier texte rituel connu.

Son contenu ne peut surprendre ceux qui ont étudié les anciens textes du R.E.A. A.

Il est écrit en Ecossais voisin de l'Anglais de Londres, mais avec des différences, comme la Franc-Maçonnerie Ecossaise était, et est restée, différente de celle pratiquée en Angleterre avant l'Union de 1813, date à laquelle les pratiques des "ancients", plus proches de celles d'Ecosse et d'Irlande ont prévalu.

C. G. le  Novembre 1999

INTRODUCTION

Le document dont nous donnons ici la traduction a été découvert aux Archives d'Edimbourg en 1930, par Charles T. Mclnnes. Il a été publié sous forme photographique dans A.Q.C., vol. 43 ( 1930 ) par J. Mason Allan, et plusieurs fois imprimé, la dernière édition imprimée étant dans Knoop, Jones et Hamer, Early Masonic Catechisms, 2e édition, Londres, 1975. Il a souvent été utilisé par des auteurs maçonniques de langue française, mais sans qu'aucune traduction française en ait été publiée.
On ignore par qui et dans quelles circonstances il a été rédigé. Mais il porte la suscription suivante : "Quelques questions à propos du mot du Maçon ( Some Questiones Anent the mason word ) 1696". Il date donc de la période de transition de la Maçonnerie opérative à la Maçonnerie spéculative.
Naturellement, il est loin d'être le plus ancien texte maçonnique écossais connu ; rappelons en particulier, avant lui, les Statuts Schaw de 1598 et de 1599, et plusieurs registres de Loges, comme ceux d'Aitcheson Haven (1598), d'Édimbourg (1599), de Kilwinning (1642) ; d'autre part, à partir de 1660 environ, des Loges d'Écosse ont eu en leur possession des textes de la famille des Old Charges, d'origine anglaise.
Mais, si l'on accepte les formules de serment contenues dans quelques manuscrits des Old Charges, le manuscrit des Archives d'Edimbourg est à l'heure actuelle, en Ecosse et dans le monde, le plus ancien document connu de caractère rituel. C'est ce qui fait son intérêt exceptionnel.
Il est à rapprocher, à cet égard, de deux autres textes également publiés dans Knoop, Jones et Hamer : le manuscrit Chetwode Crawley, daté d'environ 1700, donc à peu près contemporain du manuscrit des Archives d'Édimbourg, et un texte un peu plus tardif, le manuscrit Kevan (vers 1714-1720). Ces trois textes sont très voisins les uns des autres et, tout en présentant des variantes notables, dérivent certainement d'une source commune.
Si l'on ne peut préciser exactement l'origine de notre manuscrit, on peut du moins dégrossir le problème. Tout d'abord, il a certainement été copié sur un manuscrit antérieur aujourd'hui perdu. La réponse à la question 8 («Quel est le nom de votre Loge ? -  Kilwinning ») met vaguement cette source en rapport avec la Loge de ce nom, ou du moins avec les Loges du Sud-Ouest de l'Écosse, sur lesquelles la Loge de Kilwinning exerçait une juridiction plus ou moins bien définie par les Statuts Schaw de 1599, mais il est difficile de préciser davantage ce rapport.
En fait, il apparaît clairement à la lecture du texte que celui-ci et sa source n'ont pas été rédigés par des Maçons, mais bien plutôt par des profanes qui avaient réussi (tout au moins l'auteur du manuscrit primitif) à percer le secret des travaux maçonniques.
On peut d'ailleurs se demander à ce propos, jusqu'à quel point notre manuscrit et les deux textes apparentés reflètent fidèlement les travaux des loges du XVIIe siècle. Il est certain que, dans le détail, ils nous transmettent certains termes sous une forme corrompue ; d'ailleurs, à ce niveau, il existait sans doute dès le XVIIe siècle des variations locales dans la pratique des Loges.
Cependant, la comparaison avec les Statuts Schaw, avec les Old Charges, et avec les registres de Loges d'Écosse du XVIIe siècle, ainsi que l'existence, attestée en Ecosse à partir de 1637, du " mot du Maçon ", permettent d'être raisonnablement assuré que, dans l'ensemble, les textes nous donnent une image fidèle de la réalité.
Le manuscrit des Archives d'Édimbourg se compose de deux parties (qui se retrouvent, quoique dans l'ordre inverse, dans le Chetwode Crawley et dans le Kevan).
La première est une suite de questions et de réponses convenues qui permettaient aux maçons de se reconnaître. Ces " catéchismes ", selon le terme de Knoop, Jones et Hamer, sont à l'origine de nos instructions actuelles par demandes et réponses. Il y a de ceux-là à celles-ci une tradition continue que l'on peut suivre tout au long du XVIIIe siècle en Grande-Bretagne comme sur le continent : ces catéchismes ou instructions se sont développés et enrichis (non sans glissements ou même oblitération de sens sur certains points), ils se sont diversifiés aussi selon les lieux et les rites, mais la filiation est incontestable.
La seconde partie se présente comme un rituel sommaire de réception. On a un système en deux grades. Le premier grade est celui d'apprenti-entré ("entered apprentice" : ce terme, qui reparaît dans les Constitutions d'Anderson, est toujours en usage dans la Maçonnerie de langue anglaise ) ; la cérémonie de réception s'appelle l' " entrée " ( entrie ).
Cela est conforme aux Statuts Schaw qui, un siècle plus tôt, distinguaient déjà nettement deux stades dans l'apprentissage : tout d'abord l'apprenti était " reçu " ( ce terme n'impliquant ici aucune cérémonie rituelle ) par un maître qui le prenait à son service, le faisait enregistrer sur le livre de sa Loge, et commençait de lui enseigner le métier ; quand l'apprenti était suffisamment instruit, il était " entré " et acquérait un minimum d'initiative professionnelle, sans cesser d'être un apprenti.
Le second et dernier grade est indifféremment appelé " compagnon du métier " (fellow craft), ou " maître maçon ", ou seulement " maître " ou " maçon ", et une fois "parfait maçon", tous ces termes étant équivalents. Cela encore est conforme aux Statuts Schaw, où l'expression "master or fellow of craft" revient plusieurs fois.
A chacun de ces grades correspond une cérémonie. Ces cérémonies, très simples, comportent seulement le serment et la communication des secrets, c'est-à-dire ce qui formera toujours le noyau des cérémonies maçonniques plus élaborées, qui se développeront par la suite. Cependant, dans leur simplicité, elles s'accompagnaient de quelques formes tombées ensuite en désuétude, qui ne manquent pas d'intérêt, comme les " paroles de l'entrée ", et l'usage émouvant et significatif de faire circuler le mot du plus jeune maçon jusqu'au maître de la Loge avant de le communiquer.
Parmi les secrets, le "mot du maçon" était apparemment considéré comme le plus important puisque la partie rituelle du texte est intitulée "la manière de donner le mot du maçon" (the forme of giveing the mason word).
Comme nous l'avons déjà dit, l'existence du mot du maçon est attestée à partir de 1637 par diverses allusions qui y sont faites dans des sources profanes : il était l'objet parmi les gens simples, de craintes superstitieuses. Il ressort de notre texte que chaque grade avait son mot, et que ces mots étaient ceux qui sont encore en usage dans les deux premiers grades.
Nous n'avons pu donner dans cette introduction qu'un bref aperçu de ce que le manuscrit des Archives d'Édimbourg et les textes de la même famille apportent à notre connaissance de la tradition maçonnique. Le lecteur trouvera sans doute par lui même encore bien des remarques intéressantes à faire et bien des questions à se poser.

QUELQUES QUESTIONS QUE POSENT LES MAÇONS

À CEUX QUI POSSÈDENT LE MOT AVANT DE LES RECONNAÎTRE

Q – Êtes-vous maçon?

R - Oui.

Q - Comment le saurai-je?

R -Vous le saurez dans le temps et dans le lieu adéquats.

Remarque: cette réponse doit être faite uniquement en présence de non-maçons. Mais, en l'absence de profanes, vous répondrez: Par les signes, marques et autres points de la réception.

Q - Quel est le premier point?

R – Donnez-moi le premier et je vous donnerai le second. Le premier consiste à occulter et garder secret, le second sous peine non moins que d'avoir la gorge tranchée. Car vous devez faire ce signe quand vous prononcez ces paroles.

Q - Où avez-vous été reçu?

R - Dans la respectable loge.

Q - Qu'est-ce qui rend une loge juste et parfaite ?

R - Sept maîtres, cinq apprentis. A une journée de distance d'un bourg sans chien qui aboie ni coq qui chante.

Q - Un nombre plus réduit ne peut-il rendre une loge juste et parfaite?

R - Si, cinq maçons et trois apprentis...  etc. [V. ci-dessus]

Q - Et moins encore?

R - Plus on est nombreux, plus on est joyeux; moins on est de convives, meilleure est la chère.

Q - Quel est le nom de votre loge?

R - Kilwinning.

Q - Quelle est la position de votre loge?

R - D'est en ouest, comme le Temple de Jérusalem.

Q - Où se trouvait la première loge?

R - Sous le porche du Temple de Salomon.

Q - Y a-t-il des lumières dans votre loge?

R - Oui, trois, aux passages est, sud-ouest et nord-est. La première indique le maître maçon, la deuxième le surveillant et la troisième la classe des poseurs de pierre.

Q - Y a-t-il des bijoux dans votre loge?

R - Oui, trois, un moellon de parpaing, un pavage d'équerre et une ovale large.

Q - Où trouverai-je la clef de votre loge?

R -  À trois pieds et demi de la porte de la loge sous un moellon de parpaing [Une pierre de la largeur du mur qui de ce fait en assure la stabilité] et une touffe d'herbe verdure. Sinon, sous le lobe de mon foie où sont enfermés tout les secrets de mon cœur.

Q - Qu'est la clef de votre loge?

R - Une langue bien pendue.

Q - Où est placée la clef?

R -  Dans la boîte à quenottes. Après que les maçons vous ont tuilé au moyen de l'ensemble ou d'une partie de ces questions et que vous y avez répondu parfaitement et fait les signes, vous serez reconnu non comme maître maçon ou comme compagnon, mais seulement comme apprend. Alors, on vous dira :

Q - je vois que vous avez été dans la cuisine, mais je ne sais si vous êtes allé dans la salle ?

R - J'ai été dans la salle  ainsi que dans la cuisine.

Q - Êtes-vous compagnon?

R - Oui.

Q - Combien y a-t-il de points du compagnonnage?

R - Cinq, à savoir pied contre pied, genou contre genou, cœur contre cœur, main contre main et oreille contre oreille. Puis faites le signe et donnez l'attouchement, et l'on vous reconnaîtra comme un véritable maçon. Les mots se trouvent dans le 1er Livre des Rois, ch. 7, verset 2 1 et dans le 2e Livre des Chroniques, ch. 3, dernier verset.

Règles formelles pour donner le Mot du Maçon

En premier lieu, vous devez faire s'agenouiller la personne qui doit recevoir le mot et, après maintes formalités cérémonielles destinées à l'effrayer, vous lui faites prendre la Bible et y poser la main droite et vous devez lui faire promettre le secret sous la menace, s'il manque à son serment que le soleil au firmament témoignera contre lui ainsi que tous les membres présents, ce manque occasionnera sa damnation et que, de même, les maçons ne manqueront pas de le supprimer. Puis après qu'il a promis le secret, on lui fait prêter le serment comme suit:

"Au nom de Dieu, et vous en répondrez à Dieu quand vous vous trouverez nu en sa présence le jour du jugement dernier, vous ne révélerez aucun élément de ce que vous allez entendre ou voir maintenant, ni oralement ni par écrit, et jamais ne l'écrirez ni ne le tracerez avec la pointe de l'épée ni avec tout autre instrument sur la neige ou sur le sable, ni n'en parlerez si ce n'est avec un maçon reconnu, que Dieu vous garde".

Après qu'il a prêté serment, on l'éloigne de l'assemblée en compagnie du dernier maçon reçu, en un lieu où, après avoir été suffisamment effrayé par mille attitudes et grimaces grotesques, il doit apprendre dudit maçon la façon de faire dans les règles, le signe, les postures et les mots de réception, comme suit :

D'abord, quand il se présente devant l'assemblée, il doit s'incliner de façon extravagante puis faire le signe et dire: “Que Dieu bénisse cette respectable assemblée”. Puis, enlevant son couvre-chef de façon très maladroite pour se faire reconnaître (ce à quoi servent aussi les signes), il prononce les paroles de son admission comme suit: “ je viens céans en tant que plus jeune et dernier apprenti reçu. Ayant prêté serment devant Dieu et devant Saint Jean sur l'équerre et le compas et le gabarit commun [ La règle commune ne semble pas déformer le texte même si elle est moins littérale] de servir mon maître dans la respectable loge du lundi matin an samedi soir et d'en garder les clefs, sous peine rien moins que d'avoir la langue arrachée dessous le menton et d'être enseveli sous la ligne de haute marée en un lieu inconnu des hommes”.

Puis il fait le signe derechef en portant la main sous le menton et en la faisant passer devant la gorge pour indiquer qu'elle sera tranchée au cas où il manquerait à sa parole.

Puis tous les maçons présents se disent le mot à voix basse en commençant par le plus jeune [en ancienneté] pour remonter jusqu'au maître maçon qui le donne à l'apprenti reçu.

Il faut noter que tous les signes et tous les mots mentionnés jusqu'ici sont uniquement ceux qui concernent l'apprenti. Mais, pour être maçon ou compagnon, il y en a d'autres, comme suit.

D'abord, il faut éloigner tous les apprentis et ne doivent rester que les maîtres.

Puis on fait s'agenouiller le postulant au compagnonnage et il prononce le serment qu'on lui fait prêter derechef, après quoi il quitte l'assemblée en compagnie du plus jeune maçon [en ancienneté] pour apprendre les postures et les signes du compagnonnage. Puis il rejoint l'assemblée, fait le signe de maître et répète les mêmes paroles d'admission que celles de l'apprenti, n'omettant que le gabarit commun [gauge]. Puis les maçons se disent le mot à voix basse en commençant par le plus jeune, comme précédemment. Après quoi le plus jeune maçon [le récipiendaire] s'avance et se met dans la position dans laquelle il doit recevoir le mot et dit à voix basse au maçon le plus ancien: “Les vénérables maîtres et la respectable assemblée vous saluent bien, vous saluent bien, vous saluent bien”.

Puis le maître [de la loge] lui donne le mot ainsi que la griffe à la manière des maçons, et c'est tout ce qu'il y a à faire pour le rendre parfait maçon.